Medias
Badawi, de Mohed Altrad

Badawi, de Mohed Altrad

29 avril 2011 | PAR Aude Lallart

« (…) le garçon s’impatientait. Comme s’il l’avait senti, le vieillard changea brusquement le cours de ses paroles : Tu es un Badawi. Comme ton père, et le père de ton père, et tous ceux qui, avant lui, ont traversé le désert. Si tu n’écoutes pas ton histoire, tu seras aussi léger qu’un nuage dans le ciel, tu ne pourras jamais te poser, aussi léger qu’une plume que le vent emporte au loin. »

La mère de Maïouf, femme répudiée, vient de mourir. Rejeté par son père et toute sa famille, entre humiliation et solitude, le jeune Badawi choisit alors le chemin de la révolte. L’enfant commence d’abord par aller en cachette à l’école- située à une heure de marche du village de sa grand-mère qui consent à l’héberger, sous condition de travailler pour elle comme berger. Après avoir obtenu le baccalauréat, le lycéen reçoit une bourse afin de partir étudier la pétrochimie, en France.
« En d’autres termes, cela signifiait l’exil. Mais qu’est ce qui pouvait le retenir ici ? Le père, la grand-mère ? Ils ignoraient même qu’il avait réussi ses examens. Il avait croisé l’un de ses demi-frères, et ne l’avait pas salué. Ils les avait déjà tous quittés, tous sans exception. La seule personne qui lui restait c’était Fadia. »
De Paris à Damas, Maïouf réalise son rêve, il devient enfin « quelqu’un », quelqu’un d’autre… D’ailleurs, lors de cette longue errance, Maîouf ne sera plus « l’abandonné » mais Qaher, »le victorieux ». Fadia est le seul lien qui lui reste avec Raqqah-avec le désert, son enfance. Fadia, une promesse et le début d’une histoire d’amour éloignée par l’exil.

C’est pour et par elle que l’ingénieur qu’il est désormais, est encore relié aux souvenirs d’un ciel pur sur les dunes de sable… Et c’est pour Fadia plus que pour sa famille, qu’il économisera pièce par pièce la somme nécessaire à son premier voyage de retour au pays –pour Fadia, mais aussi pour répondre à cet appel lancinant du désert. Presque comme une psalmodie chantée à mi-voix, le pays des sables, les blessures de l’exil sont racontées par l’écriture sobre, nourrie de la propre histoire de Mohed Altrad.

Né en Syrie dans une tribu nomade, Mohed Altrad devient très tôt orphelin. Étant bédouin, il n’a pas accès à l’école et apprend à lire seul. En 1985, il rachète dans l’Hérault une PME spécialisée dans les échafaudages. C’est le point de départ du groupe Altrad. qui se développera, tant par croissance interne qu’externe, dans le matériel pour le BTP.

Les photographies de Moby chez Colette
« Eärwenn, les messagers de la lande » de Liza Lo Bartolo Bardin
Aude Lallart

2 thoughts on “Badawi, de Mohed Altrad”

Commentaire(s)

  • J’ai aimé ce livre Badawi, un peu moins la fin, mais globalement c’est un beau parcours à découvrir

    janvier 7, 2013 at 16 h 27 min
  • J’avais vu une interview de Mohed Altrad à la télé et en fin d’interview j’ai acheté le livre le soir même. J’ai bien accroché sur la première partie du livre, la fin un peu moins. Mais cela reste un beau parcours, une force de caractère de ce petit garçon qui mérite le respect. A lire !

    janvier 15, 2013 at 11 h 16 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture