Politique culturelle
Emmanuelle Polack & le musée du Louvre à la recherche des oeuvres d’art spoliées

Emmanuelle Polack & le musée du Louvre à la recherche des oeuvres d’art spoliées

10 février 2020 | PAR Emilie Zana

Le musée du Louvre s’arme d’Emmanuelle Polack, historienne de l’art experte en marché de l’art sous l’Occupation, afin d’enquêter sur les acquisitions faites par le Musée entre 1933 et 1945. Une collaboration inédite donnant un nouveau souffle à la recherche des biens spoliés. 

Une collaboration inédite avec les musées

Face à la lenteur des restitutions des biens pillés par les Nazis, Emmanuelle Polack avait évoqué à l’occasion de l’exposition Le marché de l’art sous l’Occupation 1940-1944 l’année dernière au Mémorial de la Shoah, la nécessité urgente pour les musées d’adopter une démarche proactive concernant la recherche de la provenance des oeuvres dans leurs collections. 

Cette exposition mettait également en valeur le trajet rocambolesque de la collection du grand avocat parisien et Juif Armand Dorville, et dont quatre oeuvres prêtées par le Louvre, le musée d’Orsay et le musée des Arts décoratifs avaient été exposées. C’était déjà le signe d’une coopération inédite avec les musées, laissant « envisager de futures actions communes » d’après la commissaire d’exposition Emmanuelle Polack.

C’est donc tout naturellement que cette historienne française de l’art, également auteure de plusieurs livres sur le sujet (et récemment Le marché de l’art sous l’Occupation, 1940-1944 publié aux éditions Tallandier, 2019), rejoigne le musée du Louvre en qualité d’experte dans le domaine, après avoir milité depuis une dizaine d’années pour la restitution des biens spoliés aux familles juives et à leurs ayants-droits.

La collection Dorville au Louvre : affaire à suivre

Le Louvre conserve encore à ce jour dix oeuvres issues de la collection Dorville acquises durant l’Occupation. En 1942, quelques mois après la mort d’Armand Dorville, se tient au Savoy-Palace à Nice une vente aux enchères au nom évasif de « cabinet d’un amateur parisien ». René Huyghe, conservateur au département des peintures du Louvre, y achète douze lots et parmi eux, des tableaux de Constantin Guys, de Henri Monnier et de Camille Roqueplan qui font encore aujourd’hui partie des collections du musée. Le 22 janvier 2020, le gouvernement allemand a officiellement restitué 3 oeuvres issues de cette collection aux héritiers de l’avocat. Reste à savoir ce qu’il adviendra des oeuvres conservées par le Louvre.

Nouvel élan de réparation de la spoliation artistique

Cette nomination vient à point nommé avec la volonté du gouvernement d’Edouard Philippe depuis juillet 2018 de « donner un nouvel élan à une politique publique de réparation de la spoliation « artistique » » d’après les mots du ministre de la culture Franck Riester le 19 mars dernier, à l’occasion de l’exposition au Mémorial de la Shoah. Il avait d’ailleurs annoncé la création d' »une structure ad hoc qui prendra le relais, en l’amplifiant, de l’action menée, depuis plusieurs années, par le Service des musées de France. »

Si la conscience de cette problématique et la volonté d’avancer ont déjà motivé les musées de nos jours (notamment grâce au sigle MNR ; le Louvre détenant d’ailleurs 1752 oeuvres MNR), cette nouvelle collaboration entre le Louvre et Emmanuelle Polack prouve que la démarche s’intensifie en France. Elle marque ainsi un tournant dans l’histoire de la recherche et la restitution des oeuvres d’art spoliées sous l’Occupation.

 

Visuel : ©Musée du Louvre, EZ

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Emilie Zana

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