Politique culturelle
Espagne : polémique autour de la loi « Mordaza »

Espagne : polémique autour de la loi « Mordaza »

19 juillet 2015 | PAR Elodie Schwartz

La loi organique de sécurité citoyenne, plus connue sous le nom de « ley morzada » (loi muselière) que lui ont donné ses détracteurs, est entrée en vigueur en Espagne mercredi 1 juillet. Depuis, des hommes et des femmes engagés s’expriment pour dénoncer la manière dont cette loi limite les droits et les libertés des citoyens…

Mercredi 1 juillet 2015 est entrée en vigueur en Espagne la loi organique de sécurité citoyenne proposée par le Gouvernement, et ce malgré le refus des autres partis, rapporte le journal El Pais. Ni les mobilisations, ni les recours devant le tribunal Constitutionnel, ni les critiques des organismes européens n’ont réussi à empêcher sa mise en place. Ainsi, « les manifestations seront plus libres » assure le Parti Populaire. Face à ces mots, ceux de l’opposition accusent l’Exécutif de créer un « Etat policier », puisque les forces de l’ordre auront maintenant le pouvoir d’imposer des sanctions administratives jusqu’alors attribuées par un juge. Mais ce n’est pas tout : parmi les mesures de cette nouvelle loi baptisée « loi mordaza », figurent également l’interdiction de manifester devant le Congrès et le Sénat, d’empêcher l’arrêt d’une expulsion, de protester en hauteur, d’effectuer des résistances pacifiques et surtout de photographier des policiers. Tout cela dans le but de freiner les manifestants depuis le mouvement des Indignés (2011) qui était, très persévérant, était devenu difficile à gérer pour les autorités.

Pour Paul Aubert, professeur de civilisation espagnole contemporaine à l’université d’Aix-Marseille, interrogé par Marianne, cette loi « ambiguë et dangereuse » vient fortement « limiter les droits et les libertés des citoyens (manifestations, réunions, expression, etc.) » en donnant plus de pouvoirs aux forces de l’ordre. Plus fort encore, au lieu d’être « une avancée démocratique » comme le proclame Conrado Escobar, porte parole de la Commission Intérieur, cette nouvelle loi représente surtout une « menace pour les garanties constitutionnelles (inviolabilité du domicile, liberté d’expression, liberté de réunion, liberté de manifestation, etc.) ainsi que pour le droit d’asile ». Car en plus de sévèrement punir les délits liés à la prostitution, à la drogue, aux occupations illégales d’un logement et les manifestants, elle cible aussi les migrants. Avec la loi « mordaza », beaucoup craignent donc de voir leur pays renouer avec des pratiques peu glorieuses et craignent un abus de pouvoir de la part des policiers, d’autant plus que les vidéos ou photos démontrant leur abus de pouvoir sur les réseaux sociaux sont désormais interdites.

Journalistes, citoyens et artistes se mobilisent

Face à l’entrée en vigueur de la loi organique de sécurité citoyenne, la Fédération International des Journalistes (FIJ) ainsi que la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) se sont associés à la Fédération espagnole des syndicats de journalistes (FESP) pour protester contre ce qu’ils jugent comme étant un frein aux moyens de communication. « Nous soutenons nos confrères espagnols dans le rejet de cette loi qui vise à censurer la couverture médiatique des manifestations. La loi se moque de la démocratie en Espagne et limite les droits des citoyens ainsi que ceux des photojournalistes » a déclaré Jim Boumelha, président de la FIJ au magazine Iniciativa Debate.

Sur les réseaux sociaux, la mobilisation contre la « loi mordaza » se fait tout aussi forte. Les hashtags #desobedecer (désobéir), « sinmordaza » (sansmordaza) et même un site Internet tenu par des manifestants ont vu le jour. Leur objectif ? Désobéir à cette loi « injuste » en restant assis près des lieux interdits et crier « liberté ». Street artists et artistes, dont le célèbre humoriste espagnol Forges, se sont également lancés dans cette petite révolution au travers du dessin. Sur ces derniers on peut par exemple y voir des visages dont la bouche est recouverte d’un bandeau, signe de la pression subite par les citoyens face aux forces de l’ordre et à leur impossibilité de s’exprimer.

 

 

 

Une possible annulation de la loi ?

Les plus optimistes assurent que la loi de sécurité citoyenne ne sera en vigueur que quelques mois. En effet, les élections générales étant prévues pour la fin de l’année, les candidats en lice assurent qu’ils annuleront la loi une fois leur supposée arrivée au pouvoir. C’est le cas de Pedro Sánchez (PSOE) qui, selon le Petit Journal, a déjà promis son annulation s’il arrivait à la tête du Gouvernement. Mais le chef du parti socialiste n’est pas seul, et c’est toute l’opposition qui s’est désormais engagée à traduire l’une de ses premières réformes par la suppression de la ley mordaza.

Visuel : © Capture d’écran Twitter / Saulo Coronas

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