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Luc le Vaillant dans Libé : polémique mais nécessaire

Luc le Vaillant dans Libé : polémique mais nécessaire

09 décembre 2015 | PAR Clémence Charrier

Il y a deux jours est paru dans Libération un article devenu depuis extrêmement polémique, obligeant même le journal à présenter des excuses. En cause, un propos jugé raciste et sexiste, un comble pour le quotidien engagé pour des valeurs progressistes et humanistes. Mais la controverse n’est-elle pas le fruit d’une analyse légèrement superficielle d’un écrit qui élève sa réflexion à des considérations plus recherchées que l’on ne voudrait le croire ? Fustigé pour les tabous qu’il évoque, rejeté pour le ton qu’il emploie, l’article engage à bien plus qu’il ne le laisse paraître.

La chronique de Luc le Vaillant nous plonge dans son trajet de métro, au cours duquel il est face à une femme en noir, dont seul le visage est visible. Tout son exercice de style, et de fond, est basé sur la peur qu’elle invoque, notamment après les attentats dont a été victime Paris en novembre. Sa réflexion porte à la fois sur le port de l’abaya et sur les craintes stigmatisées qu’inspirent les extrémismes religieux. Double problématique très brûlante, évoquée par le prisme du ressenti personnel, et non pas d’un point de vue analytique. Mais si la chronique du journaliste a choqué, c’est avant tout parce qu’elle a été publiée dans un journal dit de gauche, et que les modes et choix d’expression de cette mouvance politique, au sens large, se refusent même la possibilité de briser des tabous qu’elle n’ose aborder par peur de trahir ses propres valeurs.

Il est certain que le ton adopté par Luc le Vaillant est provocateur, il se veut l’indicateur d’une controverse, certes, mais il est avant tout porteur d’une véritable question. Marquer les esprits pour pousser à la réflexion. Seulement, la chronique n’a pas été vue de cet œil, et a plutôt provoqué des réactions outrées de la part de personnalités françaises, et même du journal qui a publié un communiqué pour se désolidariser de la parole de son journaliste. Et si le style peut paraître abject, il retranscrit pourtant une réalité. Cachée, mais existante. Que Luc le Vaillant utilise un vocabulaire plus que douteux pour parler des femmes, tout le monde en conviendra, sûrement lui le premier. Mais c’est aussi grâce à cela que le débat s’ouvre, s’amplifie, et en vient à développer des problématiques qui le dépassent presque.

A chacun son avis sur la laïcité, sur les femmes voilées, sur la stigmatisation. Il n’empêche que l’on a beau être le plus convaincu au fond de soi, et ce, de façon sincère, que la stigmatisation des populations n’apporte rien de bon, qu’elle gangrène même la société, que c’est un fléau à combattre à tout prix, après les attentats du 13 novembre, personne ne peut se targuer de n’avoir eu aucun préjugé à la vue de quelqu’un portant des signes très ostentatoires de sa religion. C’est un simple réflexe humain. C’est de ne pas en parler qui le consacre. Si l’on veut combattre ces comportements, mieux vaut les comprendre que les nier. Il est certain que pour qui se considère ouvert d’esprit, ouvert à autrui, à l’altérité, préjuger d’un potentiel comportement d’une personne sans la comprendre en premier lieu paraît absurde. Et pour cause. On aimerait croire à une tolérance fondamentale, qui ne s’habille d’aucun apprentissage. Mais ceux qui croient encore à une ouverture d’esprit universelle et innée ne servent que ce qu’elle combat : l’ignorance.

Se placer face à ses propres contradictions n’est pas chose aisée. Et Luc le Vaillant l’expérimente à ses dépends. Parler du problème démocratique, laïque, et féministe que suppose le port d’un habit couvrant le corps des femmes ne signifie pas rejeter une religion, rejeter des femmes, ni rejeter une croyance. Se poser des questions à propos des signes qui peuvent s’apparenter à une privation de liberté n’est pas un aveu d’intolérance, c’est un sursaut de notre propre liberté assumée. Comment ne pas réagir face à ce qui ressemble à une aliénation si l’on considère son acceptation acquise pour et par tous au sein d’une société qui n’a de cesse de clamer sa propre liberté ? Lorsque Luc le Vaillant écrit « Arborer ces emblèmes sinistres revient à balancer un bloc d’abîme fondamentaliste sur l’égalité homme-femme, sur les libertés publiques et sur l’émancipation de l’individu. Ce qui est son droit le plus strict, même si je le juge inique. » il exprime une considération essentielle au débat sur le port du voile. La même qu’avait exposée Elisabeth Badinter dans son « Adresse à celles qui portent volontairement la Burqua » : est-ce une expression ou finalement un rejet de l’un nos droits les plus stricts, à savoir la liberté ?

C’est de tout cela que parle la chronique qui fait tant polémique, à travers les mailles de son style facilement détestable. Voir ces propos comme racistes et sexistes est aussi jouer le jeu des extrémismes en associant chaque remarque sensible à un affront de taille à l’encontre de la tolérance. En refusant de considérer les sujets qui fâchent comme problématiques, les bien pensants les laissent aux mains des mouvances bien plus radicales qui construisent ce qui constitue alors la seule réponse existante autour des piliers de la peur et du rejet de l’autre.

VISUELS : © creative commons

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Clémence Charrier

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