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Le harcèlement et les violences sexistes dans la téléréalité

Le harcèlement et les violences sexistes dans la téléréalité

26 avril 2021 | PAR Laura Rousseau

Depuis un peu plus d’une semaine, quatre candidates de téléréalité dénoncent le harcèlement moral et le sexisme dont elles ont été victimes lors du tournage de ces émissions.

Jeudi 15 avril, sur un live Instagram quatre candidates de téléréalité ont décidé de dénoncer le harcèlement moral dont elles ont été victimes au cours des tournages des émissions de NRJ12 : Les Anges de la téléréalité et Les Vacances des Anges. Angèle Salentino, Rawell Saiidii, Rania Saiidii et Nathanya Sion ont appelé au boycott de ces émissions avant de prendre ensemble un avocat et de porter plainte contre la société de production. Elles pointent du doigt le sexisme, le harcèlement, et la banalisation de la violence contre les femmes. Elles accusent également la production d’avoir protégé des participants violents envers les femmes.

La téléréalité : une culture du harcèlement ?

Le harcèlement dans la téléréalité a toujours existé depuis ses grands débuts. Des anciennes candidates l’ont souvent critiqué, longtemps après leur passage à la télévision, sans que cela ait un grand impact. Morgane Enselme, candidate de Secret Story saison 5, dénonçait dans une vidéo YouTube les conditions des tournages, et son expérience. Elle confiait que la production monte les candidats les uns contre les autres pour faire des séquences filmées choc et faire le buzz. Les quatre protagonistes de ces dernières semaines font le même constat. Angèle, Rawell, Rania et Nathanya ont mis en cause deux candidats emblématiques des Anges : Sarah Fraisou et Raphaël Pépin.

« J’ai l’impression que c’est la signature des Anges le harcèlement. J’ai l’impression que chaque année tout est mis en place, autant par les candidats que la prod, pour qu’il y ait une personne qui subisse de l’acharnement, parce que ça fait réagir les gens sur les réseaux et ça fait monter les vues », a déclaré Angèle, victime de ce harcèlement cette année.

Les quatre candidates multiplient les lives depuis quelques jours. Elles reçoivent du soutien de beaucoup d’autres participantes ayant assisté ou ayant vécu ce harcèlement. Pourtant certaines personnalités démentent l’existence de ce genre de comportement, soutenant que ce ne sont que des clashs, l’essence même des programmes de téléréalité. Mais entre clashs, disputes et harcèlement, il y a de grandes différences.

Sur le plateau de Touche pas à mon poste, Angèle Salentino répond à ces commentaires : « Un acharnement, ce sont plusieurs personnes qui vont s’en prendre à une seule candidate et qui vont la pousser psychologiquement à bout. Cela se produit à travers des humiliations et des insultes. Dans mon cas, on m’a balancé du produit ménager sur le visage, on m’a traité de pute et de salope, on a menacé de me frapper ».

Misogynie et sexisme ambiant

Nous nous rendons rapidement compte que la grande majorité des personnes harcelées sur les tournages de téléréalité sont des femmes : Aurélie Preston, Angèle Salentino, Julie Ricci, Sarah Van Elst, Martika, Morgane Enselme… Parmi les harceleurs, nous retrouvons deux hommes déjà accusés de violences physiques sur leur partenaire.

Sur le plateau de Touche Pas à Mon Poste, les jeunes femmes ont également raconté être constamment poussées par la production à se mettre en couple contre leur gré avec des participants. En effet, tous les téléspectateurs de téléréalité le savent, si un candidat ne fait pas de séquence, il peut à tout moment être évincé. Et ces séquences, sont soit des clashs, soit des « histoires d’amour ».  La candidate Nathanya relate ce que la production lui aurait dit : « Tu ne veux pas sortir avec Toto ici, tu veux sortir avec personne ? Pourtant, t’as passé un casting de salope ».

Angèle confie sur son live : « Ce qui m’a choquée c’est ce qu’on nous a dit pour nous briefer avant de rentrer dans l’aventure. On nous a dit mot pour mot : « bon ben les filles, les mecs n’en peuvent plus. Ils sont à l’hôtel, ils vont exploser. Vous êtes à deux doigts de vous prendre une giclée de sperme au visage ». »

Le parrain historique de la première saison des Anges de la téléréalité, Fabrice Sopoglian soutient que personne n’est emprisonné et que les candidats peuvent partir à tout moment. Toutefois, les jeunes femmes assurent qu’il est très difficile de convaincre les équipes de production de partir. « J’ai voulu quitter le tournage, j’ai insisté pendant des heures mais ils m’ont répondu que j’étais géniale et qu’ils avaient encore besoin de moi. »

Apprentissage de normes genrées et banalisation de la violence

Depuis ses débuts il y a une vingtaine d’années la téléréalité a toujours divisé les foules : il y a ceux qui l’adore et ceux qui la méprise. Ce que nous pouvons nier, c’est que ces programmes ont une grande influence sur les comportements et les valeurs des adolescents et des jeunes adultes.

La chercheuse Dominique Pasquier parlait des séries télévisées, et notamment de la fameuse série Hélène et les garçons comme le moyen d’une éducation sentimentale. Selon elle, la télévision est « une immense machine à produire de la proximité avec son public, et même une machine délibérément organisée pour produire cette proximité ». Ce média propose inlassablement des expériences familières en adéquation avec le quotidien du téléspectateur. De par cette proximité, les séries télévisées fourniraient des modèles de féminité ou de masculinité au téléspectateur, qui « s’essaye » dans le nouveau rôle social du rôle adolescent. Ainsi, elles auraient un rôle prescriptif concernant les identités de genre et les comportements qui les accompagnent.  C’est sensiblement la même chose pour la téléréalité. Si ce n’est encore plus parce que la narration ne relève cette fois pas de la fiction mais de la réalité.

Un exemple dangereux

La téléréalité véhicule les stéréotypes de genre, une certaine culture de la virilité et de la féminité. Les femmes doivent être validées par le regard masculin. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle pourrait inciter au harcèlement et à la violence. Ces images télévisuelles banalisent le harcèlement moral et les violences sexistes. Ce sont, en général, les candidats les plus violents qui sont mis en lumière par les programmes puisqu’ils attirent les caméras.  

Selon un rapport de l’éducation nationale, plus de 700 000 élèves seraient victimes de harcèlement scolaire en France, soit près d’un enfant sur dix. Ces émissions sont majoritairement suivies par des jeunes adolescents, et sont diffusées après les cours entre 16h15 à 19h10 et valorisent entre autres les pratiques de harcèlement.

De nombreuses plaintes ont été déposées contre le sexisme et les violences de ces émissions de téléréalité auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). La sanction potentielle est la classification de ces programmes en catégorie 3, ce qui les interdit aux moins de 12 ans et de diffusion avant 22 heures. Les émissions ne risquent donc pas grand-chose : de telles accusations circulent depuis les débuts de la téléréalité et aucune mesure n’a été prise pour protéger les candidats de telles violences…

Visuel : ©Les vacances des anges

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