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Nan Goldin, une fenêtre sur l’Amour

Nan Goldin, une fenêtre sur l’Amour

01 décembre 2010 | PAR Bérénice Clerc

La vie de Nan Goldin est un diaporama, le sida brula hélas bien des fois sa pellicule.


A Washington en 1953  Nancy Goldin voit le jour dans une famille juive très conventionnelle. Elle grandit dans le Maryland et s’enfuit à 14 ans de chez elle, recueillie par plusieurs familles successives. Elle découvre la photo grâce à un professeur de la Satya Community School de Boston et espacera ses premiers clichés réalisés dans les milieux gays et travestis de la ville en 73. En 1978 elle obtient le diplôme de la School of the Museum of Fine Arts de Boston.

Le suicide de sa soeur marque Nan Goldin au fer rouge et lui donne à ressentir la violence de l’absence, la perte du souvenir, la disparition d’êtres tant aimés dans les méandres de la mémoire. L’image, la photo devient alors la trace incontestable de leur passage sur terre, quand la folie de la mort dépasse l’entendement et nous fait croire à l’invention de l’amour et de l’existence de l’autre.

Elle doit photographier pour vivre, photographier pour faire vivre l’éternité à ses modèles.

Sa vie à New York la plonge dans le milieu Punk, les drogues dures, la violence, le sexe sans limite, l’impudeur, mais toujours l’Amour.

La mort est au coeur de la vie de Nan Goldin, elle jalonne son chemin.

La drogue lui vole un grand nombre d’amis et de modèles, l’arrivée du SIDA va ravager le monde et lui donner envie de laisser une trace forte de ces êtres blessés, basculés entre vie et trépas dans le plus ou moins long couloir, reliant séropositivité, SIDA et cercueil.

Le SIDA a changé nos vies comme celle de Nan Goldin, il y a eu la vie avant et la vie après le SIDA. Elle prend très tôt conscience de ce drame, à une époque où personne ne sait ce qu’est la maladie, ni d’où elle vient, ni comment elle se transmet.

Comme toujours Nan Goldin ne cherche pas à choquer, mais elle accepte la brutalité de la vie sans fard et montre au monde comme l’Amour est beau, fort et indestructible.

Un homme, une femme , deux hommes, deux femmes se désirent, s’unissent, se séduisent, se caressent, s’étreignent et s’éteignent avec sensualité, Nan Goldin nous ouvre une fenêtre sur l’amour.

Elle dénonce avec force et ose montrer aux spectateurs ce que tout le monde cache : l’horreur du SIDA dans sa réalité crue.

Des hommes, des femmes, des enfants sur la route de la mort photographiés de leur pleine santé à leur cercueil avec pudeur, respect et l’envie de leur offrir l’éternité et la possibilité de faire comprendre aux jeunes et aux moins jeunes ce qu’est le SIDA, le vrai, pas celui dont on entend parler par-ci par-là quand la prévention est à peine suggérée et la protection  déconseillée de manières scandaleuses par des gens comme le Pape.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Goldin nous entraine dans la vie de son amie actrice Cookie Mueller morte du SIDA à l’âge de 40 ans. Toute sa vie défile pour nous, ses amours, son mariage, ses amis, son fils, ses spectacles, ses rires, ses pleurs, puis le SIDA, la maladie, la souffrance, le mutisme, la perte d’identité, de la marche, de sa personnalité, le calvaire, le manque de soins, les douleurs et la mort. 15 photos pour 13 ans de vie et une lettre pour raconter leur amitié forment le Cookie Portfolio et humanisent le SIDA. Son histoire pourrait être la notre, celle de nos amis, frères, soeurs, parents, voisins, cousins, élèves, collègues, lecteurs…

 

 

 

 

 

 

 

Il faut voir pour croire.

 

 

 

Nan Goldin refuse de se taire, elle fait scandale à l’époque, les USA veulent cacher la maladie, l’église catholique la stigmatise. Heureusement la rébellion commence à s’opérer, la controverse et la rage de Nan se transmettent malgré tout.

15000 personnes se réunissent pour la première exposition de Cookie Portfolio.

Le Galeriste français Gilles Dusein voit ce portfolio et comprend qu’il est important de laisser une trace, d’accepter de mettre son âme et son corps à nu pour tenter de sauver ceux qui ne sont pas encore contaminés et parler encore et toujours de la maladie. L’image est un langage universel, Gilles Dusein contaminé par le SIDA se laisse photographier avec son compagnon Gotcho. Gilles ne devait pas disparaitre sans laisser de trace, Gotcho ne pouvait pas voir se dérober son amour, nous ne devons jamais oublier la présence invisible de la maladie. Leur Amour brisé doit nous donner la force de nous protéger et de toujours transmettre au plus grand nombre l’obligation du préservatif pour ne pas se perdre, pour ne pas les perdre.

 

Les photographies de Nan Goldin ne font pas tout, elle n’a pas sauvé le corps de Cookie, de Gilles ou des autres contaminés qu’elle prit en photo, mais elle donne un visage humain aux statistiques et devrait être un exemple pour tous.

En 2010 n’oublions pas nos malades, ne les cachons pas, ne les laissons pas mourir de solitude au fond d’un lit d’Hôpital.

Le vaccin contre le SIDA n’existe pas, les malades ont des vies plus longues mais hachées par des traitements lourds, des médicaments en nombre et des prises quasi permanentes, sans oublier un financement parfois personnel !

L’Afrique se meurt, la France baisse depuis trois ans les financements, sans argent pas de traitement, une prévention  de masse quasi inexistante, un accompagnement des malades de plus en plus faible…

Comment baisser le taux de mortalité ? Comment ne plus stigmatiser le SIDA comme maladie des homosexuels, des drogués ou des prostitués ?

Entre préservatif et traitement nous n’avons pas encore le choix.

Gardons les photographies de Nan Goldin en tête, protégeons-nous, testons-nous, aidons la recherche, soutenons les malades et leurs proches, ouvrons grand notre coeur, notre corps et nos yeux à l’Amour.

A Bout Portant : un film d’action brutal et haletant
Les petits bonheurs redonnent le gout de vivre aux malades du Sida
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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