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Tintin au Congo bientôt interdit à la vente ?

05 mai 2010 | PAR Margot Boutges

 

La polémique autour de l’œuvre d’Hergé n’est pas nouvelle. Depuis sa parution en 1930, la bande dessinée retraçant les aventures du reporter du « petit vingtième » au Congo belge a suscité bien des critiques. L’auteur confronté à des accusations de racisme avait déjà du se justifier publiquement en 1960 au moment de la décolonisation. En 2007, ce n’est plus seulement devant l’opinion mais devant la justice que le crayon discriminant d’Hergé est convoqué. En effet, Mr. Bienvenu Mbutu Mondondo a entamé une action au pénal contre Moulinsart S.A, société gérant les droits de commercialisation de l’œuvre. Il demandait que la BD ne soit plus exploitée et reproduite. La démarche n’a pas abouti mais le plaignant a refusé de lâcher l’affaire : le 12 mai, l’éditeur Casterman doit comparaître devant le parquet pour savoir si l’ouvrage maudit sera oui ou non retiré de la vente.

Bienvenu Mbutu Mondondo, un Congolais de la République démocratique du Congo (RDC) résidant en Belgique s’est violement insurgé contre la vision des noirs véhiculée par l’ouvrage qu’il considère comme « offensante ». Les Congolais y sont présentés comme bons, stupides, paresseux, physiquement et moralement caricaturaux et sont tournés en ridicule quand ils ne sont pas soumis à une servitude forcée (la planche illustrant des « indigènes » contraints de remettre un train sur les rails sous les ordres et les cris du « missié blanc » est un cliché particulièrement choquant). Les colons de la mission et le père évangélisateur, eux, apparaissent comme des forces paternalistes toutes puissantes. Le plaignant en appelle à la loi belge de 1981 réprimant le racisme et demande à ce que l’album soit exclu de la vente ou, à défaut, qu’un avertissement y soit inséré.  

Casterman s’oppose fermement à ce que Tintin au Congo soit retiré de la vente, plaidant qu’il s’agit d’une mesure extrême pour une BD qui doit être replacée dans un certain contexte. « Tintin au Congo est une photographie des sentiments de l’époque (…) et fait partie du patrimoine mondial de la bande dessinée », déclare la porte-parole de la maison d’édition Valérie Constant. Hergé lui-même avait usé du même argument et fait appel à la nécessité de la remise en contexte lors de son plaidoyer de 1960. Il avait alors qualifié son ouvrage de « naïf » et s’était retranché et dédouané derrière l’esprit  du début de années 1930. A l’époque du bonhomme Banania et des grandes croisières Citroën, peu d’informations  filtraient des colonies jusqu’aux métropoles et les mentalités étaient conditionnées par un universalisme paternalisant au nom de la « civilisation ». 

Quant à insérer un avertissement sur la BD, Casterman ne peut pas prendre seul une telle décision, qui touche au droit moral de l’ayant droit :  la veuve d’Hergé, Fanny Rodwell. Notons que dans une version anglaise de l’album, éditée en 2005, le livre a été assorti d’un bandeau indiquant que « certains stéréotypes de l’époque peuvent choquer les lecteurs d’aujourd’hui ».

En attendant l’issue du procès, on peut s’interroger sur la place que devrait tenir Tintin au Congo dans la société actuelle. Il présente une vision d’un autre âge qui peut être considérée comme choquante, à une époque où les préjudices moraux liés à la colonisation se font encore ressentir et où les douleurs liées à la mémoire sont encore vivaces. Doit-on cependant condamner  aussi violement un ouvrage et le bannir du libre circuit de commercialisation afin de protéger des foules qu’on aimerait aussi préserver de le censure ? Peut-on accepter sans réserve aucune l’anachronisme qu’il représente, en oubliant la portée que peut revêtir ce genre d’œuvre très populaire auprès du jeune public (il s’agit d’une des œuvres les plus appréciées d’Hergé, surtout par les enfants selon Marcel Wilmet, porte-parole des Studios d’Hergé) ? La BD doit-elle être limitée au rayon adulte comme c’est le cas en Angleterre ou aux Etats-Unis  ? Tintin au Congo doit-il disparaitre des étalages ? Va-t-il devoir intégrer précocement le musée où il serait recontextualisé pour être perçu comme le témoin de l’atmosphère d’une époque porteuse de clichés aux dérives dangereuse dont il serait une pièce à conviction ?

Un nu de Picasso s’envole aux enchères
En France, la femme est interdite de… Pantalon !
Margot Boutges

One thought on “Tintin au Congo bientôt interdit à la vente ?”

Commentaire(s)

  • Jeanpat76

    le « Y’a bon Banania » s’est déjà transformer en « C’est bon Banania. »..
    Faut pas pousser !!
    Regardez dans les vitrines ; les broderies, les plaques en tôle de décoration de fabrication récente …
    Ça commence à friser le ridicule.

    mai 12, 2010 at 10 h 39 min

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