Politique culturelle
[Interview] Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon « L’assemblée régionale peut aussi décider de faire de la culture un territoire tétanisé par la peur de l’autre »

[Interview] Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon « L’assemblée régionale peut aussi décider de faire de la culture un territoire tétanisé par la peur de l’autre »

04 décembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A deux jours du premier tour des Régionales, alors qu’un risque lourd pèse sur la démocratie et sur la culture en région PACA (Marion Maréchal Le Pen a multiplié les annonces concernant les arrêts de subventions aux associations culturelles), nous avons rencontré Paul Rondin, le directeur délégué du Festival d’Avignon pour connaitre les risques pour le Festival d’une prise de pouvoir par le Front National.

Pouvez-vous vous présenter ?
Paul Rondin, je suis le directeur délégué du Festival d’Avignon depuis septembre 2013, je suis au service d’une certaine idée de la politique culturelle, qui considère que la culture, l’art affranchissent, rendent plus clairvoyants. Je défends l’idée d’une mission d’intérêt général par la culture.

Quelle est la part du financement de la Région PACA dans le budget du Festival ?
Voici les ressources en 2015 :
52 % de subventions publiques (7 711 585) – 48 % de recettes propres (5 296 736 billetterie, mécénat, sociétés civiles, partenariats spécifiques, vente de spectacles…).
Dans les subventions :
55% de l’État MCC 3 786 000
13% de la Ville d’Avignon hors prestations en nature 931 000
14 % de la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon 980 000
9 % du Département de Vaucluse 655 000
8 % de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur Conseil 580 000

Lors des Municipales, Olivier Py avait déclaré vouloir déplacer le Festival dans les villes voisines en cas d’une victoire FN, le Festival a-t-il déjà fait une déclaration concernant le risque régional ?
Olivier Py avait déclaré qu’il ne voyait pas comment le Festival d’Avignon qui dépend pour ses représentations majoritairement de sites sous la responsabilité de la ville (patrimoine et équipements municipaux) pourrait encore travailler à Avignon avec une majorité municipale qui aurait été contre le cosmopolitisme, l’universalisme, la création contemporaine, la libre circulation des oeuvres et des personnes, pour ne parler que de quelques fondamentaux qui sont la raison d’être et font la force et le succès international du Festival depuis 1947.

Concrètement, la Région a-t-elle un pouvoir sur la culture (fermeture de lieux par l’arrêt de subventions)?
L’assemblée régionale a évidemment le pouvoir de faire que la Provence Alpes Cote d’Azur soit une terre d’intelligence, qu’elle revendique avec force et ambition son identité méditerranéenne, qu’elle fasse confiance à sa jeunesse et à sa diversité, qu’elle soit au cœur d’une Europe du Sud, qu’elle s’invente en silicon valley de la culture, bref qu’elle ait une vision et qu’avec pragmatisme elle mobilise toutes les forces en présence sur le territoire, elle n’en sera que plus séduisante pour le monde (et pas seulement pour ses cigales et son soleil).
L’assemblée régionale peut aussi décider d’en faire un territoire tétanisé par la peur de l’autre, mortifère.
Dans un cas, ambition courageuse, comme dans l’autre, étroitesse peureuse, il s’agira d’une accumulation de choix très concrets et d’une responsabilité commune à cette assemblée.

Quelles sont les actions du Festival en dehors du temps d’exploitation pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme, la misogynie et l’homophobie ? Ma question posée est simplement : quelle est la part d’action politique du Festival d’Avignon ?
Le Festival d’Avignon est politique, il est là pour révéler les souterrains de la démocratie. Les artistes ne regardent pas là ou on leur dit de regarder, ils sont, avec les journalistes et les enseignants, ceux qui nous disent ce qu’est la collectivité, le sens commun (bien différent du bon sens !), qui agrandissent sans cesse l’horizon, nous réveillent d’une torpeur trop tranquille.
Par les gens que nous accueillons, les thèmes que nous abordons à l’occasion de rencontres, de séances publiques, notamment à la Fabrica, nous luttons contre les maux que vous énoncez, et bien d’autres. Car l’enjeu est de défendre l’idée que notre corps commun est une société qui doit vivre ensemble tout en respectant chacun. Alors oui nous organisons des ateliers, des formations, qui s’adressent surtout aux jeunes, ceci dans un souci permanent de mixité sociale, culturelle, géographique. Nous faisons en sorte aussi que le Festival ne soit pas que « chez lui » mais qu’il aille chez tous, sur le territoire, dans les villages, les petites villes, dans un centre social, une salle des fêtes avec la même exigence que dans le Cour d’honneur. Nous sommes à l’initiative et participons également avec d’autres, à des aventures comme la French Tech Culture qui dépassent notre seule compétence et fédèrent des énergies pour des projets qui nous dépassent, qui sont une ambition pour un territoire, un espoir économique pour ses habitants.
Je veux ajouter deux choses. La première très pragmatique, il ne faut pas sous-estimer la puissance d’attractivité internationale du Festival d’Avignon qui permet d’en faire un levier aux service d’une région. La deuxième, contrairement à ce qu’on nous dit souvent l’exigence est populaire, et notre rôle est de faire que tous se sentent autorisés à revendiquer un désir de partage du savoir et d’intelligence. Mais peut-être que certains qui font carrière en politique (quel contre sens) ou héritent simplement d’une charge politique comme dans d’anciens régimes, peut-être que ceux-la n’ont pas intérêt à dire au peuple qu’il n’est ni faible ni sot.

VISUEL : © affiche officielle

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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