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L’interview confinée de Robin McKelle : « je voudrais faire plus pour aider les gens. »

L’interview confinée de Robin McKelle : « je voudrais faire plus pour aider les gens. »

04 avril 2020 | PAR Geraldine Elbaz

À la rédaction, une idée a surgi dans les boucles de mails : faire parler des artistes, leur demander « comment ça va ? » et comment ils vivent leur confinement, ce que cela provoque en eux. Aujourd’hui, la chanteuse de jazz et compositrice américaine Robin McKelle nous répond.

Son dernier album Altérations, sorti le 14 février 2020 est un florilège jazzy de chansons écrites par des femmes à qui elle a choisi de rendre hommage. Confinement oblige, sa tournée est reportée avec une date très attendue en septembre 2020 pour un concert exceptionnel au New Morning.

Comment ça va ?

Ça va, je reste positive, j’essaie de faire des choses normales. Dans ma vie, il y a la musique, le sport et en ce moment, je fais beaucoup la cuisine. On verra ce que cela donnera à la fin car je fais plus de cuisine que de sport (rires) mais tant que j’arrive à rentrer dans mes jeans, ça va! (Rires) La situation que l’on vit est difficile bien sûr, il y a des jours avec et des jours sans, mais il y a des choses plus graves que de devoir rester chez soi je pense et je relativise.
Je suis restée à Paris car j’étais en tournée. Ma famille est à New-York.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes-vous totalement confinée ?

Je suis les directives bien sûr mais je sors pour respirer, pour changer d’air. Je fais du jogging, c’est bon pour le mental. Je fais des courses aussi, mais comme aux USA, c’est-à-dire une fois par semaine, pas tous les jours comme j’ai pu le voir ici. En France, j’ai l’impression que le confinement est mieux organisé qu’aux Etats-Unis, le Président s’adresse à tous les Français, et puis vous avez le chômage et la sécurité sociale. Aux USA les règles varient selon les Etats.

Quelles sont vos routines pour diminuer l’angoisse ?

Quand je ne suis pas en tournée, j’aime bien être chez moi, je fais de la musique. Mais là, le fait de ne pas pouvoir sortir, c’est angoissant. Je fais du sport tous les jours, je suis des cours en ligne de coachs américains que je connais à New-York. Tous les jours, il y a de nouveaux cours et grâce aux vidéos, aux technologies modernes, on a l’impression d’être ensemble, on reste connectés les uns aux autres. Je parle aussi avec ma famille, ma soeur et mes parents qui sont aux USA, c’est un privilège. Ils m’ont d’ailleurs fait remarquer que nous n’avions jamais autant parlé que depuis le confinement. (Rires) Evidemment j’écoute aussi beaucoup de musique et je joue du piano, je chante. Je fais des vidéos que je poste sur les réseaux sociaux. Avec la musique, on peut toucher les gens, les émouvoir, les motiver, changer leur vie même, c’est très puissant. Les femmes qui m’ont inspirées pour mon dernier album, comme Billie Holiday par exemple, me donnent la motivation pour continuer et rester positive même dans des situations difficiles. Les difficultés qu’elles ont vécues pour certaines, dans d’autres contextes étaient plus graves, cela me permet aussi de relativiser. Mon grand-père a fait la guerre, nous, on nous demande de rester chez nous dans le canapé.

Est-ce que vous écoutez les infos ?

Oui, tous les jours et plusieurs fois par jour. Je regarde les infos en français pour suivre l’actualité en France et puis CNN. Au tout début je regardais même les infos en continu mais j’ai très vite vu que c’était très mauvais pour le mental alors j’ai arrêté.

Le truc le plus incongru que vous ayez fait pour vous occuper ?

Je passe souvent devant mon frigo et les placards de ma cuisine, je les ouvre, je regarde ce qu’il y a dedans et puis je referme. (Rires) Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Parfois aussi, j’attrape le pot de beurre de cacahuètes, juste pour une cuillère et ça va mieux. Max une fois par jour ! (Rires)

L’activité que vous avez découverte ?

J’ai téléchargé l’application Houseparty, quand je vois mes amis connectés, j’aime lire « in the house » sur mon téléphone.
Je me suis aussi mise à la couture, j’ai tenté de faire des ourlets à la main sur un pyjama trop grand, le tissu était trop fin, on voyait mes reprises et j’ai dû tout défaire. Du coup j’ai commandé sur internet un kit spécial pour tout refaire ! (Rires)

Comment aimeriez-vous que le monde change après ?

J’aimerais voir les gens changer en mieux, avec plus de compassion, plus de générosité. Nous devons aider les plus vulnérables. Même si nous ne sommes pas malades, nous devons rester à la maison pour les autres et je pense que cela nous enseigne une belle leçon. J’ai l’impression que nous vivons dans un monde brisé où la colère, la haine, l’avarice sont trop présentes. Nous devons penser à ceux qui sont en première ligne, ceux qui continuent de travailler en risquant leurs vies. Ma sœur est infirmière aux urgences de NYC, elle travaille sans relâche. J’ai à la fois beaucoup de gratitude et de peur pour elle, et pour la profession en général.
Ce qui se passe tous les soirs en France à 20h, les applaudissements, ça me fait pleurer, chaque soir, c’est magnifique, très émouvant. J’espère vraiment que ces moments forts changeront le monde, que les gens n’oublieront pas.

Êtes-vous optimiste ?

Certains jours oui, d’autres moins. Dans l’ensemble, je reste confiante mais je me demande aussi comment nous ressortirons de tout ceci. Je suis ce qui se passe au jour le jour. Je voudrais faire plus pour aider les gens et c’est pour cela que j’essaie à ma manière de contribuer avec ma musique, ou de partager des recettes, des blagues sur les réseaux. J’aimerais beaucoup faire quelque chose avec des artistes de jazz du monde entier, comme une chanson, une vidéo.

Visuel : ©Robin McKelle

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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