Politique culturelle
Indignations autour de Stéphane Hessel

Indignations autour de Stéphane Hessel

24 janvier 2011 | PAR Benoit Dabout

Mardi 18 janvier, un débat était programmé à l’Ecole Normale Sup sur le conflit Israélo-Palestinien. Parmi les participants, on prévoyait Benoist Hurel (Secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature), Leïla Shahid (Déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union Européenne), Haneen Zoabi (Député du parlement israélien), Elisabeth Guigou (Ex-ministre de la justice, PS) et Stéphane Hessel (Philosophe, écrivain). Ce colloque a été annulé par Monique Canto-Sperber, la directrice de l’ENS, car le débat aurait pour objet de défendre le collectif B.D.S (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) qui prône le boycott contre Israël. Des membres du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) auraient tout simplement demandé l’annulation de ce débat, surement parce qu’en France le boycott de produits en raison de leur origine est un délit. Cette affaire soulève une polémique au cœur de laquelle se trouve Stéphane Hessel. Il nous semble important de revenir sur le parcours de cet ancien résistant et ancien ambassadeur de France, aujourd’hui âgé de 93 ans. Un auteur engagé dont le dernier essai s’intitule « Indignez-vous » (Editions Indigène) et qui n’a jamais caché ses opinions vis à vis de la politique menée en Israël.

L’année 1967 a marqué un tournant dans la réflexion de Stéphane Hessel sur le partage du territoire entre juifs et arabes. Ancien résistant et déporté politique durant la Seconde Guerre mondiale, le natif de Berlin a observé de près l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948 et il a aussi suivi la création de l’État d’Israël. Pro-israélien, il considérait que la création d’un état juif était important, après la Shoah.  Mais la guerre des Six jours  (1967) provoque en lui un changement : Stéphane Hessel y voit un problème pour la paix et se bat dès à présent pour la cause arabe.

Aujourd’hui, l’écrivain de «Indignez-vous» (près d’1 millions d’exemplaires vendus), dénonce fermement la politique israélienne. Pour lui, Israël est un grand pays au point de vu technologique et industriel mais ne respecte pas les décisions des Nations Unies. Il déplore le fait que les gouvernements israéliens ne veulent pas de la paix, s’emprisonnent dans la peur et prônent la sécurité du pays vis à vis du monde arabe. Ce conflit se présente comme sa principale indignation.

Ces dernières années, les positions de Stéphane Hessel sur Israël se sont durcies au point d’attirer toute l’attention  des médias.

En 2009, alors qu’Israël lance une offensive sur la bande de Gaza, il déclare «En réalité, le mot qui s’applique – qui devrait s’appliquer – est celui de crime de guerre et même de crime contre l’humanité. Mais il faut prononcer ce mot avec précaution, surtout lorsqu’on est à Genève, le lieu où siège un haut commissaire pour les droits de l’homme, qui peut avoir là-dessus une opinion importante. Pour ma part, ayant été à Gaza, ayant vu les camps de réfugiés avec des milliers d’enfants, la façon dont ils sont bombardés m’apparaît comme un véritable crime contre l’humanité». En juin 2010, Stéphane Hessel soutient le mouvement B.D.S en appelant au boycott contre Israël. Le Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme porte plainte pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » et il fut mis en examen. Avec cette affaire, Stéphane Hessel ne s’est pas fait que des alliés. Ainsi de Pierre-André Taguieff. Chercheur au CNRS, professeur à l’IEP et conseiller du Crif  ; ce néoconservateur est connu pour ses travaux sur les nouvelles formes d’antisémitismes en France. Jugeant extrémistes les positions prises par Hessel sur Israël, Taguieff  a écrit sur son mur Facebook, en paraphrasant Voltaire, « Un soir au fond du Sahel, un serpent piqua le vieil Hessel, que croyez-vous qu’il arriva, ce fut le serpent qui creva ».  Il a assez vite retiré ce « statut » mais ce trait d’esprit a eu le temps d’être vu et commenté. Le Mrap (mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples) dénonce vivement les propos de Pierre-André Taguieff qui attisent la haine et demande au CNRS et à l’IEP de condamner ces propos.

Le colloqueannulé  à l’école Normale la semaine dernièrereprésente le point culminant de toutes les affaires liées à Hessel.C’est un sujet très délicat,qui tourne autour de la question de savoir si l’on peutcritiquer la politique israélienne sans se faire accuser d’antisémitisme. Pourtant, Israël se présente comme un des seul pays démocratique de la région et la Palestine ne semble pas être aidée par ses voisins. La situation actuelle doit arranger certains pays du Moyen-Orient, ennemis d’Israël, qui voient en cela une occasion de critiquer le gouvernement et de préparer une hypothétique attaque.

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Benoit Dabout

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