Politique culturelle
Bob Dylan accusé d’injures et d’incitation à la haine par la communauté croate en France

Bob Dylan accusé d’injures et d’incitation à la haine par la communauté croate en France

05 décembre 2013 | PAR Kim Beci

Bob Dylan aurait « incité à la haine contre les Croates » dans son interview pour Rolling Stones en 2012. Suite à une phrase déplacée, la CRICCF dénonce l’artiste pour injures et incitation à la haine. Dylan devra être jugé par un TGI de Paris.

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L’interview à Bob Dylan par le journaliste Mikal Gilmore, du magazine américain Rolling Stone, est apparue le 27 septembre 2012. La très longue conversation (7 pages) a été le résultat d’une rencontre en été 2012 ainsi que de nombreuses conversations par téléphone et par écrit du journaliste avec le musicien.

Annoncé comme « le Bob Dylan que l’on avait jamais vu auparavant », l’entretien était, finalement, plus décevant qu’étonnant. Des questions sur la politique aux États-Unis, plus précisément sur Obama, étaient abordées. Dylan esquivait les réponses, il disait ne plus se souvenir de ce qu’il avait dit antérieurement (élection d’Obama aux présidentielles), donnant plutôt l’impression de n’en avoir plus rien à faire : de Obama, du socialisme, de la droite, de rien, mis à part sa musique.

Les films sur sa vie ont été évoqués, (I’m not there, Masked and anonymous…), et, une fois de plus, les réponses ont été vagues, un peu agressives parfois, comme pour effrayer le journaliste : lui montrer qu’après tout, il est qui il est, et que le reste, ce ne sont que des appréciations de ce qu’il a laissé paraître.

 Il répondait par des divagations un peu existentielles, métaphysiques, ne satisfaisant qu’à moitié son interlocuteur, qui aurait peut-être souhaité une réponse plus précise et a, finalement, obtenu de l’artiste quelque chose de plus long : un mélange d’expérience, de convictions, de sincérité crue utilisée habilement (seulement lors de questions délicates) pour esquiver le sujet. Sa transfiguration, de Robert Zimmerman à Bob Dylan, après son accident, a elle aussi été abordée de manière plus ou moins compréhensible par le chanteur.

Intelligent, Dylan savait ce qu’il voulait laisser transparaître. Les suggestions et questions du journaliste ne l’ont pas éloigné de la ligne sur laquelle il souhaitait marcher pour Rolling Stone : Vous votez ? (rires) Aucune réponse.

L’interview était, au-delà du caractère coriace du poète folk, riche en informations : sur sa vie, sa musique et son état d’esprit à 72 ans, après 50 ans de de carrière et plus grand chose à prouver au monde.

Dommage que Dylan n’ait pas été plus malin dans sa discrétion. Il avait réussi à se protéger des questions sur la politique, des critiques, mais, à un moment donné, il s’est permis un léger dérapage. Sûrement pas très malveillant, mais maladroit et un peu impertinent. Son commentaire de l’époque n’a pas échappé aux associations.

Suite à l’introduction de Gilmore du thème sur les différences entre le nord et le sud des États-Unis, Dylan parlait de l’esclavage. Le journaliste lui a, ensuite, demandé s’il voyait un rapprochement entre les années 1860 et l’actualité américaine. L’auteur répondait que la communauté noire ressent encore aujourd’hui l’existence du racisme, qu’elle ne peut naturellement pas en faire abstraction : « Si vous avez un esclavagiste ou un membre du Ku Klux Klan dans votre sang, les Noirs peuvent le sentir. Même encore aujourd’hui. Tout comme les juifs peuvent sentir le sang nazi et les Serbes le sang croate. »

Pas de chance pour Dylan, le Conseil représentatif de la communauté et des institutions croates de France (CRICCF) est tombé sur l’entretien et a interprété ses paroles comme une claire « incitation à la haine contre les croates ».

L’AFP, dans un communiqué de presse du 2 décembre, a admis n’avoir aucune information sur la réaction de Dylan suite à la dénonce. Il devra, malgré tout, être jugé par un TGI de Paris, après son interpellation pour injures et incitation à la haine. Le directeur des publications en France de Rolling Stone a aussi été visé par la plainte de la CRICCF. Le jugement de Dylan pour injures n’a pas de date fixe pour le moment.

Visuel : © Couverture du livre Bob Dylan Revisited : 13 Graphic Interpretations of Bob Dylan’s Songs, de Bob Dylan.

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