Politique culturelle

La culture, le pauvre oublié des européennes

La culture, le pauvre oublié des européennes

21 mai 2014 | PAR Alexander Mora-Mir

Les 24 et 25 Mai, près de 390 millions d’Européens seront appelés aux urnes pour choisir la composition du neuvième Parlement de l’histoire de l’Union Européenne. Les Français, eux, devront choisir leurs 74 représentants ce dimanche 25 Mai.


Pour recontextualiser la politique culturelle européenne, le Parlement et le Conseil de l’UE ont validé puis approuvé le programme Europe Créative, qui vise à renforcer les secteurs européens de la culture et de la création pour la période 2014-2020. Intégrant les anciens programmes de MEDIA, MEDIA Mundus et Culture, Europe Créative possède un budget de 1,46 milliard d’euros, ce qui représente seulement 0,1% du budget de l’UE. La culture européenne, le cinéma, la télévision, la musique, la littérature, les arts du spectacle, le patrimoine, et les domaines connexes bénéficieront d’un soutien accru de la part des institutions européennes.
En attendant, que proposent nos représentants français, quelle est la place de la culture dans leurs programmes pour les européennes ?

Voici les programmes culturels des principaux partis politiques pour les européennes

Front National (FN)

Ayant contacté le siège du FN à Nanterre, il nous a été donné aucune information concernant le programme culturel pour les européennes. Tout comme il est presque impossible de trouver leur programme politique pour l’Europe. Eurosceptiques revendiqués, il semble impensable d’attendre quelque chose de probant de la part du Front National de Marine Le Pen pour l’Europe, à l’image d’un clip de campagne bien maigre en argumentation, seulement dans le constat. Stupeur donc quant aux 23,5% d’intentions de vote, qui la positionne en tête devant l’UMP (23%), et le PS (17%).

Union pour un mouvement populaire (UMP)

L’UMP de son côté souhaite créer un « espace européen de la culture », avec pour ambition de promouvoir la diversité culturelle et linguistique. Aussi, ils veulent faciliter les rencontres entre les artistes et le public et renforcer le marché unique du numérique, tout en assurant la meilleure protection possible aux créateurs, au sein d’une stratégie européenne pour les contenus culturels numériques. Améliorer la gouvernance et la transparence des sociétés de gestion collective des droits d’auteurs, ainsi que développer le « label du patrimoine européen » pour mieux mettre en valeur les sites symboliques pour l’histoire et la construction européenne, voilà à quoi s’attelle l’UMP pour l’Europe.

Parti Socialiste (PS)

Pour le Parti à la rose, la défense de la culture a été l’une des plus belles victoires européennes. Défendre la diversité culturelle à travers les échanges avec le monde doit être un acquis majeur. Il faut protéger le  patrimoine culturel de l’Europe, protéger la création, car en période de crise économique, cela se fragilise, à l’image de la Grèce et de l’Italie, qui laissent leurs trésors passer à l’abandon. Il faut encourager la diversité en soutenant la production et à la mise en place de quotas de diffusion en faveur des œuvres européennes.

Le PS souhaite développer un fond européen de la culture, qui viendrait notamment aider les pays en difficulté. Pour le financer, la taxation des flux de données, ainsi qu’un fonds de solidarité pour le maintien du patrimoine culturel européen. Défendre une culture pour tous, afin de s’ouvrir aux autres, voilà ce que le PS espère pour la culture.

UDI-Modem

Selon les centristes, il faut amplifier les actions en faveur de la diversité culturelle et linguistique, ainsi que défendre la culture européenne. Préserver le soutien à la création dans tous les secteurs culturels, voilà ce que la France doit faire pour l’Europe.

L’UDI-Modem veut faciliter l’accès des citoyens européens aux œuvres culturelles sur Internet, en instaurant un environnement propice au développement d’une offre culturelle variée sur le Web. Cela encouragera l’investissement dans la création et la rémunération des talents. Le parti du centre veut confier à l’observatoire européen du piratage et de la contrefaçon, une mission de promotion des sites, offrant aux consommateurs la possibilité d’avoir accès à des œuvres culturelles, en ligne et en toute légalité (en instaurant des sites de streaming respectueux des droits d’auteur par exemple).

Initier une sorte de registre professionnel européen de type Europass pour les artistes, dans lequel pourraient figurer leur statut, la nature et la durée de leurs contrats, ainsi que les coordonnées de leurs employeurs ou prestataires de service qui les engagent. En d’autres termes, une carte de visite pour artiste accessible à tous.

Europe écologie les verts (EELV)

Les écologistes souhaitent que la culture devienne une compétence partagée de l’Union et des Etats membres pour développer une véritable culture européenne. Le numérique est un enjeu majeur pour les arts et la culture. Il est nécessaire que l’Union Européenne garantisse l’accès le plus large à la culture, car la révolution numérique est là pour offrir des opportunités inédites de création, de communication, d’échange.

Un plus grand soutien à la création est demandé par EELV, tout comme une plus large diffusion des œuvres. Comme l’UDI-Modem, ils souhaitent concevoir une plateforme web pour mettre en réseau les acteurs culturels européens. Favoriser les échanges culturels, pas qu’entre villes mais aussi entre les régions, les provinces…en intégrant la dimension territoriale dans les politiques culturelles extérieures des Etats membres.

L’Europe doit promouvoir la diversité, grâce à la force des langues étrangères. Les écologistes proposent ainsi la mise en place d’un programme européen d’apprentissage des langues des pays de l’Union, y compris les langues régionales et les langues de l’immigration. Ils veulent aussi participer à la préservation du patrimoine des pays notamment touchés par la crise, Grèce, Espagne, Italie, qui comptent parmi les monuments des plus précieux du continent.

Il faut créer un fonds européen pour la sauvegarde du patrimoine.

Front de gauche

Rompre avec l’Europe libérale, celle des traités austéritaires qui fait de la culture une vulgaire marchandise et refuser une Europe repliée sur ses frontières nationales, sur une logique identitaire prétendument commune excluant les Roms, les africains, les musulmans, les turcs. Pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, l’Europe ne peut pas confondre identité et culture, mais doit articuler le social, les savoirs, l’imaginaire artistique, l’éducatif et le culturel.

L’Europe n’a pas de politique publique de la culture, ni de réel budget digne de ce nom selon le Front de Gauche, et prône une Europe de la création, vecteur essentiel de toute politique culturelle efficace, mais aussi de la pluralité culturelle, en soutenant le lien fondamental entre cultures populaires et cultures savantes. Il faut généraliser les systèmes d’aides publics français à l’échelle européenne et créer un réseau européen pour l’art et la culture qui permette de défendre la création, en danger aujourd’hui. La création, point clé du programme, doit être soutenue à travers coproductions (écrites, audiovisuelles, numériques…) et échanges, la libre circulation des œuvres et des artistes.

Promouvoir la diversité, la pluralité culturelle et linguistique, voilà ce que souhaite le Front de Gauche dans sa politique culturelle pour « refonder l’Europe ».

© visuel : Capture d’écran Youtube

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Alexander Mora-Mir
Contact : alexandermm@hotmail.fr

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