Politique culturelle
CDN de Nanterre: Philippe Quesne ne renouvelle pas son mandat

CDN de Nanterre: Philippe Quesne ne renouvelle pas son mandat

16 juillet 2019 | PAR Anna Geslin

Dans une interview donnée à Libération, Philippe Quesne, président du Centre dramatique national (CDN) de Nanterre se confie sur ses années passées à la tête des Amandiers, ses conflits avec le maire, et son choix de ne pas renouveler son mandat pour une troisième année… 

 

C’est acté, le metteur en scène et scénographe Philippe Quesne ne briguera pas un troisième mandat (comme le veut normalement la tradition) à la présidence du CDN de Nanterre. En poste depuis 2014, le metteur en scène de la Mélancolie des dragons avait eu quelques difficultés à se faire accepter, à la fois par le maire communiste Patrick Jarry, par son binôme Nathalie Vineux, et par l’équipe en place. Avec une vision peu conventionnelle du théâtre, il s’est rapidement démarqué de son prédécesseur Jean-Louis Martinelli en instaurant une véritable ligne artistique au sein du CDN. Même s’il a réussi à aller au bout de ses choix, et que son « bilan artistique est positif », il a annoncé le 12 juillet à Avignon son désir de quitter la présidence dès le 31 décembre 2020. Ses relations tendues avec le maire sont en partie la cause de ce départ précipité… 

« Le maire n’a cessé de formuler un mépris artistique absolu envers nous »

Les raisons de son départ sont principalement attribuées au maire communiste de Nanterre, Patrick Jarry. Celui-ci, comme Quesne l’explique, a tout de suite fait part de son inimitié envers le metteur en scène: « Il m’a tout de suite dit qu’il ne comprenait pas ce qu’on programmait et n’a cessé de formuler un mépris artistique absolu envers nous ». Il lui reprochait notamment de réaliser un « travail hors-sol », et ne cautionnait pas le principal projet de Quesne qui est de « réunir une famille d’auteurs de spectacle vivant: des chorégraphes, des plasticiens, des cinéastes… » Patrick Jarry a aussi ouvertement critiqué le metteur en scène sur le fait qu’il ne travaille pas main dans la main avec le territoire et les associations. A cela, Quesne se défend en évoquant Atlas, sa création participative qui a permis, pendant plusieurs mois, à une centaine d’habitants de la ville de prendre part au projet artistique. Les désaccords s’étendent même au sujet du bâtiment, le maire demandant à « raser le théâtre pour le reconstruire », quand Philippe Quesne souhaite plutôt des travaux de rénovation. C’est finalement lui qui aura le dernier mot puisque les travaux vont débuter en septembre avec un budget de 37 millions d’euros, et sera normalement inauguré en 2023.

Si l’expérience s’est révélée être compliquée, Philippe Quesne reconnaît tout de même des aspects positifs au poste de président du CDN de Nanterre. Il se félicite d’avoir « pu valoriser un théâtre de compagnie » et de ne pas être tombé dans la facilité de présenter des pièces plus classiques mises en scène par des directeurs de CDN comme Thomas Ostermeier, ce qui aurait favorisé une forme « d’échangisme ». Il juge aussi que son bilan artistique est très positif, avec un renouvellement de public plus jeune (près de 40% qui ont moins de trente ans), et une production de 80 % des pièces qu’il présente. Si Quesne décide de partir, il ne sait pas encore exactement ce qu’il adviendra de son futur, se rêvant à « monter un théâtre privé des formes singulières » ou pourquoi pas reprendre Avignon si l’occasion se présente …

 

©Visuel: La mélancolie des dragons, photo de Martin Argyroglo.

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Anna Geslin

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