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[Interview] BALLROOM: « Le ton juste pour parler aux professionnels et aux amateurs »

[Interview] BALLROOM: « Le ton juste pour parler aux professionnels et aux amateurs »

18 décembre 2014 | PAR Marie-Lucie Walch

Suivant l’émergence de différents titres de presse cette année (voir notre article « Les carnets roses de la presse 2014 »), Ballroom comble un vide dans le journalisme dédié à la danse. Sortie en mars 2014, la revue vient d’obtenir une reconnaissance officielle par la Commission Paritaire des Publications et Agences de Presse (CPPAP).Olivier Tholliez, son fondateur et rédacteur en chef, explique à Toutelaculture les différentes étapes qui ont permis la réalisation de son projet.

Ballroom a sorti quatre numéros en huit mois, mais vous deviez porter ce dessein depuis un plus long temps : Quand avez-vous décidé de le créer

Le projet est né au printemps 2013. C’est à cette époque qu’une petite équipe de rédacteurs, artistes et amateurs de danse s’est retrouvée à la terrasse d’un café et a fait le constat d’un manque total: Il n’y avait plus de publication dédiée à la danse de façon généraliste depuis la disparition de Danser (en avril 2013, NDLR), plus que des magazines très focalisés sur le ballet et très marqués esthétiquement. Nous avons donc décidé de recréer un territoire éditorial, qui avait pourtant été très riche dans les années 80/90. Mais nous avons voulu le faire différemment. L’irruption d’Internet ayant totalement révolutionné les comportements des lecteurs, il fallait donc en repenser autant la forme que le contenu. Nous étions convaincus qu’il y avait une place pour une revue papier, mais d’un autre genre. Nous avons décidé de laisser l’actualité à chaud à Internet et de nous concentrer sur le temps long de la lecture de fond et de la belle image. Le succès de revues comme XXI  (fondée en 2008, NDLR) nous avait profondément marqué. BALLROOM est donc conçu comme un mook, développant des sujets de fond (même s’il y a généralement un lien avec une actualité du moment ou avec l’air du temps), intemporels, avec une argumentation fouillée, des images recherchées, des commandes de photographies ou d’illustration. Et une structuration par dossiers thématiques qui vont de 10 pages à 20 pages, parfois même plus.

Quels sont vos partis-pris intellectuels et esthétiques?

Sur le plan « intellectuel », la difficulté a été de trouver le ton juste pour parler à la fois aux professionnels et aux amateurs de danse. Eviter le jargon, les discours qui ne parleraient qu’aux « professionnels de la profession », ouvrir constamment les sujets vers le public tout en gardant une ligne éditoriale de haute tenue. Pour cela nous avons mis en place quelques lignes directrices comme :

– privilégier le rapport à l’artiste et faire confiance aux artistes. Nous ouvrons d’ailleurs nos pages régulièrement à des danseurs ou chorégraphes pour des « cartes blanches » ou des « tribunes libres ».

– doser soigneusement l’équilibre entre les contributions de rédacteurs ayant un format « universitaire » et celles des journalistes de style plus « grand public ». Nous estimons que les deux sont complémentaires.

– faire un bel objet, séduisant, qu’on aimera garder.

 

Le site internet est-il venu avant la parution du print? Comment relever le défi de faire vivre une revue au rythme du web alors que Ballroom est une revue trimestrielle?

Nous avons lancé les deux en même temps, bien conscients qu’il existe une sorte d’incompatibilité, et de concurrence entre les deux supports. Nous avons choisi le papier pour les raisons de fond tenant à notre envie et nos ambitions, mais nous avions aussi conscience que la visibilité de ce projet passait par une présence sur le net. Nous avons donc choisi de traiter le net en résonance du papier et comme une antichambre du papier. Notre ambition n’est pas de concurrencer les multiples blogs ni de refléter l’ultra-quotidien de la danse. Donc pour notre site nous choisissons les sujets d’actualité qui nous semblent les plus pertinents à traiter sur la toile et à l’inverse nous donnons sur www.ballroom-revue.net des éléments complémentaires du papier : images, vidéos, pour aller plus loin.

Entre le premier et le dernier numéro en date, avez-vous augmenté le nombre de vos rédacteurs? 

Un point important que je tiens à souligner, car ce n’est pas le cas partout, c’est que tous les contributeurs de BALLROOM sont rémunérés. C’est pour nous une condition fondamentale de qualité et de reconnaissance du travail.  Nous avons tout de même gardé les principes d’une structure ultra-légère et agile, afin de minimiser les coûts fixes et de pouvoir réagir facilement face à l’accueil de notre produit. Nous avons choisi de mettre en place progressivement, en fonction des réactions de nos lecteurs et des professionnels qui nous entourent, un comité éditorial pertinent et une distribution adaptée. Mais rien de cela n’est figé, nous passons tranquillement d’une phase de mise au point à celle de l’optimisation de notre fonctionnementBallroom garde encore beaucoup d’intuitif dans sa conception.

Comment voyez vous la suite de Ballroom dans un contexte financier difficile? 

Dès les première projections financières, nous avons bien vu que l’économie du projet comportait beaucoup de problèmes : incertitude des ressources et certitude des dépenses ! Nous ne voulions pas tomber dans l’erreur de structurer trop vite un fonctionnement où nous étions tous un peu novices. Nous avons donc eu une phase « projet » de 9 mois environ , qui nous a servi à mettre au point une première maquette. Puis tout s’est emballé vu les bons retours que nous avions de la part des professionnels et nous avons lancé le premier numéro en mars 2014. C’est avec le 4° numéro que nous avons pris vraiment de l’ampleur, confiants des résultats des premiers numéros. Nous avons confié à un chargé de partenariats la mission de trouver de nouveaux partenaires et les résultats ont été très satisfaisants, la réponse des annonceurs et partenaires est au rendez-vous ce qui est un gage de stabilité et de longévité.

 

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Marie-Lucie Walch

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