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La télé parle d’elle même… au passé!

La télé parle d’elle même… au passé!

01 mai 2014 | PAR Enora Le Goff

La télévision est l’un des médium de communication (mais aussi culturel) les plus récents, pour autant son utilisation de l’archive et plus particulièrement son auto-réflexivité des programmes ne sont pas récentes. En effet la télévision s’est affirmée dès le départ comme le média parlant de lui-même, s’interrogeant lui-même, nous n’avons pas affaire ici à une nouveauté mais plus à une constituante essentielle du média télévisuel.

Pour autant les émissions réflexives (qui prennent donc pour sujet la télévision) ont véritablement évolué au fil des années, révélant ainsi des mutations dans la considération sociale et culturelle vis-à-vis de la tv, mais aussi dans son influence globale quant aux spectateurs. C’est donc sur ces changements et évolutions que nous allons nous pencher.

L’un des premiers programmes réflexifs est à regarder avec beaucoup d’humour aujourd’hui, il s’agit d’un film de 1947, Télévision : œil de demain. Ce programme présente le nouveau médium qu’est la télévision pour s’éloigner ensuite vers la science fiction et énoncer les possibilités futures du média (télévision de poche, écran plat, téléphone et tv dans un même objet…) Pour un spectateur de 2014 voir cette vidéo est à la fois très drôle et quelque peu étrange, car l’on se pose alors la question de notre science-fiction à nous et ce qu’elle pourrait devenir! Ce programme rentre dans une économie générale de quête de reconnaissance du médium, et ce jusqu’aux années 70, la télévision recherche alors une forme de légitimité et de reconnaissance par le public. L’une des deux émissions phares de l’époque est Au delà de l’écran (1960-1968), cette dernière parle chaque semaine de la vie de star ayant un rapport plus ou moins fort avec la télévision, cette émission attire par la présente de ces ‘people’ et n’oublie en rien la place du spectateur pour rechercher cette légitimation, en effet chaque début de programme comme par « une question que les téléspectateurs se posent… ». L’autre émission importante de cette période est Micros et caméras (1965-1972) qui présente sur un ton très sérieux et scientifique les différents métiers de l’audiovisuel et surtout de la télévision, le but est ici clairement d’informer le spectateur sur la création du média, de lui montrer justement ce qu’il y a derrière l’écran.

Cette mise en place d’une réflexivité télévisuelle va prendre une autre forme à partir des années 70 avec des formes qui nous sont plus familières aujourd’hui, à savoir des émissions sur l’histoire même de la tv, qui se servent de ses images déjà enregistrées. Elles permettent une mise en avant de la télévision, de raconter son histoire sous un jour positif mais aussi de désigner son importance dans la société. C’est en général une glorification d’anciennes émissions, une sorte de mémoire subjective du petit écran qui passe donc par l’archive, il s’agit d’émissions comme Rue des archives (1978 – 1981) ou encore La télévision que j’aime. Mais l’on ne s’attardera pas véritablement sur ces émissions qui se contentent à l’époque de présenter de beaux moments de télévision, sans véritablement construire de réflexion autour de ces images tirées du passé.

C’est à partir des années 90 que l’image télévisuelle va devenir le véritable support de questionnement et de réflexion. Cette réflexivité change puisque le média n’a plus à faire ses preuves, on parle alors de télé comme on parlerais de cinéma ou de musique, ainsi plutôt que de se glorifier la télévision peut désormais se penser. Cette réflexion se fait désormais sur des images moins anciennes, qui résultent plus de l’actualité assez récente et qui s’interrogent sur les modes d’énonciation de la télévision. C’est le cas avec l’émission Arrêt sur images, diffusée sur France 5 à partir de 1995, qui pendant 12 ans va analyser les images et les discours télévisuels, abordant des émissions comme Les guignols de l’info ou réfléchissant sur des thèmes comme « la médiatisation de la guerre au JT » … Basée sur l’idée d’une critique télévisuelle l’émission se confronte pourtant à de nombreuses limites, la prise de distance n’est pas assez grande, les images réfléchies sont ainsi trop récentes pour que le journaliste les pense de manière impartiale. De plus l’émission se sert parfois du montage pour prouver certaines choses et enquêtes, technique qui se retrouve bien souvent critiquée, comme peuvent l’être certaines parties d’émission du Petit journal aujourd’hui. On retrouve aujourd’hui une émission connue, Touche pas à mon poste, qui utilise cette idée d’une réflexion sur le médium télévisuel actuel, par l’utilisation d’images diffusées la veille ou l’avant-veille, le tout dans une ambiance beaucoup plus ‘bon enfant’ et moins sérieuse qu’Arrêt sur images.

On voit que le média peut être source unique de production de programme, la télévision se tend elle-même son propre miroir, mais l’on peut se demander si ce miroir ne manque pas d’ouverture, si l’auto-centrisme télévisuel est véritablement producteur de réflexion ou ne sert juste pas l’épanouissement du médium lui-même? On retrouve cette utilisation de l’archive de la part de tous les médias, la télévision se sert d’internet, la radio se sert de la presse, la presse se sert d’internet… cette réflexivité diffuse conduit les médias à finalement ne parler que d’eux, comme si la seule source d’information ne pouvait finalement être que la source d’information elle-même. L’archive télévisuelle à donc tout d’abord servi la légitimation du médium pour finalement aujourd’hui ne servir que son auto-engendrement perpétuel.

Visuels (c) : images émission Télévision, oeil de demain, Arrêt sur image, Touche pas à mon poste

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Enora Le Goff

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