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Les radios libres

Les radios libres

09 mai 2011 | PAR Benoit Dabout

Il y a 30 ans, le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu Président de la République française pour 7 ans en battant Valéry Giscard d’Estaing. Ce premier septennat est certainement la période la plus faste culturellement parlant en France. L’occasion de revenir sur l’un des évènements les plus marquants de cette époque : Les radios libres.

De l’origine du mouvement à 1981

C’est dans les années 1970 que le monopole de l’Etat sur les médias est remis en cause. En effet, dans les pays voisins comme l’Italie ou l’Angleterre, on commence à voir des radios pirates puis libres. En France, suite à Mai 68, la jeunesse s’émancipe. Les jeunes veulent écouter du Rock par exemple et sur les ondes, ce style est très peu diffusé voir boycotté.

Avant 1981, la situation radiophonique est très claire, c’est une situation de monopole avec Radio France émettant sur la quasi totalité du territoire. Nous trouvons aussi des radios dites périphériques basées sur des territoires voisins comme RTL (Luxembourg), Europe 1 (Allemagne) ou RMC (Principauté de Monaco) ayant un but plus commercial. Enfin, il y aussi quelques radios libres, qui arrivent à émettre comme Radio Verte (ancêtre de Radio Nova). Elle fut la première radio libre à Paris en 1977.

En 1978, la loi pour le monopole est même renforcée par le duo Giscard/Barre. Désormais, les radios pirates ou libres peuvent-être saisies (matériels, émetteurs..), brouillées ou même poursuivies en justice.

Il y a donc le pour et le contre. D’un côté le Président Giscard d’Estaing prônant le monopole pour éviter la même situation qu’en Italie (la multiplication des radios, création de radios d’extrême gauche…). Le tout jeune RPR de Jacques Chirac est lui aussi pour ce monopole, tout comme le PCF qui souhaite un allégement de la situation au profit de la création de radios municipales. Et de l’autre côté, les socialistes emmenés par François Mitterrand. Ils ont même créé Radio Riposte (on y retrouve Laurent Fabius) où régulièrement François Mitterrand intervient et ce dernier a été inculpé en justice. Mais certains libéraux sont pour les radios libres car pour eux cela entre de le cadre de la liberté de parole.

C’est un perpétuel jeu de cache-cache entre l’Etat et les radios libres! Avec la prolifération des radios en Italie, les émetteurs sont devenus bons marchés. En France, les techniciens de la TDF (TéléDiffusion de France) ont pour mission de brouiller la diffusion des radios libres et confisquer les émetteurs. Mais dans certains cas, il se trouve que certains techniciens de la TDF ont fait preuve de complicités avec des techniciens des radios libres permettant la diffusion de ces dernières.

Le 10 mai 1981 : la libération, les premières interrogations et les premières contraintes

Le 10 mai 1981, les français ont voté et c’est François Mitterrand qui est élu. Au soir même, une vague de radios arrive sur les ondes. Deux courants de pensées émergent : l’ALO (Association pour la Libération des Ondes) notamment sous le couvert d’Antoine Lefebure (Radio Verte) milite pour la professionnalisation des radios avec des moyens financiers et des publicités. Mais, il y a aussi les puristes opposés à la publicité plutôt favorable à une aide publique. C’est donc les premières interrogations de la nouvelle ère des radios libres, notamment la question du financement : Quel statut pour les radios? Association Loi 1901 ou S.A.R.L? Autorisé la publicité?

Des radios comme RFM ou Skyrock se sont créées. Pour ces radios, il est évident que la publicité est indispensable à leur survie. Les lois de 1981 et 1982 ne parlent pas du statut commercial des radios de peur que les « radios frics » prennent le pouvoir. C’est pourquoi il y a encore certaines ondes brouillées.

En 1982, une autorité de régulation est créée afin mettre de l’ordre dans le paysage radiophonique français. Des radios comme Carbone 14, réputé sulfureuse, disparaissent.

Il y a donc beaucoup de contradictions avec d’un côté des radios dites libres et de l’autre, des autorités de régulation et la disparition de certaines radios.

1984, le début de la fin?

Cette date marque un tournant dans le monde radiophonique français. Cette année, le statut commercial des radios est adopté. A partir de cette date, de puissantes radios se sont créées ou enrichies comme NRJ ou Fun Radio. Des réseaux se créés provoquant la fin de certaines radios locales. Des radios libres, nous sommes passés à des radios privées appartenant à de grands groupes.

Le phénomène des radios libres s’est vite essoufflé au profit de l’argent et du système capitaliste.

 

La France des années 80 est une vraie contradiction idéologique. D’un point de vue général, le premier gouvernement socialiste est certainement le plus libérale et capitaliste de l’histoire. Ceci n’a donc pas échappé aux radios. La qualité est encore une fois mise à l’écart au profit du quantitatif et du fantasme de l’argent.

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Benoit Dabout

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