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Le VIH en Afrique : « la tendance globale va dans le bon sens »

Le VIH en Afrique : « la tendance globale va dans le bon sens »

01 décembre 2015 | PAR Marie Boëda

Mardi 1er décembre, journée mondiale de la lutte contre le VIH, Pierre Mendiharat, responsable des programmes VIH pour MSF évoque pour Toute La Culture la situation aujourd’hui en Afrique.

Quels pays sont les plus touchés ?

Les pays les plus touchés sont les pays de l’Afrique Australe (Afrique du Sud, Botswana et Namibie). Sur 35 millions de personnes atteintes du VIH dans le monde près de 3/4 vivent en Afrique et surtout en Afrique Australe. Mais il y a un cas exceptionnel, le Nigeria, où 4% des personnes vivent avec le VIH (principalement dans le Sud). Le pays est très peuplé et l’accès au traitement est difficile. Aujourd’hui c’est probablement le pays où il y a le plus de personnes qui vivent avec le VIH sans être traitées.

Quelles sont les meilleures pratiques pour lutter contre le VIH ?

Ce sont les mêmes qu’en France, c’est-à-dire qu’aujourd’hui il y a un traitement qui est facile à prendre et qui est très efficace : 1 pilule par jour et peu d’effets secondaires. Si vous la prenez assez tôt, si vous avez été dépisté tôt, votre espérance de vie sera la même que le reste de la population. En plus si le traitement est bien pris on n’est plus contagieux. En Afrique, les traitements de première ligne sont accessibles mais une prise par intermittence ou ancienne développe des résistances ce qui demande des médicaments de dernière génération, ceux-là le sont moins.

Quelle est la population la plus touchée ?

En Afrique, il est communément dit que c’est une épidémie généralisée et le gros de la transmission se fait au sein des couples hétérosexuels donc c’est la population générale qui est touchée. Maintenant il y aussi des catégories de population plus touchées, les mêmes qu’en Europe : prostitués, homosexuels, usagers de drogue par voie injectable. Il faut rappeler que même si 70% des personnes atteintes se trouvent en Afrique (chiffre Onusida 2013), le VIH progresse plus, en proportion évidemment, au Maghreb et en Europe de l’Est.

Et les jeunes femmes ?

Il y a beaucoup de difficultés avec les adolescents et les adolescentes en particulier. Ils ne sont pas plus touchés que le reste de la population, le problème c’est l’âge à partir duquel on commence à être contaminé et les jeunes adolescentes sont plus contaminées que les jeunes adolescents. Les femmes sont plus vulnérables que les hommes au VIH car la nature de l’acte sexuel fait que le rapport réceptif vous met plus en risque. C’est d’ailleurs pour ça que les homosexuels sont plus touchés. Il est compliqué pour les adolescents de fréquenter les centres de soin mais aussi d’envisager sereinement un traitement contre une MST au moment où on découvre sa sexualité. 

Les homosexuels ont-ils accès aux soins ?

Non, à part pour l’Afrique du Sud, dans la plupart des pays africains, il y a une législation anti homosexualité et un sentiment homophobe assez répandue. Il est donc très dur pour les homosexuels de se présenter en tant que tel, c’est alors plus difficile de faire de la prévention voire impossible puisque par obligation, la plupart des homosexuels se cachent.

Que pensez-vous du rapport Onusida qui préconise des actions ciblées, passer du global au local ?

L’action doit être adaptée au pays, au contexte, à la population qu’on vise. Il y a par exemple les populations de pêcheurs qui, pour des raisons qui tiennent à leur mode de vie, sont plus touchées et n’ont pas accès aux soins.

Le traitement PrEp dont on parle actuellement doit-il être utilisé en Afrique ?

C’est une question à laquelle il n’y a pas encore de réponse car les essais cliniques ont été faits principalement en Europe et aux Etats-Unis. Le PrEp consiste à prendre le traitement quand vous êtes séronégatif pour ne pas devenir séropositif. En Afrique, ce n’est déjà pas très facile pour les séropositifs d’accéder aux traitements, il faut donc cibler des personnes à risque qui doivent comprendre qu’elles sont très à risque. Le prix sera abordable car il existe un générique.

Une note d’espoir ?

Beaucoup de progrès ont été faits dans les ministères de la santé. Les résultats globaux sont encourageants. Le nombre de nouvelles infections diminuent et surtout avant tout le monde en mourrait aujourd’hui, grâce aux traitements des millions de séropositifs ne meurent pas du VIH. La tendance globale va donc dans le bon sens. Théoriquement si on met tout le monde sous traitement demain la transmission s’arrêtera. La seule chose qui pourrait réellement régler la question ce serait un vaccin mais malheureusement il n’y a pas de perspectives à court terme.

Le SIDA, Objet Culturel
[Interview] : Emilie Seck, chargée de la prévention à Solidarité Sida
Marie Boëda

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