Politique culturelle
[Festival d’Avignon] Olivier Py : « Revenir aux origines, c’est être original »

[Festival d’Avignon] Olivier Py : « Revenir aux origines, c’est être original »

24 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Voilà c’est (presque) fini. Samedi soir, la ville décélèrera doucement  grâce au Festival Résonance et au Tremplin Jazz. Mais il faudra savoir gérer son impatience, toute une année maintenant, avec le soixante-dixième anniversaire. A la veille du grand départ, Olivier Py a dressé ce matin et en public, le bilan à chaud de la soixante-neuvième. On peut résumer cela de la sorte : en progrès.

 

 

Nous sommes loin de l’effroi de 2014. Même si la ville a amputé le festival de 50.000 euros et de cinq lieux dont le jardin de la rue de Mons et la Carrière Boulbon, la première information est que le Festival a su résister. Les chiffres sont excellents : le taux de remplissage des salles est de 93,05 %. Cela est merveilleux face  à une durée raccourcie de deux jours. Mais, Olivier Py le rappelle très vite : « Ce ne sont pas les chiffres qui font l’adhésion ce sont les artistes ».
Il ne peut, et cela est bien l’écueil de cette programmation s’empêcher de saluer Jean Vilar sans passer par tout ceux qui, jusqu’à lui, ont façonné Avignon. « C’est en revenant aux origines que l’on est original dit-il ». On reprochera à Olivier Py des choix calamiteux de programmation dans la cour d’Honneur avec, que ce soit pour le Roi Lear ou pour Retour à Berratham, des œuvres lyriques et dénuées de prises de risques. Heureusement, le si brillant comédien, auteur et metteur en scène a su cette année tisser un fil cohérent dans sa programmation. Ce « je suis l’autre », à la fois amoureux et politique a vu des chefs d’œuvres et des révélations se faire. L’Antoine et Cléopatre de Tiago Rodrigues fera date car son geste est d’une aridité qui deviendra norme. Les hommes sans filet que sont les Steréoptik aussi avec un travail sans cesse au bord du gouffre. On pense aussi à la tapisserie faite femme de Gaelle Bourges et bien sur aux lumières de Philippe Gladieux accompagnant Jamais Assez de Fabrice Lambert.

Autre fer de lance, celui-ci très politique, le populaire. Tous les directeurs s’y cassaient les dents jusque-là. Olivier Py a réussi avec deux axes à amener ceux qui se sentent hors-jeu de venir au théâtre.  Le premier est l’itinérance avec cette année un Ubu délirant. Mais c’est aussi de la gratuité faite avec intelligence. On le sait, organiser des lectures gratuites ne fait venir personne d’autre que ceux qui se sentent concernés, et c’est déjà pas mal.  Cette année, grâce notamment à La République de Platon lue par des amateurs venus d’Avignon, les remparts se sont fissurés. Olivier Py le salut avec raison : »Les avignonnais aiment de plus en plus leur festival ».

Il ne faudrait pas tout de même perdre de vu que l’identité de ce Festival est un savant mélange d' »international » et de « laboratoire ». Chose qu’Eric Ruf note. Il est venu en guest annoncer le non scoop de sa collaboration avec Ivo van Hove pour une version des Damnés de Visconti joué par les comédiens du français.

Là dessus, les choses semblent s’entendre à nouveau avec des metteurs en scène présentés et peu connus des non initiés ( Eszter Salamon et Teater NO99 en sont les archétypes), le renouveau des expositions et l’ouverture vers la musique.

Olivier Py se plait à dire que pendant trois semaines la ville se met « en état d’Utopie ».  Il prend comme devoir de ne pas se résigner : « de changer le monde même quand ça paraît impossible ».

La route semble ici prendre le bon chemin. La performance et la radicalité ont retrouvé une place importante avec notamment la programmation beaucoup trop brève des XS en partenariat avec les SACD françaises et Belges.  Mais tout de même, c’est là.  A côté des plombant Porée et Philippe Berling la magie a opéré dans de l’inattendu. La lecture mémorial pour Patrice Chereau par Dominique Blanc ou celle de L’amour et les forêts par Eric Reinhardt et Feu Chatterton sont le genre d’actes qui vous rendent différents. On attend désormais plus, on attend de retrouver ces émotions et ces avant-gardes au cœur des lieux phares d’Avignon. On a de l’espoir.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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