Politique culturelle
Bilan : La culture entre les deux tours

Bilan : La culture entre les deux tours

04 mai 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A quelques heures du second tour, nous nous sommes interrogés sur la place qu’avait eue la culture dans la campagne pour les deux camps. Benjamin Lancar, président du mouvement des jeunes populaire et Victor Quezada-Perez metteur en scène et secrétaire de section adjoint au PS de Colombes et co-animateur de campagne FH 92 se sont tout deux prêtés au jeu de l’interview.

Dans le cadre d’une campagne comme celle-ci, en pleine crise, quelle place avez-vous pu donner jusque-là à la culture ?

Benjamin Lancar : Nicolas Sarkozy a eu plusieurs fois l’occasion de s’exprimer sur ce sujet, que ce soit sur TF1, le Point, le Figaro, le Journal des arts ou le Journal de Paris. Il avait proposé à François Hollande de le rencontrer dans une émission exclusivement consacrée à la Culture, que Canal+ avait accepté de diffuser, mais le candidat socialiste a refusé cet échange. Nicolas Sarkozy a présenté dans ces différents entretiens son bilan dans un domaine qui, en pleine crise, n’en a pas moins bénéficié d’un engagement fort de sa part. Ainsi, le budget total pour la Culture et la Communication a augmenté de 21%. En son sein, les crédits de restauration des monuments historiques se sont accrus de 33%, les Etats généraux de la presse écrite ont abouti au doublement du soutien de l’Etat au pluralisme, la numérisation de notre patrimoine culturel a bénéficié des Investissements d’avenir, les musées et les monuments de l’Etat sont désormais gratuits pour tous les jeunes de moins de 25 ans. Le gouvernement a donc bien œuvré pour la préservation et la mise en valeur d’une culture qui fait la fierté et la capacité d’attraction de notre pays.
La volonté de notre mouvement est de continuer ce qui a été fait pour favoriser la création culturelle, notamment cinématographique, pour poursuivre la révolution numérique (avec le déploiement de la fibre optique), pour démocratiser l’accès à la culture (l’UMP a proposé la création d’un « Passe culture »), pour continuer la décentralisation de la culture en favorisant la création d’antennes en régions des musées nationaux (comme Orsay en Normandie, par exemple). Le Président de la République a aussi fait des arts sa priorité comme le montre la réouverture, il y a quelques semaines du Palais de Tokyo. Le Palais sera la vitrine et le centre de création de l’art contemporain français, un lieu d’exposition des jeunes artistes et une référence au niveau mondial.

Victor Quezada-Perez : Un des premiers meetings de François Hollande, trois jours avant celui du Bourget, fut son intervention au BIS de Nantes. Il a par cet acte, démontré, que la culture était un axe primordial de son programme.
Si François Hollande est élu, nous sortirons de 10 années de crise culturelle et artistique. De 10 années où tous les acteurs culturels, quels qu’ils soient, ont été victimes des gouvernements de droite successifs et de la présidence Sarkozy.« En définitive, le bilan de la politique culturelle du pouvoir est à l’image du quinquennat. L’Etat assure aujourd’hui moins du quart du financement public de la culture. Le soutien aux équipements de proximité a été négligé. L’enseignement artistique a été délaissé […] Les subventions de l’Etat sont partout en recul, qu’il s’agisse du soutien aux lieux ou aux équipes. Le doute s’est installé. Un sigle a fait florès, y compris dans le monde de la culture, la RGPP, qui vient menacer les budgets et les actions au nom d’économies budgétaires qui ne sont pas ici comprises. » François Hollande, extrait discours au BIS (19 janvier 2012)

Jamais la culture en France n’a connu autant de précarité, jamais les artistes ne se sont autant sentis en danger, jamais la création n’a été autant mise au service du vedettariat. La France a une responsabilité mondiale au niveau culturel. Elle est un exemple, car c’est le seul pays qui cultive systématiquement les politiques culturelles comme fondement de la nation. Evidement la culture n’est pas dans la préoccupation quotidienne des français et on pourrait reprocher de temps en temps qu’elle ne soit pas prise au sérieux. Mais si nous devons nous confronter dans l’avenir, à une droite dure, exacerbée par la défaite, qui monte les français les uns contre les autres, un des remparts fondamentaux contre l’ignorance, contre l’isolement, est la culture.
Et fondamentalement, nous, socialistes, nous souhaitons que tout le monde puisse avoir accès à une pratique artistique, notamment dans les écoles, où l’éducation artistique sera développée.


Quelles seront les actions culturelles jusqu’au 6 mai ?

VQP-Malheureusement au vu des discours extrêmement violents sur l’immigration de Nicolas Sarkozy, François Hollande se doit de rappeler lors de ces meetings les valeurs culturelles de la République française liberté égalité, fraternité. D’ailleurs, de nombreux artistes participent aux meetings soit en tant que spectateur soit en tant qu’acteur. Pour ma part, j’ai organisé à Colombes une action pour défendre le théâtre du Hublot qui perd sa convention DRAC en y invitant sénateurs et maires des Hauts-de-Seine. Nombreuses ont été les actions de cet ordre pendant la campagne. Car souvent, ses structures sont soumises à l’arbitraire politique de la droite, qui sous couvert d’économie profite de déstabiliser des théâtres, des compagnies, des orchestres, etc.

