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Procès Murdoch : chronologie d’un scandale

Procès Murdoch : chronologie d’un scandale

30 octobre 2013 | PAR Sonia Hamdi

 

 

Lundi 28 octobre a marqué l’ouverture du procès le plus attendu de Grande-Bretagne au Old Bailey, la cour d’assisse de Londres. Les principaux protagonistes de ce scandale sont soupçonnés d’avoir piraté entre 2000 et 2005 les téléphones de 600 personnes, notamment des célébrités pour le compte du défunt tabloïdNews of the World, anciennement détenu par Rupert Murdoch. Si rien n’est retenu contre lui, deux proches de David Cameron, entre autres, risquent de lourdes peines de prison. Trois chefs d’inculpation sont retenus contre Rebekah Brooks, ex-directrice du journal et Andy Coulson, ancien porte- parole du gouvernement: interception illégale de communication, corruption de fonctionnaires en vue d’obtenir des informations et dissimulation de preuves.

Ce procès révèle trois choses primordiales: premièrement, la grande proximité du «clan Murdoch» avec le monde politique, ce qui pourrait mettre le premier ministre dans l’embarras. Ensuite, la loi sur la presse proposée par les trois principaux clans de Westminster va encore restreindre les journalistes de la presse écrite «à sensation» quant à leurs méthodes d’investigation. Il va être de plus en plus difficile d’échapper aux coups de la loi dans ‘la chasse au scoop’. Enfin, la remise en cause des ambitions dynastiques de Rupert Murdoch, qui s’est déjà vu contraint en juin dernier de scinder son empire médiatique sous la pression de la City et de Wall street.
Cette affaire pleine de rebondissements mérite un retour sur ses épisodes marquants.

Le scandale de 2011 et la clôture de New of the World

L’érosion de l’un des plus puissants conglomérats au monde, News Corporation, a commencé en 2011. Le 4 juillet le Guardian révèle que NotW a piraté la messagerie de Milly Dowler, une jeune collégienne de 13 ans, disparue puis retrouvée assassinée en 2002. D’après le quotidien britannique, les détectives mandatés par le journal, alors dirigé par la fameuse Rebekah Brooks, ont supprimé des messages sur la boîte vocale de la jeune fille afin de pouvoir libérer de la place et ainsi en récolter de nouveaux. Mais les enquêteurs qui avaient également accès à l’écoute de la messagerie avaient interprété ce fait comme une preuve que la petite Milly était encore en vie. Le lendemain, alors que la mascarade est découverte, l’indignation est à son comble: les annonceurs décident de boycotter le journal. Le 7 juillet, James Murdoch (fils de Rupert Murdoch) décide de la fermeture définitive du titre, qui paraît le 10 juillet pour la dernière fois.

Des procédés illégaux mis à jour par le Guardian

Ce n’était pourtant pas la première fois que le Guardian révélait les méthodes insidieuses du groupe Murdoch. En mars 2010, le célèbre quotidien britannique met au grand jour un accord entre une victime d’écoutes illégales et le tabloïd au bord de l’échafaud. Deux anciens employés affirment que ces méthodes étaient encouragées par la direction de NotW. L’un deux, Sean Hoare, un ancien cadre, est retrouvé mort le 18 juillet 2010 à son domicile. Son décès reste pour le moment inexpliqué.
En 2009, ce même journal avait révélé que des milliers de personnes pourraient être victimes des méthodes illicites de NotW. Cela est démenti publiquement par Andy Coulson, alors porte parole du gouvernement. Ouverte à l’été 2009, une enquête interne conclut qu’aucune preuve ne vient alimenter ces allégations.

Une affaire qui remonte à 2005

Entre 2005 et 2009, le groupe est fragilisé financièrement, déboursant plus d’un million de livres dans les procédures judiciaires amiables afin d’éviter des procès pour écoutes illégales. La première remise en question de la méthode «Murdoch» date de 2005. Clive Goodman, un journaliste du NotW chargé de suivre la famille royale, a mis cette dernière sur écoute et révélé une blessure au genou du Prince Williams. Une première enquête policière a révélé la culpabilité de Goodman ainsi que son détective privé. Ils ont écopé d’une peine de prison de 4 mois pour le premier et 6 mois pour le second. C’est à la suite de ce premier scandale qu’Andy Coulson, alors rédacteur en chef de l’hebdomadaire a décidé de démissionner pour de plus grandes ambitions. Quelques mois plus tard, il est nommé directeur de la communication du parti conservateur, dirigé par David Cameron, une décision alors controversée.

Après maints rebondissements, ce procès devrait clore l’affaire une fois pour toutes. Néanmoins il risque d’être mouvementé, à l’image de toute l’histoire. Le cas est d’une sensibilité politique telle que les députés ont même été interdits de commentaires à son propos lors de leurs débats à la chambre des Communes. « Quelle que soit l’issue du procès, personne ne peut avoir de doute : après l’une des plus grandes enquêtes de police de l’histoire, le quatrième pourvoir n’est pas au-dessus de la loi« , résume le Sunday Times.

Sonia Hamdi. 

visuel : logo du tabloïd aujourd’hui disparu, News of the World

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Sonia Hamdi

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