Politique culturelle
Gunter Grass accuse l’Occident d’hypocrisie

Gunter Grass accuse l’Occident d’hypocrisie

11 avril 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Le secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise Peter Englund refuse la mise en question du prix Nobel de littérature attribué à Gunter Grass en 1999. Après la publication du poème qui accuse Israël et son arsenal atomique de menacer la paix mondiale, le débat dans le milieu international est monté de plus en plus jusqu’à l’interdiction de territoire pour l’écrivain en territoire israélien.


Ce qui doit être dit ( traduit de l’allemand par Olivier Mannoni) est le titre du poème apparu le 4 avril dernier dans le journal allemand Süddeutsche Zeitun. Gunter Grass y accuse l’hypocrisie occidentale qui cache, depuis toujours, les menaces nucléaires de la part d’Israël, tout en s’associant, selon lui, à la croisade anti-iranienne conduite par les États-Unis.
Cohérent avec son esprit polémiste et mordant, l’écrivain allemand dévoile dans ce poème les raisons de son silence : il définit comme « tare à tout jamais ineffaçable » le passé de l’Allemagne. Un passé qui impose à tout allemand un sens de culpabilité difficile à dominer. Un héritage qui finit par suffoquer toute accusation envers Israël, au nom d’une pénitence à payer.
Mais Gunter Grass aspire, avec ce poème, à mettre le mot final à cette dissimulation et c’est justement la sèche énergie dont cette dénonciation se fait porteuse qui déclenche les polémiques des écrivains de langue hébraïque mais aussi les controverses dans les milieux politiques internationaux.
Accusé par le ministre de l’intérieur israélien d’attiser les flammes de la haine contre l’État et le peuple israéliens, les accusations d’antisémitisme de la part du gouvernement s’enchaînent.
Lauréat en littérature de l’Académie Suédoise en 1999, Gunter Grass et ses prises de positions extrêmes ont été toujours au centre de contestations politiques qui lui ont valu la réputation de polémiste. Tout en s’alignant toujours du côté de la gauche, en 2006 il avait avoué son passé parmi les jeunesses hitlériennes, ce qui lui avait valu de nombreuses critiques de la part de plusieurs intellectuels européens.

En 1999 le jury suédois l’avait récompensé « pour avoir dépeint le visage oublié de l’histoire dans des fables d’une gaieté noire. »
Le porte-parole de l’Académie suédoise Peter Englund cherche aujourd’hui à recadrer les polémiques à l’intérieur du domaine politique : « je voudrais souligner que Günter Grass a reçu le prix Nobel en 1999 pour son mérite littéraire et son mérite littéraire uniquement, ce qui est le cas de tous les lauréats».

Le poids des mots utilisés par les écrivains est depuis toujours porteur d’une responsabilité extraordinaire, mais la légèreté du langage est toujours condamnable, en politique aussi. La question intellectuelle qu’on est obligés de se poser semble être toujours la même : est-ce que les idées politiques d’un écrivain entachent définitivement ses mérites artistiques?

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Celeste Bronzetti

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