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Mort de Madame Claude, la proxénète la plus célèbre de France

Mort de Madame Claude, la proxénète la plus célèbre de France

23 décembre 2015 | PAR Pauline L'Huillier

Madame Claude, qui s’est fait connaître en France par le biais de son réseau de prostitution de luxe, notamment dans les 60 et 70, est décédée samedi 19 décembre à Nice, à 92 ans. Elle s’appelait en fait Fernande Grudet.

Madame Claude ne correspondait pas à l’image que l’on peut se faire d’une maquerelle. Celle qui portait au civil le patronyme de Fernande Grudet s’illustrait par une attitude distinguée. C’est ce raffinement qu’elle s’est attachée à inculquer aux « filles » qu’elle embauchait dans son réseau de prostitution de luxe dans les années 1960 et 1970. Elle a été elle-même prostituée avant de devenir propriétaire de sa célèbre maison close dans un immeuble chic du 16ème arrondissement.

Les « filles de Claude », qui ont été environ 500 au total, étaient recrutées dans les boîtes de nuit célèbres de l’époque, chez Castel et Régine, dans les castings, aux terrasses des cafés. Elles étaient très connues pour leur beauté remarquable, mais aussi pour leur éducation. C’est Madame Claude qui s’occupait de l’éducation de ses recrues. Elle leur apprenait à s’habiller, à parler anglais, à se comporter en société, à côtoyer avec aise milliardaires, princes, ministres et ambassadeurs. Si leur beauté était souvent naturelle, elle n’hésitait pas à gommer certains défauts grâce à la chirurgie esthétique, pour qu’elles soient « impeccables ». « Rendre le vice joli » est l’expression la plus connue de cette femme BCBG. C’est ce qui résume le mieux son ambition passée : faire travailler des filles qui n’ont pas l’air de prostituées pour ses clients des plus hautes sphères. « J’avais réussi à enlever tout ce qu’il y avait de laid dans cette profession. Et ça, il faut bien vous le mettre dans la tête », lâchera dans une interview télévisée la célèbre proxénète. Celle qui voulait rendre le « vice joli » a ainsi développé un réseau de clients constitué d’hommes politiques et chefs d’Etat français et étrangers, comme le chah d’Iran ou John F. Kennedy, célébrités du cinéma, hommes d’affaires comme le patron de Fiat, Giovanni Agnelli… Quant à ses clients français elle a toujours tenu à taire les noms, alimentant le mystère qui entoure son activité.

Si cette femme d’affaire assumait sans rougir sa profession, elle n’assumait pourtant pas d’où elle venait. Une famille bourgeoise, un père maire d’Angers, un passage par la résistance et le camp de déportation de Ravensbrück… Fernande Grudet s’est inventée une histoire, allant même jusqu’à raconter avoir sauvé la vie de la nièce du général de Gaulle. Mais la réalité est toute autre. Elle est née à Angers, dans une famille modeste et est tombée enceinte pendant l’Occupation. Fille-mère, elle monte à Paris à la Libération. Elle commence par se prostituer avant de créer le réseau qui a fondé sa légende. Les grandes affaires de Madame Claude ont cependant eu une fin après l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir et le renforcement de la lutte contre le proxénétisme. En 1972, le Fisc s’intéresse à son pactole et lui réclame 11 millions de francs. Elle fuit alors aux Etats-Unis. Cela ne l’empêchera pas d’être condamnée et de purger sa peine à son retour en France. Ruinée, Madame Claude a écrit ses mémoires et vendu ses conseils de séduction en vidéo.

À Nice, la vieille dame qui cultivait la discrétion et son apparence coquette, vivait dans un petit appartement qu’elle louait. Elle s’est éteinte ce week-end, loin des luxueux salons parisiens. L’histoire de cette femme a inspiré plusieurs auteurs et cinéastes. Notamment, Les Filles de Madame Claude par Élisabeth Antébi et Anne Florentin qui ont écrit un livre retraçant son ascension et la vie quotidienne de ses filles; ou encore sa vie adaptée dans le film Madame Claude réalisé par Just Jaeckin en 1977.

Visuel: ©DR

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Pauline L'Huillier

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