Politique culturelle

« A quoi rêvent les jeunes filles ? » d’Ovidie, un regard lucide sur la pornographie

« A quoi rêvent les jeunes filles ? » d’Ovidie, un regard lucide sur la pornographie

26 juin 2015 | PAR Mégane Le Provôt

Entre images d’archives d’une Shiva tenant des sex-toys dans ses mains et un grand fauteuil noir dans lequel sont installé-e-s les invité-e-s, Ovidie nous fait découvrir les causes et conséquences de la pornographie avec « A quoi rêvent les jeunes filles ? », reportage diffusé le 19 juin sur YouTube et le 23 juin dans l’émission Infrarouge de France 2.

Ovidie, née en 1980, est aujourd’hui une réalisatrice de films pornographiques et une féministe pro-sexe. Cela signifie qu’elle fait partie de la génération de féministes pour qui il ne faut pas interdire la pornographie, mais en créé une nouvelle, loin des stéréotypes et de la domination masculine. Elle cherche à changer cette industrie depuis ses études de philosophie, en étant elle-même actrice de charme, et en tant que réalisatrice depuis 1999. Mais c’est une artiste à plusieurs casquettes car elle est également autrice de plusieurs ouvrages de théories féministes ainsi que d’ouvrages à portée pédagogique.

Dans ce reportage d’une petite heure, disponible en intégralité sur YouTube, la réalisatrice propose plusieurs interviews de féministes dans une ambiance intimiste et une réalisation très léchée. Si vous êtes un-e habitué-e de Twitter et d’Instagram, vous reconnaîtrez sans doute la plupart des intervenant-e-s. Toutes et tous ont la particularité d’être féministes, c’est-à-dire de penser l’égalité entre femmes et hommes, et de passer dans le fauteuil face à Ovidie pour se raconter et discuter de l’influence de la pornographie et des injonctions sociales en matière de sexualités.

D’une définition des féministes pro sexe à la taille du clitoris (plus de 16 cm pour ceulles qui ne savaient pas) en passant par les jeux vidéos et la publicité, tout ce qui construit un être humain sexué de notre époque est analysé pertinemment par des intervenant-e-s qui connaissent leur sujet sur le bout de doigts et en discutent avec passion.
Il y a Clarence, qui tient le blog Pouletrotique dans lequel elle parle de sexualités avec humour et que la caméra suit tout au long du reportage. On la retrouve en train de discuter avec Diane, bénévole à solidarité sida et gérante du site Sexy Soucis, visant à apporter des réponses claires et renseignées sur les sexualités. Puis, vers la fin du reportage, Clarence sera l’interlocutrice de deux professionnel-le-s de l’apparence des femmes : une esthéticienne et un chirurgien esthétique avec lequel-le-s elle s’interroge sur l’absence de critique des pratiques de l’épilation intégrale, devenu une norme totalement assimilée, mais également sur la tendance des femmes à avoir recourt à la nymphoplastie, technique permettant de raccourcir chirurgicalement les petites lèvres.

Pour la partie artistique, Ovidie interview Ortie, modèle de nu et réalisatrice dans le domaine de l’érotique, qui travaille dans le contemplatif et le poétique, mais aussi dans le masturbatoire. Elle pose le sujet de l’acceptation de son corps par son propre regard, mais également par celui des autres avec la pratique du selfie,
Toujours dans le domaine artistique, Ovidie interview Mar_Lard, féministe passionnée de jeux vidéos et autrice du grand article « Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade et comment y remédier ». Elle nous explique ici que les jeux vidéos ceux-ci tire leurs codes du porno en proposant des personnages hyper virilisés pour les hommes et sexualisés pour les femmes avec les mêmes caricatures et stéréotypes dans les jeux vidéos que dans la publicité et le cinéma, à savoir la fille blanche, mince et aux proportions démesurées.

Enfin, les conséquences de cette sursexualisation des médias est analysée du point de vue sociologique et humain avec les interventions de Marie-Pierre Martinet, secrétaire du Planning Familial et le sociologue Michel Bozon, qui permettent de dédramatiser la situation et qui proposent des pistes de réflexion. Parmi celles-ci, arrêter de prendre les enfants et les jeunes pour des idiot-e-s et leur donner les outils de compréhension de ce média.

Malgré le constat peu optimiste du reportage, Ovidie conclue avec une petite note d’espoir. Notre génération n’est ni plus libre, ni plus aliénée que les précédentes, mais surtout, elle est loin d’être dupe, comme le montre les intervenantes, et « non, ce n’était définitivement pas mieux avant ».

Visuels : Captures d’écran du reportage

Nota Bene : Dans cet article, j’utilise des néologismes (ex : ceulles, contraction de celles et ceux) ainsi que des mots composés (ex : idiot-e-s) dans le but de créer un langage non sexiste.

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Mégane Le Provôt
Etudiante en Etudes de Genre, j'ai fait mon premier mémoire sur la représentation du genre dans la trilogie de fantasy française "La Quête d'Ewilan" de Pierre Bottero.

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