Politique culturelle

Claude Lanzman condamne les manuels scolaires pour un banissement supposé de la Shoah

Claude Lanzman condamne les manuels scolaires pour un banissement supposé de la Shoah

31 août 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans un article publié hier dans Le Monde, le cinéaste et écrivain Claude Lanzman dénonçait un « bannissement », par le Ministère de l’éducation nationale, du mot « Shoah » dans les manuels scolaires. Pourtant,  ni dans les  nouveaux programmes, parus au Bulletin Officiel le 30 septembre 2010 ni dans leurs traductions par les auteurs des manuels, ce bannissement n’a eu lieu.

Rappelons avant toute chose que, contrairement à ce que Claude Lanzman affirme, l’État n’a pas son mot à dire sur le contenu des manuels scolaires. Lorsqu’un changement de programme est décidé, le ministre réunit autour de lui une commission d’experts rassemblant des inspecteurs pédagogiques, des enseignants et des universitaires. Une fois le programme publié, les éditeurs traduisent les textes en manuels scolaires. A ce moment-là de la chaine de production du manuel, l’État n’a aucun pouvoir sur le contenu des livres. Il semble évident qu’un enseignant ou une commission d’enseignants choisira pour être utilisé en classe un manuel collant au programme et à son esprit. Les manuels portent souvent, mais cela n’a pas de valeur légale, la mention : « conforme au programme. » Le programme 2010 demander d’étudier :  « La Seconde guerre mondiale: guerre d’anéantissement et génocide des Juifs et des Tziganes ».

Le terme « Shoah » est communément utilisé pour nommer ce que l’historien Raoul Hilberg a défini comme  » la destruction des Juifs d’Europe ». « Shoah » est un mot hébreu qui signifie « catastrophe ». Il est utilisé pour la première fois en 1982 par André Kaspi lors d’un colloque sur l’enseignement de la « Choa». C’est Claude Lanzman qui installe le terme comme une évidence à la sortie du film magistral « Shoah ».

Le terme Shoah n’a jamais été utilisé au sein des programmes et cela a fait l’objet d’une longue réflexion. Le programme  de 1995, entrant en application en 1998 parcourt l’histoire du «monde de 1939 à nos jours». L’histoire des Juifs est citée dans le programme dès le deuxième chapitre «l’Europe et la France dans la guerre […] À partir d’une carte de l’Europe en 1942, on analysera les formes de l’occupation, les collaborations, les résistances. On insistera sur l’univers concentrationnaire et l’extermination des Juifs et des Tsiganes […]» Le génocide des Juifs est donc clairement au programme, nous notons rapidement l’absence du terme « Shoah ». Cela découle de la volonté des auteurs qui préfèrent le terme «extermination» dans une volonté d’historiciser l’événement. Dominique Borne, alors inspecteur général de l’Education nationale, explique ce choix. Alors que le terme « Shoah » était à ce moment le terme communément employé pour dire l’événement, le choix a été fait d’employer « extermination » au sein des textes officiels. « Shoah » lui apparaissant comme « un mot religieux qui renvoie à une parenthèse morale. (…) Le terme extermination permet de désacraliser l’événement et de l’historiciser (…) ». Le programme 2002 inscrit  l’étude de  : « […] La politique nazie d’extermination. On centre l’étude sur l’univers concentrationnaire et l’extermination systématique des Juifs et des Tziganes […] »

Dans un cadre du cours d’histoire, l’enseignement doit pouvoir nommer les évènements afin d’en sortir les faits et de pouvoir les comparer avec d’autres événements. Ainsi, le génocide des juifs conservera son unicité et sa singularité. Il semble donc cohérent que les porteurs des programmes utilisent le terme le plus historique au lieu du plus mémoriel.

Néanmoins, les auteurs de manuels utilisent toutes les façons de nommer l’événement. Le terme Shoah, est, comme c’était le cas pour les livres des programmes 95 et 2002, présent dans les manuels 2010. « Au Groupe des éditeurs scolaires (GPE), interrogé par l’AFP, on affirme que le terme Shoah figure « de façon explicite » dans les manuels Belin (page 96), Bordas (p. 112), Hachette (p. 101 et 104 selon les éditions, il y en a deux), Hatier (p.106), Nathan (p.100 et 114 selon les éditions) et Magnard (p.84). »

Reste une aberration. Le programme 1995 a fait basculer l’enseignement de la Shoah de la Terminale à la Première, donc non soumis à examen. Cela est toujours le cas pour l’édition 2010. Le génocide des Juifs est donc enseigné en fin d’année, mis à une place qui, peut voir son enseignement bâclé.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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