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Nicolas Bedos, victime d’un tribunal des flagrants délires ?

Nicolas Bedos, victime d’un tribunal des flagrants délires ?

28 août 2020 | PAR La Rédaction

Lors de la soirée de finale de Ligue des Champions, Nicolas Bedos aurait partagé une blague sur les réseaux sociaux qui lui a attiré de nombreuses critiques : « Certains soirs, quand tu n’aimes pas le foot, tu comprends mieux ce que ressent un Palestinien en week-end à Deauville. »

 

Par Steve Krief

En France, on s’inspire souvent de Pierre Desproges pour expliquer les limites de l’humour. Ce qui est une très belle référence. Mais permettez-moi d’ajouter une autre définition qui simplifiera les débats contemporains. Lenny Bruce, la référence première en matière de stand up et le premier humoriste à parler sur scène de racisme, sexualité, religion… expliqua la différence qu’il y a entre l’art et l’obscénité. « L’art, affirme-t-il, c’est une grande quantité de travail avec un peu de merde dessus et l’obscénité une grande quantité de merde avec un peu de travail dessus ». Lui aussi en était capable, il suffit de voir son long-métrage, Dance Hall Racket (1953), on peut difficilement faire pire.

Puisqu’on se réfère au plus grand humoriste, restons sur les planches et poursuivons avec le plus grand auteur de théâtre : William Shakespeare. Nombreux sont les débats au sujet du Marchand de Venise et d’Othello. Sa représentation des juifs et des noirs renforce-t-elle les caricatures ou permet-elle d’humaniser des gens souvent bannis des sphères artistiques et littéraires à l’époque ? Et que dire au sujet de la première partie de son œuvre sur Henri VI ? Dans cette pièce, il s’en prend violemment à la France, accusant le pays d’être décadent, traître et inspiré par la « sorcière » Jeanne d’Arc, à qui il donne de nombreux autres noms d’oiseaux de rue. A cette époque, dans un élan de patriotisme à la mode en Angleterre, Shakespeare tente de renforcer sa position d’écrivain de cour. Faut-il interdire son œuvre ? Certainement pas. Car elle est l’illustration de la définition de Lenny Bruce : il y a tant de merveilles dans cette œuvre, qu’on peut ne pas s’offenser de ces petites déceptions.

Nicolas Bedos n’est ni Lenny Bruce, ni William Shakespeare. Mais c’est un auteur qui a fait ses preuves. Un écrivain et un réalisateur de premier plan aujourd’hui. Par sa poésie, sa férocité et un travail acharné. Un nom qu’on peut fièrement afficher dans sa bibliothèque ou dvdthèque. Chez lui aussi, tout n’est pas pléiadisable. Ainsi, Nicolas Bedos, qui a été un des seuls humoristes à combattre l’antisémitisme frontalement ces dernières années, a subi des réactions assez délirantes suite à cette blague un peu lourdingue qu’il aurait partagé sur les réseaux en pleine fièvre footeuse. Une blague au cliché très 80s, d’autant plus que Deauville n’est plus la destination préférée des juifs. Ceux qui sont encore en France, et qui subissent avec retenue depuis vingt ans un antisémitisme très violent et fréquent, luttent pour préserver les valeurs de la République et garder un certain espoir de retrouver les années de fraternité et de partage de ces mêmes années 80.
Mais le problème principal est qu’on en est tous tenté de voter au quotidien pour les « représentants » de notre couleur, croyance, orientation… qui paradent dans les émissions télés de « débats » et sur les « réseaux sociaux ». Il n’y a plus de journalistes, mais des armées d’éditorialistes qui comprennent la valeur marchande d’un créneau, se déclarant défenseur de telle ou telle cause, souvent au détriment d’autrui. Ainsi, les spectateurs applaudissent leurs « représentants » et se défoulent sur les « opposants ». Et souvent Nicolas Bedos, lors de ses chroniques télés, a été brillant dans ses interventions et parfois moins, attirant les applaudissements de phoques ou huées de type footballistique.

 

Nicolas Bedos, comme Claude Brasseur, Alexandre Brasseur, Jean-Paul Belmondo, Christian Vadim, Chiara Mastroianni et tant d’autres, a réussi à se faire plus qu’un prénom, à donner d’autres lettres de noblesse au nom de famille. Il a aussi hérité de la volonté de Guy Bedos d’exprimer ses colères. Et quitte à étonner certains, il s’agit même de la représentation la plus intéressante de l’humour juif : celle de se réveiller en colère, de dénoncer les injustices et déconstruire les haines. Non, il ne faut pas être juif pour pratiquer cet humour, comme il ne faut pas être noir pour chanter de la soul. Le sketch de Desproges sur les juifs, inspiré par un sketch de Lenny Bruce sur les noirs, procède à la même déconstruction de la haine. Interrogé par Michel Denisot sur la réaction des juifs, il expliqua n’avoir jamais eu de problème avec les pics envoyées dans ce sketch, par contre en avoir avec les antisémites. De la même manière, l’humour de Guy et Nicolas Bedos est bien plus juif que celui de la plupart des humoristes juifs. Il suffira à certains de connaitre un peu mieux leur œuvre et non des extraits rapportés pour s’en convaincre…

 

Visuel : Par Georges Biard, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=66432593

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2 thoughts on “Nicolas Bedos, victime d’un tribunal des flagrants délires ?”

