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Michel Foucault, 30 ans après: portrait d’un des derniers philosophes français

Michel Foucault, 30 ans après: portrait d’un des derniers philosophes français

25 juin 2014 | PAR Carlos Dominguez-Lloret

Le 25 juin 1984, suite à des complications liées au VIH, Michel Foucault s’éteint à Paris à l’âge de 57 ans. Selon The Times Higher Education (2007), la pensée du philosophe français, dans son étonnante actualité, est la plus citée au monde. Trente ans après la mort de Foucault, la pensée de cet auteur incontournable continue à être au coeur des grands débats académiques partout dans le monde.

Les réflexions du philosophe français, l’un de plus traduits au monde, ont porté sur le savoir et son rapport au pouvoir incarné par les différentes institutions qui régissent notre société. Dans ce sens, la pensée de Foucault s’avère toujours de grande actualité. Même si aujourd’hui nous sommes submergés  dans ce que le sociologue Zygmunt Bauman appelle « une vie liquide », les rapports de domination dans notre société contemporaine sont toujours présents.  Même si les institutions et leurs manières d’exercer leur pouvoir sur la subjectivité des individus ont évolué, se sont numérisées et du coup liquéfiées, elles continuent à dicter, en apparence neutre, le savoir que les individus sont censés consommer. Dans l’étude de ce rapport de force qui cherche à discipliner la subjectivité de l’individu, réside l’importance toujours actuelle de la pensée de Michel Foucault.

De l’exclusion des savoirs invisibles au souci de soi

Partant des actions disciplinaires que les institutions opèrent sur les individus, afin de contrôler leurs subjectivités et de leurs savoirs, l’oeuvre de Foucault s’est achevée à la fin de sa vie, dans un nouvel axe de recherche qui a porté sur les actes que le sujet peut et doit librement opérer sur lui-même (à l’écart d’institutions disciplinaires) pour accéder à la vérité.

Humblement, nous allons essayer de parcourir les axes les plus importants de l’oeuvre vaste et monumentale de Michel Foucault afin de souligner la pertinence de sa pensée philosophique 30 ans après sa disparition.

Dans sa première oeuvre majeure L’Histoire de la folie à l’âge classique (1964), Foucault a retracé l’histoire de l’exclusion de l’insensé sous le triomphe du positivisme. Selon Michel Foucault, notre société, malgré le savoir invisible qui détient l’insensé, a décidé, par la médicalisation et la culpabilisation du fou de se tenir à distance de lui. Il faut tenir compte que cette culpabilisation s’opère aujourd’hui à d’autres niveaux. Cette homogénéisation de la subjectivité des individus, et le fait de rendre invisibles certains savoirs est, par exemple, le but de certains Etats populistes qui cherchent la pérennité de leur pouvoir dans le temps, mais aussi de certaines institutions qui se disent « représentatives » de nos sociétés contemporaines. Même si les rapports de force ont changé pour devenir plus liquides, l’idée de Foucault sur l’exclusion des savoirs invisibles est toujours d’une actualité et d’une universalité étonnantes.

Le deuxième ouvrage de Michel Foucault, Les mots et les choses (1966) a connu un succès immédiat. Dans cette oeuvre, le philosophe a retracé le développement des sciences de la vie, du langage et de la vie depuis le XVIème siècle. Selon Foucault, tous les grands moments de l’histoire comme l’âge classique, la Renaissance et la modernité ont vu le jour par l’apparition d’une nouvelle configuration du savoir qu’il a nommé épistémè. Selon Foucault, l’homme n’est que « une invention dont l’archéologie de notre pensée montre la date récente. Et peut-être la fin prochaine ».

En revanche, Dans Surveiller et punir (1975), le philosophe s’est écarté un peu de l’idée d’épistémè et de la « fin de l’homme » afin de mener une enquête sur l’émergence de la « société disciplinaire » et l’avènement des prisons au XIXème siècle.

Ainsi, avec L’Histoire de la folie à l’âge classique et Surveiller et punir, les lieux où l’individu est marginalisé (l’hôpital psychiatrique et la prison), ont été au centre de la réflexion foucaldienne qui porte sur les rapports de domination qui entretiennent les institutions sur les individus.

De cette manière, dans Surveiller et punir, Michel Foucault a affirmé que : « Il faut constater que le pouvoir produit du savoir ; que pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre ; qu’il n’y a pas de relations de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir.»

L’intérêt de Foucault pour l’émergence du savoir, du pouvoir et du discours en occident a guidé les recherches qui ont bâti sa carrière philosophique. La pensée de Michel Foucault, dans un contexte épistémologique représente aussi une histoire des problématisations. Selon lui, dans le film Michel Foucault par lui-même, c’est l’histoire dont les choses font problème. Cependant, le philosophe, à la manière des philosophes de l’Antiquité, va aussi redéfinir le sujet par le souci de soi.

Dans ce souci de soi, Foucault se définissait lui-même comme « un expérimentateur et non pas comme un théoricien ». Même si entre 1951 et 1955, à la demande de Louis Althusser, il  a enseigné psychologie à l’Ecole normale supérieure et que 15 ans plus tard il a été élu  au Collège de France pour occuper la chaire d’Histoire des systèmes de pensée (titre choisi par lui), dans cette veine d’expérimentateur il a avoué: « qu’il n’y a pas de livre que j’aie écrit sans, au moins en partie, une expérience directe, personnelle ».

Les travaux de Michel Foucault ont été destinés à le transformer et à nourrir ses engagements politiques et sociaux. Le propos de Foucault avec son oeuvre monumentale a été de « secouer les habitudes de pensée ». Cependant, c’est avec son dernier ouvrage Histoire de la sexualité, constituée par trois tomes inachevés: La volonté de savoir, L’usage des plaisirs et Le souci de soi, qu’il est arrivé à retracer la constitution d’une « science de la sexualité » à partir du XVIIème siècle, il a aussi théorisé sur le pouvoir comme relation stratégique et finalement il a enquêté sur « modes de subjectivation » chez les penseurs grecs de l’Antiquité. Ce que Foucault a cherché à déchiffrer à la fin de sa vie a été le groupe de règles grâce auxquelles l’individu construit et discipline sa vie.

L’activité philosophique de Michel Foucault comme événement

Selon Philippe Chevallier, docteur en philosophie de l’université Paris-Est et chercheur à la BNF, Foucault pensait par « blocs » – ce qui n’exclut pas les bifurcations ni les lentes maturations, mais indique un goût pour l’oeuvre bien écrite, finie, fermée, qui permet de marquer une étape et de passer à autre chose. Selon Chevallier, tout cela est comme si l’activité philosophique ne devait épouser la courbe monotone et rassurante de la méditation, mais celle plus risquée de l’événement: l’événement de l’écriture, que Foucault comparait à l’incision du chirurgien pour mettre à vif l’actualité.

 Visuel © Wikimedia 

Visuels © couverture des ouvrages de Michel Foucault

Monica Bassett, Painting with the Spirit, à l’Eglise Américaine de Paris
[Critique] Dominion de CJ Sansom aux éditions Belfond
Carlos Dominguez-Lloret

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