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Nominations à la tête des établissements culturels : les grands changements (ou pas) de 2022

Nominations à la tête des établissements culturels : les grands changements (ou pas) de 2022

26 juillet 2022 | PAR Rachel Rudloff

Cette année, dans beaucoup d’établissements et institutions culturelles les directions font peau neuve et laissent place à de nouveaux visages. Petit récapitulatif de ces changements à la moitié de l’année. 

 

Dans les nominations publiques, rien ne bouge

Toujours du côté spectacle vivant, au Théâtre du Châtelet le poste à la direction artistique reste toujours vacante après le départ de Thomas Lauriot dit Prévost comme directeur du théâtre en juin dernier. A la même date, le communiqué du Châtelet annonçait la nomination de Frédéric Inervel comme Administrateur général (après quatre ans à la direction des ressources humaines du théâtre). Beaucoup de changement donc, dans ce théâtre musical financé majoritairement par la ville Paris, avec la mise en place d’une nouvelle organisation et donc la recherche d’un directeur technique et artistique. 

Membre de la Comédie-Française depuis 1993, Eric Ruf a été nommé une fois de plus administrateur général mercredi dernier par le ministère de la culture, Rima Abdul Malak. Il était à la tête de l’institution depuis 2014 ,après avoir succédé à Muriel Mayette-Holtz. Ce sera donc son troisième mandat consécutif, et devra laisser sa place en 2025. Comptant une soixantaine de pensionnaires et sociétaires, la Comédie-Française et une institution théâtrale importante en France : dans l’héritage direct du XVIIe siècle, de Molière et du théâtre classique, elle recouvre une importance particulièrement symbolique. Eric Ruf avait d’ailleurs été particulièrement reconnu pour avoir redynamiser la troupe en développant le côté international (invitation de Thomas Ostermeier par exemple), mais aussi en insistant sur la nécessité de diversité chez ses acteurs  «Je m’en fous de leur couleur de peau. (…) Les acteurs qui entrent dans cette maison sont choisis pour leur talent» (déclaration à l’AFP). Eric Ruf semble donc vouloir continuer sur sa lancée et donner un souffle neuf et vivant à une des institution théâtrales les plus vieilles de France, tout en essayant de rajeunir son public, avec par exemple des tarifs préférentiels ou des places gratuites le lundi soir pour les moins de 28 ans. 

Côté cinéma, la reconduction de Dominique Boutonnat au CNC pour trois ans de plus a été plus surprenante pour les cinéastes. En effet, ce proche d’Emmanuel Macron avait été vivement critiqué, à la fois par plusieurs réalisateurs (dont Jacques Audiard, Cédric Kaplisch, Pierre Salvadori) françaises pour ses politiques libérales.La SRF (Société des Réalisateurs de Films), réunie en juin dernier, avait même déclaré dans un communiqué «Il serait incompréhensible que le mandat [qui arrive à son terme le 24 juillet] de Dominique Boutonnat soit renouvelé dans quelques jours […] les fondements de la politique menée depuis trois ans restent des plus alarmants pour le cinéma indépendant». L’association accuse aussi la politique de Boutonnant de «démanteler petit à petit ce puissant outil de régulation qu’est le CNC», l’institution financière au cœur de la production audiovisuelle française, et ainsi de favoriser les aides en faveur de films « déjà soutenues par la marché ». Du côté du collectif féministe 50/50, qui lutte pour la parité dans le cinéma, ce sont les accusations de viol dévoilées dans une plainte déposée en octobre dernier qui posent aussi problème. Cette reconduction a lieu alors que le producteur est mis en examen pour tentative de viol. « La présomption d’innocence prévaut », selon la ministre de Culture, Rima Abdul Malak qui a salué son bilan. 

Du mouvement aussi à Lyon, avec l’arrivée du portugais Tiago Guedes, jusque là directeur du Teatro Municipal de Porto et directeur du département des Arts de la ville. Il succède à Dominique Hervieu avec l projet « ON(L)Y DANSE », qui ambitionne de donner une identité commune à la Maison de la Danse, la Biennale de la Danse et les Ateliers de la Danse. Il lui tient à cœur de garder une programmation artistique toujours politique et sociale tout en continuant à inscrire Lyon comme capitale de la danse contemporaine en France et pourquoi pas en Europe. Ainsi, la Biennale donnera à voir un état des lieux de la danse contemporaine justement, dans une ambiance festive, conviviale et bienveillante. 

 

Enfin, pour le festival d’Avignon, c’est Tiago Rodrigues, dramaturge portugais qui avait été nommé l’an dernier pour succéder à Olivier Py à la tête du festival d’Avignon (dont cette édition est la dernière). Comme Tiago Guedes, c’est le premier étranger à diriger la prestigieuse manifestation, lieu clé et central de l’actualité théâtrale en France et en Europe. Attaché au fait de créer des liens entre les villes, les pays, il a l’ambition de continuer à faire d’Avignon un lieu d’échange, de rencontres et de dialogue du spectacle vivant, apportant une nouvelle vision, moderne et neuve qui permettra à la plus grande manifestation théâtrale française de toujours se renouveler. 

 

Côté privé : du mouvement à Cannes, à la Ménagerie de Verre et au Théâtre du Châtelet 

Pour rester du côté cinéma, du changement à la Quinzaine des Cinéastes, la sélection cannoise parallèle. Après plusieurs semaines d’attente, Julien Rejl, diplômé de la Femis, a été nommé nouveau délégué général de la Quinzaine. Créée à la suite des événements de mai 68, elle s’était alors donné pour mission de jouer un rôle avant-gardiste et de garder nu regard indépendant, en marge de la sélection officielle du festival. Julien Rejl a d’ailleurs tenu a le rappelé dans son communiqué publié sur le site de la Quinzaine des Cinéastes -rebaptisé à l’occasion de l’assemblée, dans un souci d’inclusivité et de recentrer le terme autour du cinéma : «La Quinzaine est le label qui célèbre la vitalité de la cinéphilie mondiale et place le geste de mise en scène comme invention d’une écriture singulière au cœur de l’acte de programmation. [..] La sélection est aussi le reflet, la chambre d’écho, des crises et des luttes politiques, économiques, sociales et écologiques contemporaines. Dans cette perspective, la Quinzaine témoigne son soutien indéfectible à tous les réalisateurs et réalisatrices dont la liberté de création est aujourd’hui menacée, empêchée voire tout simplement non accompagnée.» Le départ précipité de Paolo Moretti semblait venir d’un « un problème de relation avec l’homme ». Depuis plusieurs années, la sélection héritière de 68, semblait pour les cinéastes de la SRF avoir perdu son identité marginale. Cependant, on peut s’interroger sur les turnovers qui agitent la Quinzaine (Olivier Père, 2004-2009, Frédéric Boyer, 2010-2011 ou encore Edouard Waintrop, 2012-2018 et enfin Paolo Moretti), malgré le bilan plutôt positif de ce dernier : sélection paritaire, nouvelles voix, oscars d’un court-métrage etc. 

Moins de changement dans le spectacle vivant malgré une nouvelle nomination à la Ménagerie de Verre, après la mort de Marie-Thérèse Allier. En effet, la reprise de Philippe Quesne n’a pas surpris : s’inscrivant dans la même démarche que la fondatrice, tant dans sa manière de travailler que dans le thème de ses créations il ne lui restera qu’à trouver sa place, puisqu’il sera le premier directeur après Marie-Thérèse Allier.

 

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Rachel Rudloff

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