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Le SIDA, Objet Culturel

Le SIDA, Objet Culturel

01 décembre 2015 | PAR David Rofé-Sarfati

Laurent Gourarier est psychiatre, ancien chef de clinique en Médecine Interne, praticien à La Terrasse, Hôpital Blanche. Nous lui avons demandé en quoi le SIDA est un objet culturel.

Le sida est aujourd’hui en partie débarrassé des fantasmes de son origine. Le substantif Sida circule avec moins de tabou.  Il est présent, moins caché. En même temps la dangerosité de la maladie semble ignorée, la prévention recule.  Le film Angels in America vient d’être repris dans une adaptation merveilleuse au théâtre de l’Aquarium, preuve que le sida est un fait culturel et qu’il nous reste encore des choses à en penser  En tant que psychiatre, pensez vous que le Sida est  devenu un simple signifiant allégé de sa charge mortifère.

Par l’épidémie de sida, nous avons appris que le progrès technique en médecine ne nous préservais pas du Mal, voire qu’il pouvait, par la transfusion détournée , la réutilisation du matériel d’injection etc  nous y précipiter … Cela laisse des traces avec les vagues d’angoisse  sur les prions (vache folle) les mutations du virus de la grippe, puis les vaccins et ça n’est peut être pas fini..

Nous avons réalisé que la guérison n’était pas l’éradication des germes. Et que drogués, homosexuels, hémophiles et habitants des antipodes étaient nos semblables, fait de la même pâte, ravivant les plus violentes discriminations …

Cela reste la plus actuelle représentation des grands fléaux envoyés sur la terre des hommes pour les punir. Et quoi qu’on puisse progresser en « domestication » des virus. : Pas seulement le VIH,  les virus des hépatites, des herpès etc. C’est ce revers là qui fait briller la médaille.

Dans votre clinique vous rencontrez des malades qui ont le Sida entre autres symptômes,  des femmes droguées en particulier. Comment le Sida s’inscrit dans la vie d’un malade affrontant d’autres pathologies : addiction au drogues, maladies infectieuses,

Pas de généralités la dessus. Les psychiatres des hôpitaux sont des médecins publics.  Ils sont par essence du côté du traitement et de la norme sociale. Pourtant, il arrive parfois que des personnes qui se croient ou se croyaient condamnés et solitaires « abandonnés » se servent de la place que nous leur faisons pour transformer leur histoire en récit et se réapproprient « leurs » maladies. Comment un enfant peut il comprendre qu’elle ou qu’il n’était pas attendu ou pas comme « ça »? Le passage par la case « n’importe quoi » peut être parfois initiatique quand il se raconte et rencontre le langage. Il peut aussi cacher la différence de celle ou de celui qui va passer du roman familial (ou communautaire) au délire construit.

En tant que médecin  addictologue et de psychiatre, comment s’articule votre clinique ? Pour vous, qu’est ce que cela veut dire soigner le sida?

Je crois avoir profité d’un malentendu. Les jeunes parisiens qui s’injectaient de l’héroïne dans les années 70/80 avaient la réputation de suicidaires affectionnant le danger et le sacrifice. Avoir prétendu leur rendre le pouvoir de consommer des drogues quand ils le décidaient à changé beaucoup de choses. C’était un semi-mensonge mais qui a permis à beaucoup de découvrir l’ambivalence et l’indétermination. Ça n’a l’air de rien mais cela est l’essentiel de notre condition d’homme. En cela la civilisation et la culture ne chute pas ici, même et au contraire au milieu de ces malades.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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