(NDLR: Benjamin Lancar n’a pas souhaité répondre à cette question )

Si l’on prend le cas de l’Ile de France, plusieurs lieux culturels sont menacés : Le Théâtre Paris Villette et le Studio théâtre à Asnieres. Des issues sont-elles possibles pour une survie de ces deux institutions ?

BL : En matière de spectacle vivant l’Etat, depuis 5 ans, a maintenu et même augmenté de 13% l’enveloppe qu’il consacre à la création. C’est donc aux collectivités territoriales, gérées très majoritairement par la gauche, que l’on doit certaines diminutions du soutien aux institutions théâtrales. C’est un des effets pervers de la création de centaines de milliers de postes de fonctionnaires par ces collectivités, qui doivent ensuite en assumer le coût au détriment des véritables priorités. Au Conseil Régional, je défends une approche rigoureuse des dossiers qui permet de répondre au mieux aux difficultés des habitants d’Île-de-France et regarderai avec attention ce dossier pour encourager à la région la majorité socialiste à prendre ses responsabilités. Nous l’avons fait sur le sujet de l’Orchestre d’Ile-de-France avec le groupe UMP à la région.

VQP Vous oubliez le théâtre du Voyageur, le théâtre de Stains, le théâtre du Hublot ainsi que toutes les compagnies sans lieu, qui voient leur subvention diminuée, l’attribution d’aide à la création de plus en plus compliquée, des tonnes de paperasses dont on doit s’occuper alors que les associations n’en ont pas forcément les compétences ou les effectifs, sans oublier la précarisation de la vie des artistes. La gauche, si elle arrive au pouvoir, aura fort à faire : les demandes vont être nombreuses et l’enthousiasme à la hauteur d’une victoire tellement attendue. Tous ces lieux devront être écoutés, aidés si possible car chacun d’entre eux ont des problèmes différents.

En somme, il y a une demande de changement des pratiques qui demanderont de remettre la culture au centre de la société, non pas comme un passe-temps ou un supplément d’âme mais comme une valeur émancipatrice fondamentale de la république.

Qu’est-ce qu’une culture de droite ?

BL : La culture est universelle, néanmoins je crois qu’il y a une façon différente d’appréhender l’objet culturel et les politiques culturelles en fonction de l’orientation politique.
Ce qui différencie fondamentalement le projet de l’UMP de celui du PS, c’est que pour les socialistes programme culturel rime nécessairement avec augmentation des dépenses. Le PS a fait de sa politique culturelle une politique électoraliste qui vise à recueillir les voix des professeurs et des bobos.
A l’inverse la droite à un vrai projet de société, de protection et de mise en valeur du patrimoine, de diffusion de la culture grâce à la révolution du numérique tout en protégeant les droits des auteurs, des artistes et des producteurs. Ces dimensions sont essentielles car c’est d’elles dont dépend le rayonnement culturel français au niveau mondial.
Et puis enfin, ce qui différencie l’UMP du parti socialiste est que nous voulons rendre la culture accessible à tous et non pas seulement à une élite parisienne comme ça a pu être le cas lors des années Mitterrand. L’action de la majorité présidentielle s’est efforcée de rendre la culture plus accessible à tous nos compatriotes aussi bien géographiquement que socialement. C’est ce que nous souhaitons continuer à faire en poursuivant une politique de « délocalisation » des grands établissements culturels nationaux à l’image du Centre Pompidou-Metz, du Louvre-Lens ou de ce que nous pourrions faire avec le musée d’Orsay dans l’idée d’un « axe impressionniste « déployé le long de la Vallée de la Seine. Notre action vise également à rendre plus accessible la culture comme ce qui a pu être fait pour la gratuité des musées et des monuments qui a déjà bénéficié à près de 6 millions de jeunes et d’enseignants.

Y a-t-il une culture de gauche ?

VQP : Il y a beaucoup d’artistes qui sont de gauche, parce que la gauche leur a toujours offert la liberté d’être artiste. Mais est-ce que cela signifie que parce qu’ils sont artistes, ils sont de gauche ? Il n’y a pas de règle, de formule, qui fait devenir artiste, la seule règle que je connaisse c’est la poésie qui les habite.

Pouvez-vous me citer un livre, un film, une chanson et une pièce de théâtre qui vous ont marqué ?

BL : Certainement Le monde d’hier de Stéphane Zweig qui est une formidable description de la fin du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle. Ce livre m’a permis de saisir la gravité de l’engagement politique.

VQP : Homo Faber de Max Frisch, Le havre de Kaurismaki, El Pueblo unido de Quilapayun et Le roi se meurt de Ionesco

Visuels:

Le débat du 2 mai 2012 (c) : Groupe France Télévisions (France 2)

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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