Commentaire(s)

  • L.

    Cher Nicolas Bedos,

    Je prends l’initiative, probablement naïvement portée par la douceur de cette fin d’été, de répondre au message que vous avez posté cette semaine sur Instagram.

    Franche amatrice de blagues bien senties et d’un certain humour empreint de cynisme, je peux affirmer que, oui, je peux rire. Même si je ne peux pas rire de tout.

    Je suis une femme française, juive, profondément républicaine, de gauche. Je ne vais jamais à Deauville, je préfère la côte landaise. La majorité de mes amis n’est pas juive. Je suis allée à l’école de la République, et je préfère ne pas mettre de mezzouza devant ma porte parce que je ne veux pas attirer l’attention.

    Je vis tranquillement à Paris. Mais les messages de la même veine que celui que vous avez jugé bon de poster hier perturbent cette tranquillité.

    Pourtant, c’était presque drôle. C’était presque cynique. Oui, mais voilà, c’était aussi – et surtout – un peu idiot.

    Avec une comparaison bien au fait de l’actualité, vous sous-entendez qu’un Palestinien serait mal à l’aise, pas à sa place, peut-être même un peu en danger, dans ce que vous implicitez être un « lieu juif », Deauville.

    Que cela signifie-t-il ? Que les Palestiniens sont antisémites et n’aiment pas se trouver dans un milieu juif ? Que les juifs du monde sont hostiles aux Palestiniens ? Dans les deux cas, c’est absurde, et vous le savez.

    Je sais bien que vous n’êtes pas, Nicolas Bedos, antisémite. Je sais faire la différence. Je sais que vous n’êtes pas cet ennemi empli de haine contre lequel il faut, sans cesse et sans compromis, se battre. Et c’est pour ça que je prends le temps de vous expliquer ce qui me gêne.

    En un message, vous avez exprimé le malaise qui gangrène depuis des années l’interminable débat de l’importation du conflit israélo-palestinien en France : les Français juifs, surprise, ne sont pas israéliens.

    Si un Palestinien peut avoir pour ennemi un Israélien – et un Israélien avoir pour ennemi un Palestinien, je ne vois pas ce que le Français juif vient faire là-dedans.

    La colère, la haine, et la frustration qui endeuillent Israéliens et Palestiniens depuis plus de soixante-dix ans entrainent avec elles une formidable complexité, que les politologues du monde n’ont pas encore percée à jour.

    Par contre, la colère, la haine, et la frustration qui endeuillent la communauté juive de France, et l’ensemble de la communauté nationale qui subit l’antisémitisme sur son sol, elles, s’expliquent malheureusement d’une manière beaucoup moins complexe.

    Elle s’explique quand un terroriste tue des enfants juifs devant une école pour venger les enfants palestiniens.

    Elle s’explique quand des slogans « Morts aux juifs » fleurissent dans des cortèges de manifestants pro-Palestiniens.

    Cet amalgame qui associe les juifs du monde à l’Etat d’Israël, cet amalgame contre lequel les communautés juives du monde se battent, cet amalgame, dans le meilleur des cas, blesse. Dans le pire, il tue.

    Si j’écrivais « Certains soirs, quand tu n’aimes pas le foot, tu comprends mieux ce que ressens un Français juif en voyage au Liban », vous penseriez quoi ? Que les Libanais, parce que leur Etat ne reconnaît pas Israël, n’aiment pas les juifs, et qu’un Français juif n’y aurait pas sa place.

    C’est bête, non ?

    Au fond, je ne vous en veux pas. Il a fallu une proposition de loi votée à l’Assemblée nationale par une faible majorité pour acter que tenir les juifs du monde responsables des actions d’Israël était antisémite. Alors, je me doute que le sujet est encore à travailler.

    Je vous l’ai dit, je ne vais jamais à Deauville. Mais, si un Palestinien voulait aller y faire un tour, je me ferai un plaisir d’y aller avec lui.

    Au mieux, on découvrira une ville normande sympa. Au pire, je me tournerai vers lui, et lui lâcherai dans un soupir d’exaspération : « Qu’est-ce qu’ils sont bruyants ces juifs ! », et il me répondra « A qui le dis-tu ! »

    août 28, 2020 at 11 h 46 min
  • tendil

    Bien que l’intention me paraisse plutôt saine, voilà encore un article confus, écrit dans un français très approximatif. Que veut dire par exemple « ne pas avoir de problèmes avec les pic envoyées dans ce sketch » ??? je connais les piques (saillies ironiques, allusions malveillantes, vannes etc), mais pas les pics.  » Ne pas avoir de problème », ce serait plutôt « ne pas voir d’inconvénient à ce que … ». Là où la langue se déglingue, la pensée s’enlise. Soyez audacieux, créatif, insolent, mais soyez aussi rigoureux. Merci.

    septembre 2, 2020 at 10 h 58 min

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