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Les accents négationnistes d’Eric Zemmour

Les accents négationnistes d’Eric Zemmour

06 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le buzz à tout prix. Le chroniqueur Eric Zemmour, habitué des propos racistes, se lance désormais sur les pas de Dieudonné. Samedi 4 octobre, Eric Zemmour était l’invité de l’émission de France 2 « On n’est pas couché », à l’occasion de la sortie de son nouveau livre, Le Suicide français, et a osé dire « Pétain a sauvé les Juifs français »

Souvent les termes « révisionnisme » et « négationnisme » sont confondus. Le révisionnisme a, depuis les années 70 et l’arrivée des négationnistes tel Faurisson, pris le sens d’une négation de l’histoire. Hors, le révisionnisme est, ou était, la révision classique de l’histoire au gré de la découverte de nouvelles archives. Le terme négationnisme a été ensuite créé par l’historien Henry Rousso en 1987 pour signifier la négation de l’existence de la Shoah, puis par extension la négation, la contestation ou la minimisation d’autres faits historiques. Dire que Pétain a sauvé des Juifs est une honte. Honte pour les familles décimées par le Maréchal. Honte pour ceux qui cachés ont pu survivre et refaire une vie. Mais c’est surtout, si on laisse l’émotion de côté, une honte car cela est faux historiquement.

Le premier statut des Juifs, en date du 3 octobre 1940, prévoit d’enfermer les étrangers juifs dans des camps d’internement au sud du pays comme celui de Gurs où ils seront rejoints par des convois de Juifs déportés par les Allemands depuis des régions que le IIIe Reich considère comme définitivement annexées, comme l’Alsace, la Lorraine et même, pour certains, de Belgique. Il est renforcé neuf mois plus tard par le statut du 2 juin 1941 qui autorise les préfets à pratiquer l’internement administratif de Juifs de nationalité française. En 2010, les historiens découvrent, 70 ans après, jour à jour, le statut des Juifs du 3 octobre 1940. Nous avions alors interrogé Richard Odier, président du centre Simon Wiesenthal, qui avait déclaré que ce document était « une confirmation vis-à-vis des non spécialistes de l’antisémitisme de Pétain ». Selon lui, « il circule encore une idée fumeuse tentant de minimiser le rôle du Maréchal pour en faire un vieillard sénile. Ce document fait taire ce type de discours qui restent présents, et cela malgré la déclaration de Jacques Chirac de 1995, qui apparaît aux yeux du grand public comme la reconnaissance d’une collaboration active et non subie avec le régime nazi. Encore récemment, François Fillon, lors de la commémoration de l’attentat de la synagogue de Copernic a condamné les propos antisémites de Raymond Barre. On revient de loin, mais on ne peut être que positif.»

On aura vu ce samedi soir Léa Salamé extrêmement rigoureuse accuser Eric Zemmour de pratiquer « la haine de soi » .

Vif échange entre Eric Zemmour et Léa Salamé au… par onpc

Depuis l’ouverture des archives en 1997, et surtout suite à la loi sur les archives de 1979, qui voit la question du délai avant consultation être codifié, les historiens et plus difficilement les citoyens ont pu accéder aux sources. La folie administrative révèle son aspect tristement merveilleux, tout est consigné.

Eric Zemmour ose citer Alain Michel : il faut du culot ! L’historien a expliqué comment la France ne s’est pas vidée de tous ses Juifs. Oui, tous les Juifs de France n’ont pas été déportés. Seulement 25%. Seulement… Quand on frise les 100% en Lituanie ou en Pologne. Mais grâce à Pétain ? Certainement pas. Grace à l’organisation des réseaux de résistance et aux Justes. C’est tout. Il ose aussi parler de « Doxa » en citant Robert Paxton, l’historien américain qui a écrit le premier ouvrage faisant référence sur l’antisémitisme organisé de l’Etat Français, La France de Vichy.

En réalité, Eric Zemmour utilise ici un ressort classique de l’extrême droite française, jetant dans le bruit du débat une phrase apparemment simple, et qui demande le temps de la connaissance pour révéler la profondeur de son imposture.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

5 thoughts on “Les accents négationnistes d’Eric Zemmour”

Commentaire(s)

  • anne borlet

    Quelle parle de théâtre ou d’histoire, Amélie Blaustein Niddam écrit toujours aussi désespérément mal. Utiliser l’emphase quand on maitrise aussi peu le style (et la grammaire…), c’est assez désespérant. Pourtant, sur le fond, on est d’accord : aux chiottes Zemmour.

    octobre 6, 2014 at 15 h 01 min
  • Chère madame
    Merci pour votre commentaire. Pourquoi me lire si vous me détestez ?
    Le style est propre à chacun, le mien est ainsi et il est souvent félicité. Pour les coquilles, je suis confuse, grâce à vous, j’ai refait une relecture fructueuse, vous pouvez regarder.
    Je rêve qu’un jour nous ayons les moyens d’un secrétariat de rédaction mais nous sommes trop petits.
    Ravie de savoir que nous partageons néanmoins les mêmes idées.

    Amitiés,

    Amélie

    octobre 6, 2014 at 17 h 11 min
  • Gooson

    C’est vrai qu’on n’a pas le droit de dire des mensonges historique dans une émission du service publique et présenter cela comme un spectacle.

    octobre 6, 2014 at 17 h 55 min
  • luc nemeth

    merci à Léa Salamé d’avoir attiré l’attention sur ce qui est un peu plus qu’un « détail » : la quasi-totalité de ces juifs qui professent (et de manière très voyante) des opinions qui se situent quelque part entre la droite et l’extrême droite entretiennent un rapport de détestation, avec ce qu’il est convenu d’appeler leurs « origines ». Et ce n’est pas faire de la… « psychanalyse de bazar », que de le rappeler : quoi qu’en dise, le petit-péteux.

    octobre 10, 2014 at 18 h 45 min

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