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Le Palais de la Porte dorée « part en live » !

Le Palais de la Porte dorée « part en live » !

25 juin 2020 | PAR Julia Wahl

Le Palais de la Porte dorée a proposé au journaliste Renaud Dély d’animer des tables rondes numériques sur l’impact de la crise sanitaire sur les migrations et la vie des migrants. Hier soir, c’était au tour de l’anthropologue Didier Fassin, de Luc Ginot, directeur de la Santé publique à l’ARS Ile-de-France et de Carine Rolland, médecin-généraliste et membre du Conseil d’Administration de Médecins du Monde, d’intervenir sur la question suivante : « Migrants et Covid-19 : tous égaux face au virus ?« .

Un stigmate originaire

La crise du Covid-19 semble avoir permis de rendre  visibles les difficultés d’accès aux soins des populations immigrées. La question que se propose donc d’étudier aujourd’hui Renaud Dély est de savoir s’il s’est agi là, pour les migrants, d’une crise particulière, ou si la pandémie aurait simplement servi de révélateur de cette grande précarité.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Didier Fassin a tenu à rappeler que la spécificité des migrants tient avant tout à la stigmatisation dont ont font l’objet les populations immigrées. Cela a été le cas des Chinois en France dès le début de la pandémie, puis des Italiens. Preuve que cette bouc-émissarisation serait un processus inhérent aux grandes épidémies, ce sont en Chine les populations africaines qui auraient été mises au ban, alors même que le virus venait de Chine, et non d’Afrique.

Une situation extraordinaire ?

De son côté, la médecin Carine Rolland a souligné « l’ultra-précarité » des migrants, dont un tiers est des enfants. Absence de toit, difficulté d’accès aux soins et à l’alimentation… Les migrants vivent dans une zone de non-droit, rendue visible en partie par le fait que, « quand tout le monde était chez soi », ils n’avaient d’autre choix que d’être à la rue. Si la situation est extraordinaire, c’est donc d’abord dans la multiplication de ces marqueurs de précarité, qui nécessite une prise en charge sanitaire particulière. Peut-être est-ce le moment de rappeler le cri d’alarme lancé par les associations de défense des immigrés (LDH, Cimade…) lors du confinement, notamment sur la situation des Centres de Rétention Administrative, à l’origine d’un appel à manifestation le samedi 20 juillet. 

L’autre exception majeure est bien entendu cette pandémie d’une ampleur extraordinaire, à l’origine d’un confinement plus ou moins soutenu selon les pays. Il a alors fallu « adapter les mesures de prévention aux conditions de vie réelles », d’après Luc Ginot, qui égraine les mesures sociales dont la crise serait à l’origine : la baisse du nombre de détenus (avec un taux d’occupation des prisons en-deçà de 100% pour la première fois depuis longtemps), la réduction des délais d’obtention des droits sociaux, l’ouverture de centres d’hébergement… La crise aurait permis de faire ces questions. Une analyse nuancée par Carine Rolland et Didier Fassin, qui ont rappelé les difficultés d’accès aux masques, à des points d’eau suffisants et aux possibilités de s’isoler. Ils craignent surtout ces mesures ne soient que conjoncturelles.

Et après ?

Carine Rolland prend ainsi l’exemple du prolongement, jusqu’au 10 juillet, de la trêve hivernale, et craint que cette date ne soit synonyme de mise à la rue de nombreuses personnes. Après avoir rappelé que « la logique de Santé publique part du principe que, si tous peuvent se soigner, mieux c’est pour tout le monde« , elle remarque que cette préoccupation devrait être celle des pouvoir publics et non des associations, répartition du travail qui serait due à « une absence de volonté politique de faire autrement ». Une réflexion accueillie avec un brin de malice par Renaud Dély, qui s’est tourné ainsi vers le représentant de l’ARS Ile-de-France : « La défaillance de L’État, c’est vous ! ». Des critiques accueillies évidemment avec des réserves par Luc Ginot qui indique pour sa part que les questions de la pauvreté et du logement seraient devenues « un champ crucial de la Santé et de l’ARS ».

L’essentiel des divergences a donc porté sur cette répartition des missions entre monde associatif et force publique, mais aussi sur l’éventuelle pérennisation des mesures sociales prises dans l’urgence. A débat à suivre, donc, sur lequel il est un peu tôt pour trancher.

 

Élargissant le débat au reste du monde, Didier Fassin a conclu en notant que l’épidémie avait entrainé « une très forte concentration sur nous-mêmes et un désintérêt de tout ce qui pouvait se passer dans le monde qui n’était pas le Covid, alors même que des migrants continuaient à se noyer en mer. »

Visuel : © Palais de la Porte dorée

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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