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Les Ukrainiens sont venus nous parler à L’Odéon-Théâtre de l’Europe

Les Ukrainiens sont venus nous parler à L’Odéon-Théâtre de l’Europe

23 mars 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

L’Odéon de Stéphane Braunschweig avec la complicité de Lucie Berelowitsch a invité un bout de la culture ukrainienne en solidarité avec un peuple et dans un  emblématique refus de l’anéantissement que les troupes russes voudraient emporter

L’Odéon-Théâtre de l’Europe

L’Odeon n’a jamais aussi bien porté son nom de théâtre de l’Europe. Le monde du théâtre, artistes et spectateurs, s’est regroupé ce lundi soir pour une soirée caritative. La salle était comble. Les recettes seront intégralement reversées aux actions en soutien aux populations touchées par la crise en Ukraine.

Les mots de Stéphane Braunschweig :

En signe de solidarité avec les victimes de l’invasion russe en Ukraine, avec les artistes et le peuple ukrainiens qui risquent leur vie pour défendre leur liberté, le drapeau ukrainien flotte sur la façade de l’Odéon-théâtre de l’Europe. Nous sommes solidaires également de ceux qui, en Russie, osent s’opposer à la guerre, et refusent de voir leur pays se mettre au ban des nations et se refermer pour longtemps sur lui-même.

La soirée fut introduite par Mme Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français qui rappela combien la culture est vivante en Ukraine et combien les échanges avec la France sont nombreux et fructueux. Combien la création théâtrale ne doit cesser. Puis Mme Delphine Borione, ambassadrice pour les droits de l’Homme, a rappelé l’horreur de cette guerre d’anéantissement voulue par Poutine. Elle a évoqué dès le début de son discours le massacre de Babi Yar où 33 771 Juifs furent tués dans le cadre de la Shoah ukrainienne par balles et dont le mémorial a failli être détruit récemment par les bombes russes. Ainsi elle posait le seul sens de l’équation, en nommant le fasciste de Moscou, en désignant les victimes ukrainiennes. Elle expliqua que déjà des preuves sont collectées pour un futur procès de Nuremberg qui aura lieu contre Poutine et sa meute. 

Mauvaises Routes

Imaginée par Lucie Berelowitsch, directrice de Centre Dramatique Nationale de Normandie-Vire, la soirée fut axée autour de la lecture de la pièce de Natalka Vorojbyt, Mauvaises routes, inédite en France.  

Ecrite en 2016, la pièce vient d’obtenir le prestigieux Prix Taras-Chevtchenko et paraitra le 5 mai 2022 aux Editions l’Espace d’un instant. Les événements se déroulent durant la guerre du Donbass opposant le gouvernement ukrainien à des séparatistes pro-russes et à la Russie. Ayant commencé en 2014, dans le cadre du conflit russo-ukrainien et se déroulant dans l’Est de l’Ukraine principalement au Donbass, cette guerre qui a causé plus de 13 000 morts et le déplacement de près de 1,5 million de personnes, est un avant gout amer de l’actuelle invasion. 

La lecture dirigée par Lucie Berelowitsch et merveilleusement interprétée -on y a reconnu Thibault Lacroix, Tiphaine Raffier ou encore Chloé Rejon- a déplié toute la férocité du texte. Mauvaises routes raconte six histoires sur les relations entre les hommes et les femmes, sur les routes déglinguées du Donbass en guerre. La pièce s’appuie sur des témoignages réels réunis par l’autrice.  Les sépar (séparatistes russes) infusent une peur sourde sur le quotidien d’ukrainiens si proches de nous. A cote de cette peur une violence intime semble s’être inscrite sur ce peuple si européen, si démocratique, si occidental mais qui depuis la famine (l’holodomor) de 1933 orchestrée par les soviets, affronte un impérialisme qui fut communiste pour devenir oligarchique et libérale, un fascisme héritier du KGB et qui refuse de renoncer à la grande Russie.

La pièce souvent très drôle, enseigne. Elle raconte le choc du discours fasciste.

Extrait entre un militaire russe et sa captive ukrainienne :

Lui  — T’es libéraste ? Les gay-prides et tout ça ?
Elle — Les homos et les Juifs ne m’ont rien fait de mal.
Lui  — C’est à cause d’eux que tu es là. Tu crois que c’est une question de sexe? Mais qu’ils baisent comme ils veulent. Ce n’est pas une question de sexe mais de pouvoir, de domination mondiale. Sous la belle couverture des « valeurs européennes », ils déclenchent des guerres, divisent des peuples frères pour affaiblir l’influence de ceux qui défendent de vraies valeurs, telles que la famille, la foi, l’égalité sociale…

Dakh Daughters

La soirée se termina sur un récital des Dakh Daughters suivi de DakhaBrakha. Le groupe Dakh Daughters de sept musiciennes et comédiennes aujourd’hui réfugiées à Vire avait collaboré avec Lucie Berelowitsch pour sa mise en scène d’Antigone. Elles ont repris les chansons extraites du spectacle. Membre du collectif du Théâtre Dakh elles préparent avec Lucie Berelowitsch une adaptation libre des géants de la montagne de Pirandello. 

La soirée a fini tard. Elle fut une succession de ravissements et de colères inconsolées. En point d’orgue, à l’issue de la projection de la vidéo créée par le président Zelensky pour le congrès américain et présentant la situation, les 800 spectateurs de l’Odéon se levèrent pour une minute de silence.

Ce lundi soir l’Ukraine connaissait son 24e jour de guerre. 

Crédit Photo  ©Théâtre de l’Odéon

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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