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L’interview confinée de Marie Cozette : « Que la culture reste importante dans l’action publique »

L’interview confinée de Marie Cozette : « Que la culture reste importante dans l’action publique »

05 mai 2020 | PAR Laetitia Larralde

Marie Cozette, directrice du CRAC Occitanie de Sète, s’est prêtée au jeu de l’interview confinée pour un portrait entre art et littérature.

Comment allez-vous ?
Je vais bien, j’ai la chance d’être en bonne santé, de vivre cette période hors normes avec mon compagnon et ma fille, d’être dans un endroit et une ville que j’aime.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes-vous totalement enfermée?
Je sors très peu, moins d’une fois par semaine.

Quelles sont vos routines culturelles pour diminuer l’angoisse ?
Je lis.
Beaucoup de littérature de femmes ou de théorie féministe. Cela me fait du bien. Ces dernières semaines, j’ai lu entre autres des ouvrages de Goliarda Sapienza, Silvia Federici, Mary Barnes, Monique Wittig…

Quels projets ont été repoussés ou suspendus ? Jusqu’à quand ?
Au Crac nous venions d’inaugurer l’exposition Qalqalah (voir notre article) : plus d’une langue, une exposition collective magnifique autour des questions de traduction, de rapports de domination entre les langues, de leur mode de circulation, d’apprentissage. L’exposition parle aussi de silence et d’écoute, d’une manière très poétique, grâce au travail d’orfèvre des deux commissaires, Victorine Grataloup et Virginie Bobin.
C’est une exposition importante, qui a demandé un travail de recherche conséquent de la part des commissaires. Je suis heureuse que nous puissions la prolonger jusqu’au 6 septembre.
Les deux expositions personnelles prévues initialement cet été ont été décalées : nous ouvrirons à l’automne les expositions de l’américain Than Hussein Clark et de l’artiste italien Luigi Serafini, sous le commissariat de Marie de Brugerolle.
Nous avons dû annuler l’exposition de la photographe Marion Gronier qui avait lieu dans le cadre du festival ImageSingulières, festival de photo documentaire à Sète, qui a dû comme tant d’autres être annulé.

Quel est l’impact du confinement sur votre musée ?
Le centre d’art est fermé et nous continuons à garder le contact avec les artistes, les équipes, les partenaires en travaillant comme tout le monde à distance. Nous avons la chance de ne pas être dépendants de fonds privés ou de recettes propres : le CRAC est un lieu entièrement gratuit, géré par la Région Occitanie, avec le soutien du Ministère de la Culture – DRAC Occitanie. Cela nous donne, tout au moins pour l’année en cours, une forme de stabilité.

Avez-vous mis en place des nouvelles façons de partager les collections et expositions du musée avec le public ?
Comme tout le monde, nous utilisons les ressources numériques pour accompagner autrement l’exposition en cours, par exemple avec des conseils de lecture. Les commissaires de l’exposition ont lancé en avril la plateforme éditoriale qalqalah.org qui permet un prolongement passionnant de l’exposition avec des interviews, des fictions, des textes théoriques.
Nous proposons également de plonger dans les archives visuelles des expositions du Crac depuis plus de 20 ans.

Pensez-vous que le confinement aura des répercussions sur la création artistique contemporaine ?
C’est certain, mais je manque de recul pour répondre à une telle question et imaginer avec clairvoyance le futur. Ce dont je suis certaine, c’est qu’il va falloir être d’autant plus solidaires et attentifs les uns aux autres.

Pour passer à des sujets plus légers, quel est le défaut qui s’est révélé dans les premiers jours du confinement ?
Réaliser que je suis une piètre institutrice. Heureusement, ma fille est très indulgente.

La chose la plus incongrue que vous ayez faite pour vous occuper ?
Lire La peste de Camus.

L’activité que vous avez découverte ?
Monter à pied en haut du mont Saint Clair, la colline qui surplombe la ville de Sète et qui offre une des plus belles vues sur la Méditerranée que je connaisse.
Je vis au pied du Mont Saint Clair depuis un an et demi, mais je n’avais jamais pris le temps de faire à pied ce chemin (très escarpé). C’est une bonne manière de prendre un peu de hauteur, au sens propre comme au sens figuré.

Quels sont vos espoirs et envies pour l’après confinement ?
Que la culture reste importante dans l’action publique et que nous prenions soin des artistes et des œuvres, au moins autant si ce n’est plus qu’avant, car ils sont notre sève.

visuel : © CRAC Occitanie

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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