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L’essai Racée de Rachel Khan lauréat du Livre politique

L’essai Racée de Rachel Khan lauréat du Livre politique

11 juillet 2021 | PAR Orane Auriau

Rachel Khan a reçu ce samedi 3 juillet un prix pour son dernier ouvrage, à l’occasion de la 30e édition de la Journée du livre politique, organisée à l’Assemblée nationale. Un ouvrage qualifié de polémique dans notre débat public.

Les invités de la cérémonie

Parmi les finalistes concurrents de Rachel Khan, Gérald Bronner était en lice pour son livre Apocalypse cognitive, avec Raphaël Llorca pour La Marque Macron

Caroline Fourest présidait les membres du jury cette année ; une écrivaine aussi éditorialiste, réalisatrice et cofondatrice de la revue ProChoix. On peut néanmoins s’interroger sur la présence d’Eugénie Bastié, journaliste mais surtout polémiste d’extrême droite, finaliste du prix étudiant du livre politique. Mais ce qui pose véritablement question est la rhétorique employée lors de l’événement et le ton donné par ses organisateurs. 

Une rhétorique délicate

C’est au milieu des dorures et des moulures d’une prestigieuse salle de l’hôtel Lassay, que Rachel Khan s’est insurgée contre ceux qu’elle nomme les « intersectionnels », les partisans de la pensée « décoloniale ». Dénonçant les dangers, sans la nommer, d’une gauche qui chercherait à tout prix à catégoriser, « raciser », « séparer » les citoyens. Elle évoque ceux qui se définissent en tant que « racisés » comme porteurs d’un discours victimaire. De manière générale, elle dénonce « l’idéologie woke« , les réunions non mixtes, qu’elle est moins prompte à critiquer lorsqu’il s’agit d’une assemblée sans diversité qui l’applaudit au sein de cette remise de prix.

« Racée »

D’aucuns s’interrogeront sur la cohérence des discours qui ont entouré la remise du prix de ce livre. Mais surtout les propos de ceux qui le défendent. Eugénie Bastié s’est rendue au pupitre, pour valider le discours de Rachel Khan contre la « gauche identitaire ». Caroline Fourest a félicité Rachel Khan en dénonçant à son tour les dangers du « wokisme » . Un terme fortement connoté et utilisé par l’extrême droite. 

Ces concepts et mots dénoncés ont pourtant été développés par des sociologues ou penseurs pour poser une réalité sur ces exclusions, oppressions que subissent certaines minorités sur des territoires donnés. Il s’agit d’outils de réflexion pour penser une identité subie dans un contexte géographique précis, le terme ayant été pour la première fois utilisé par la sociologue Colette Guillaumin en 1972. Mais que penser de cette interprétation du mot « racisé », ou encore de Fourest qui semble pousser le paradoxe jusqu’à signifier que l’antiracisme peut mener au racisme ? Cette remise de prix a donné un ton pour le moins particulier, les voix qui se sont faites entendre disant prôner la diversité, tout en pestant contre des concepts forgés pour la défendre. L’argument reposait principalement sur la fait que la République est par essence une, indivisible et égalitaire ; les arguments sont allés jusqu’à amalgamer la pensée raciste d’extrême droite à celle de la gauche intersectionnelle. 

 

Un contexte politique particulier

Ces arguments et cette rhétorique, nous avons pu la retrouver, dans ce contexte politique particulier, dans les déclarations de certains membres du gouvernement – on se rappelle de la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, qui dénonçait récemment « l’islamo-gauchisme » gangrénant supposément le milieu universitaire. Le député LREM Florian Bachelier, présenté dans l’éditorial du prix littéraire, y déclare que « Sous couvert de féminisme, on développe les réunions non mixtes. Sous couvert de déconstruction du colonialisme, on demande à l’homme blanc de s’excuser ». Regrettant ainsi que « Sous couvert de défense de lutte contre le racisme, on interdit à des acteurs de se grimer en noir […] ». 

Une cérémonie du prix politique pour le moins politisée, et qui permet d’apercevoir une fracture croissante entre deux points de vue en guerre sur ce que sont nos valeurs clés de diversité, d’égalité et de savoir. 

On félicitera les autres lauréats du concours, la dessinatrice Coco pour le prix de la BD politique avec son œuvre Dessiner encore, mais aussi Pascal Ory pour le prix des Députés avec son essai Qu’est-ce qu’une nation ?.

 

Crédits visuels © : 30e Journée du livre politique

Crédits visuels © : Édition de l’Observatoire                            

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Orane Auriau

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