Politique culturelle
Festival Tournée Générale : entretien avec la directrice de ce jeune festival local et original

Festival Tournée Générale : entretien avec la directrice de ce jeune festival local et original

08 août 2021 | PAR Orane Auriau

Sa fondatrice, Anaïs Héluin, constate le manque d’infrastructures culturelles dans son quartier du 12ème arrondissement. Ce qui lui a donné l’idée de créer un festival de proximité et accessible dans les bars du quartier. Leur prochain événement s’exportera le 24 et 25 en septembre, à Ivry-sur-Seine, laboratoire futur de l’événement parisien. 

A l’occasion de la prochaine édition de septembre l’artiste ivryen, comédien et metteur en scène Pablo Dubott, sera convié à élaborer le programme, à la fois varié et convoquant parfois la culture queer. En particulier avec son personnage excentrique qui interviendra dans les bars, Spike. Sept propositions se déploieront dans cinq bars différents, avec des artistes habitués du festival comme Guillaume Clayssen ou Yves-Noël Génod, des nouvelles recrues comme Dieudonné Niangouna. 

 

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de faire ce festival?

Je suis journaliste et j’écris sur le théâtre depuis une dizaine d’années. En tant qu’indépendante, il y a plusieurs raisons qui m’ont donné envie de faire ça. Je tiens toujours à dire que c’est un geste très spontané, plutôt de l’ordre de l’urgence à mon endroit. Mon exercice de journaliste critique ne me suffisait plus. J’avais envie d’imaginer une manière de partager le théâtre, d’une manière assez poreuse avec le quotidien. Je trouve qu’il y a assez peu de contexte, de cadres qui nous permettent de vivre le théâtre de cette façon.

 

Vous expliquez que dans le 12ème arrondissement, en tout cas le quartier où le festival a lieu, qu’il y a un manque de structures culturelles…

La vraie raison de l’ancrage du festival à cet endroit, c’est très simplement que j’habite dans cette petite portion du 12ème ; donc j’en connais un peu tous les recoins, tous les cafés. Dans la Vallée de Fécamp, il reste beaucoup de cafés de quartier qui n’ont pas du tout été dénaturés par l’installation de grandes chaînes. Je trouve cela assez rare dans Paris d’avoir une concentration comme ça de lieux qui restent dans leur jus.

Il y a plusieurs petites enseignes comme ça auxquelles je me suis attachée. Je fais un lien avec mon activité de critique dans la mesure où j’ai toujours trouvé que la vraie parole, la vraie réflexion sur le spectacle vivant se passait très rarement dans l’enceinte des théâtres mais plus dans les espaces qui les entourent, à savoir notamment les bars. On va au théâtre avec des amis et c’est là vraiment que se déploie la réflexion. Donc j’ai eu l’envie de rassembler l’objet artistique et le discours sur lui-même. Je pense que l’espace du bar est assez adapté pour rassembler tout ça.

 

Vous parlez de démocratisation culturelle quant au projet, le fait de faciliter l’accès au théâtre. Vous avez notamment cité Jean Vilar…

Vilar est une référence ancienne, mais parmi mes contemporains je peux m’identifier à un mouvement de jeunes festivals qui travaillent plutôt dans les campagnes. Il y en a en Bretagne, en Normandie, par exemple le Lyncéus Festival. Il y a aussi le NTP, le Nouveau Théâtre Populaire. Il y a pas mal d’initiatives comme ça de jeunes compagnies qui ont décidé de créer in situ dans des lieux où il y a très peu de structures culturelles, ce qui est moins le cas dans le 12ème où même à l’échelle de Paris, même si effectivement c’est un quartier plus délaissé. Même s’il y a quand même des théâtres et cinémas relativement proches.

 

Vous ne proposez pas seulement du spectacle vivant mais aussi des concerts et des expositions dans les bars?

La musique est assez attendue dans l’espace d’un bar, mais le théâtre dévie plus des habitudes et c’est ça qui m’intéresse. J’aime aller vers une perturbation douce des habitudes des cafés. Mais j’estime qu’il est important d’accueillir des formes qui sont plus attendues dans ces espaces-là. Il ne s’agit pas d’aller complètement à contre-courant de ces lieux-là, vraiment l’idée est de leur proposer des choses qui touche le public, donc d’avoir une diversité d’esthétiques et de propositions. Le soir, je pense qu’on a tous besoin d’entendre de la musique et de se détendre un minimum. Nous finissons donc les journées par des concerts, mais toujours avec un rapport aux jeux des écritures, surtout les nouvelles. 

 

Par rapport aux mesures sanitaires, est-ce que vous avez dû revoir la programmation, vous réadapter, ou il n’y a pas grand chose qui a changé? 

On a commencé le festival en 2019, c’était une initiative très spontanée. En discutant avec le patron du bar le Bon Coin, je me suis rendue compte que nous étions tous les deux fatigués par nos métiers respectifs. A partir de là, nous nous sommes lancés dans ce projet de manière complètement bénévole. C’est là que je me mets à rassembler une équipe de personnes d’horizons divers, les artistes sont tous partants ; je trouve aussi une équipe technique, tout ça en trois mois. C’était un peu serré, mais ça a fonctionné. 

A la deuxième édition, il y a eu l’arrivée de la covid donc on n’a pas pu le faire en juin et on a même dû le retarder. Et là pareil pour la troisième édition. Cette saison, on a décidé de se calquer sur les mesures sanitaires imposées aux bars. 

 

Est-ce que vous auriez quelque chose à ajouter concernant le festival, important à savoir ? 

Oui, alors peut-être pointer le fait qu’on va de plus en plus vers un travail de création, donc on a accompagné à la fois en production et en diffusion un spectacle, celui d’ouverture du festival, qui est une performance philosophico-circassienne de Guillaume Clayssen et Erwan Ferrier. A chaque édition, il écrit et interprète une performance philosophique. On met aussi en place des cartes blanches, c’est-à-dire que nous proposons à des artistes de choisir un des cafés partenaires de Tournée Générale, et d’y faire ce qu’ils veulent. Là, ça a été le cas de Yves-Noël Genod qui a choisi le bar Au pays de Vannes, qui y a d’ailleurs joué une pièce du même nom.

On commence à travailler avec le théâtre des Quartiers d’Ivry, on participe à leur week-end d’ouverture du 24 et 25 septembre. On propose sur ces deux jours une tournée dans les cafés. Il y aura trois spectacles par jour dans les bars d’Ivry, on est en train de se développer. On a aussi fait une soirée dans des bars en Normandie, à Pont-Audemer. 

 

J’imagine que l’année prochaine, si tout se passe bien en mettant de côté la Covid, que vous aurez grandi? 

On l’espère, mais il faudrait que les finances suivent. En fonction des subventions, aussi. Après je revendique vraiment le fait de faire quelque chose de minuscule, ça me plaît vraiment cette idée de proposer quelque chose aux habitants dans leur lieu de vie et sans être dans le spectaculaire, de s’inscrire dans le quotidien. Donc le fait de grossir, en tout cas à l’échelle du 12ème, je ne pense pas. Enfin si j’emploie ce terme, ce serait plus dans le sens d’aller vers une saison, de faire des temps forts comme à Tournée générale, mais aussi d’organiser des rendez-vous dans les cafés pendant toute une saison. On en fait un petit peu dans l’année aussi, mais on a vraiment ce coeur qu’est le festival. 

 

Plus d’informations du côté de  Tournée générale

 

 

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