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Maurice Papon: une ouverture d’archives très attendue

Maurice Papon: une ouverture d’archives très attendue

19 avril 2022 | PAR Jacques Emmanuel Mercier

L’ouverture des archives de Maurice Papon est un événement. C’est la dernière étape d’une affaire judiciaire qui ne remet pas juste en cause l’histoire d’un homme, mais celle d’un pays tout entier.

Maurice Papon, est mort en 2007, l’homme fut condamné en 1998 pour complicité de crime contre l’humanité en raison de son action durant la Seconde Guerre mondiale. L’homme est sous le régime de Vichy préfet de Bordeaux. Il participe ainsi à l’organisation, l’arrestation et la déportation de plus de 1600 Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy. Nommé préfet de Paris en 1958, en pleine guerre d’Algérie, il va organiser les représailles sanglantes de deux manifestations. Menant ainsi à la mort plus d’une centaine de militants du FLN, tués par la police française le 17 octobre 1961, notamment au métro Charonne.

Un homme devant la justice 

Nous sommes en 1983 lorsque Le Canard enchaîné révèle ses actions durant la Seconde Guerre mondiale qui vont servir de base lors d’un procès majeur de l’histoire. L’homme est condamné, mais fera plusieurs appels. Il sortira de prison en 2002. Passant ses derniers jours dans une rue banale de région parisienne, à Gretz -Armainvilliers nommée en hommage à son père ancien maire du lieu. C’est ainsi que l’ouverture des archives de ce procès demandé conjointement par le ministère de la Justice et celui de la culture nous replonge dans cette histoire. L’on en vient à se poser plusieurs questions. Tout d’abord pourquoi cette ouverture maintenant ? Mais aussi que contiennent ses dossiers ?

Des archives séparées et bien gardées

Savoir où sont les documents n’est pas compliqué. Ils sont répartis en trois lieux distincts : les archives départementales de la Gironde, les Archives nationales et au département des archives et de la documentation et du patrimoine du ministère de la Justice. On l’apprend juste en lisant l’arrêté portant sur l’ouverture des archives. Ayant contacté les Archives départementales de la Gironde les réponses n’ont pas fusé de ce côté. C’est après un échange par mail avec Christian Delage, historien spécialiste de cette période que l’on apprend, qu' »aucun historien n’a eu accès à ses documents pour l’instant ». Seuls certains archivistes ont pu y avoir accès. Nous en apprenons plus grâce à l’aide de Tiphaine Gaumy cheffe du pôle justice au Archives nationales.

Tout d’abord, l’ouverture des archives et comme on le sait « soumis à une législation précise ». Ici, deux choses rentrent en compte « le dossier judiciaire et la date de la mort de Maurice Papon. La date retenue pour le dossier judiciaire est celle de l’ajout du dernier document à celui-ci, soit mars 1998. Il faut ajouter 75 ans à celui-ci pour en espérer voir l’ouverture de ce dossier Normalement. Sauf que, un autre dossier existe qui lui ne peut être ouvert qu’en 2032, soit 25 ans après la mort de Maurice Papon. L’ouverture anticipée concerne ces deux dossiers ». Pourquoi alors ouvrir ces dossiers si tôt ? Dans les faits, les personnes liées à ces histoires sont mortes. Ainsi, l’ouverture de ses documents ne pourrait plus porter atteinte à ces personnes ni à leur dignité. De plus on apprend au cours d’une conversation avec Tiphaine Gaumy que « les documents ne sont qu’en rapport avec les actions de déportation. Les documents liés à ses actions lors des manifestations de membres du FLN sont déjà consultables. »

Des documents pour comprendre l’Histoire

L’on se demande alors quelle est la nature des documents présents ? Dans ces dossiers, on peut découvrir, des rapports d’enquête ainsi qu’une étude des preuves. On y trouve aussi, des rapports médicaux liés à Papon servant au départ à justifier ses demandes de grâce. Le document sans doute le plus intéressant est le rapport du procès. Le procès fut filmé, mais à cause de problèmes législatifs, son partage au grand public est complexe.

Il est néanmoins possible de découvrir tout le procès dans sa version écrite. Avec une description précise des actions des personnes ou même du positionnement des caméras dans la salle du procès. Au sujet toujours de l’ouverture et des questions pratiques, aucune numérisation n’est prévue pour le moment, ainsi les déplacements sont obligatoires.

Dans les faits, trois lieux différents conservent une partie des documents, mais il est facile de s’y retrouver. Les dossiers par rapport à la Cour de cassation qui sont au nombre de 9 sont conservés auprès du ministère de la Justice par exemple.

Quand on lit la liste des documents rendus publique, on se rend compte par un effet miroir que certains documents ne le sont pas. Les raisons avancées sont au nombre de quatre.

Des documents non communiqués 

Les documents peuvent ainsi être de nature à porter atteinte à la dignité humaine de certaines personnes, ces documents peuvent être de nature sensible, il s’agit ici surtout des plans des prisons où fut enfermé Papon. Ces documents sont de nature médicale et concernent des témoins qui n’ont pas pu se rendre au procès pour des raisons de santé. Dernière raison, les documents ne sont pas en possession des Archives nationales. L’on apprend donc que certains cabinets de ministres possèdent des dossiers sur cette affaire. Le cabinet Badinter en possède un, mais il n’est pas le seul. Ces documents devraient toutefois être remis prochainement aux Archives nationales.

Ainsi, il faut faire une demande pour consulter ces documents, ceci à cause du nombre de dossiers à gérer. Les demandes seront logiquement acceptées, mais il faudra aller sur place pour l’instant. L’on sait déjà qu’un avocat a fait une demande à titre personnel selon la directrice du service justice. Des soucis logistiques continuent de rendre difficile cette ouverture. Il est néanmoins possible de faire une demande directement sur le site des Archives nationales. Pour pouvoir faire une demande, il suffira de créer un compte sur le site. 

C’est sûrement ainsi que se termine une histoire qui dure depuis plus de 70 ans. Une histoire longue et terrible, qui a marqué son époque. A noter, une exposition est en cours au Archives départementales de la Gironde, au sujet de Maurice Papon. Comprendre l’histoire et la connaître, n’est certainement pas à moyen d’empercher sa répétition, mais cela permet de combattre les révisionnistes et les négationnistes de tout bord.

 

Visuel : Cette photographie provient du fonds André Cros, conservé par les archives municipales de la ville de Toulouse et placé sous licence CC BY-SA 4.0 par la délibération n°27.3 du 23 juin 2017 du Conseil Municipal de la Ville de Toulouse.

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