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Leçon inaugurale de Patrick Boucheron au collège de France

Leçon inaugurale de Patrick Boucheron au collège de France

21 décembre 2015 | PAR Clémence Charrier

Patrick Boucheron, historien spécialiste du monde médiéval, particulièrement des problématiques du pouvoir en Italie, est entré au Collège de France récemment. Sa leçon inaugurale s’est tenue jeudi 17 décembre 2015, et n’est pas passée inaperçue.

C’est en effet une véritable leçon que nous a donné Patrick Boucheron. Loin de se cantonner à un certain conformisme académique que l’on aurait pu attendre de lui, étant donné l’institution concernée, le nouvel arrivant s’est éloigné de la teneur traditionnelle du discours, nous montrant ainsi le virage qui est en train de s’opérer, et dont il semble l’initiateur. En effet, son discours, long d’un peu plus d’une heure, tend à dégager une visée bien plus englobante de l’histoire dont il est le représentant. Alors que le Collège de France apparaît comme une entité presque à part, un cercle fermé, renfermé sur lui-même et sa propre satisfaction intellectuelle, Patrick Boucheron lui rend son identité. Une identité qui englobe son dessein, qui se développe dans ce qu’elle étudie, acceptant ses enracinement dans un monde qui la construit.

C’est de cette façon qu’il a évoqué son sentiment après le 13 novembre par exemple. Mais il ne se contente pas de narrer son ressenti, son propre parcours intellectuel et émotionnel suite à la catastrophe. Il en tire également des enjeux, des implications, prouvant ainsi son rapport si proche au monde qu’il étudie à travers l’histoire. « Et que ceux qui se flattent de leur désespérance en tenant boutique de nos désarrois, ceux qui s’agitent et s’enivrent aux vapeurs faciles de l’idée de déclin, ceux qui méprisent l’école au nom des illusions qu’ils s’en font, tous ceux qui, finalement, répugnent à l’existence même d’une intelligence collective, que ceux-là se souviennent de ces jours. Car la littérature y fut aussi, pour beaucoup, une ressource d’énergie, de consolation et de mobilisation. » dit-il.

Ainsi, Patrick Boucheron démontre ici un certain engagement, moins politique que véritablement humaniste, finalement historique dans son sens. L’histoire, justement, il n’a de cesse de nous faire comprendre à quel point elle nous est nécessaire ; que ce soit par la justesse de ses remarques dont on sait qu’elles sont conditionnées par sa formation, ou bien tout simplement en nous l’expliquant. Extrait : « Nous avons besoin d’histoire car il nous faut du repos. Une halte pour reposer la conscience, pour que demeure la possibilité d’une conscience — non pas seulement le siège d’une pensée, mais d’une raison pratique, donnant toute latitude d’agir. Sauver le passé, sauver le temps de la frénésie du présent : les poètes s’y consacrent avec exactitude. Il faut pour cela travailler à s’affaiblir, à se désœuvrer, à rendre inopérante cette mise en péril de la temporalité qui saccage l’expérience et méprise l’enfance. « Étonner la catastrophe », disait Victor Hugo, ou avec Walter Benjamin, se mettre en travers de cette catastrophe lente à venir, qui est de continuation davantage que de soudaine rupture. » Intelligence, finesse, justesse, mesure et sensibilité : Patrick Boucheron, ou la plus belle promesse du Collège de France.

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Clémence Charrier

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