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L’actrice, poète et icône de la révolution syrienne Fadwa Suleimane est morte

L’actrice, poète et icône de la révolution syrienne Fadwa Suleimane est morte

18 août 2017 | PAR Alice Aigrain

L’actrice et militante syrienne Fadwa Suleimane est décédée des suites d’un cancer en France, ont annoncé jeudi 17 août ses proches.

 

« Fadwa nous a quittés, elle a quitté ce monde laid », a écrit sur sa page Facebook son beau-frère, Hassane Taha. Une laideur qu’elle n’avait pourtant eu de cesse de combattre par la politique comme par le théâtre, le cinéma ou la poésie. Elle avait d’abord conquis le monde arabe par son jeu et sa présence par ses rôles dans une douzaine de séries grand public –  comme Petits Cœurs, une série largement diffusée à travers les pays -, mais aussi en reprenant des œuvres plus confidentielles sur les planches des théâtres de Damas et d’ailleurs. Il y avait également son verbe, puissant et intense, que le public français avait découvert dans les traductions de ses recueils de poèmes, comme À la pleine Lune (Prix des découvreurs 2016, Le Soupirail).

Puis en 2011, elle s’était doucement mutée en une des icônes de la révolution syrienne contre le régime d’Al-Assad. Quelques jours à peine après le premier appel sur Facebook le 15 mars 2011, elle décidait déjà de faire partie de ce soulèvement, d’entrer en révolution. Elle habite alors à Damas et participe aux premières manifestations pacifistes. Elles tentent ensuite en vain d’enrôler quelques villes alaouites, communauté à laquelle elle appartient et qui est celle des Al-Assad. Quelques mois plus tard, elle part pour Homs, pour lutter à sa manière : en informant. Elle y tourne alors interviews et courts métrages montrant qu’au sein de la ville assiégée, il n’y a ni salafistes ni bandes armées, que la violence y est unilatérale et perpétrée par le régime.

Elle devient rapidement la figure de « l’alaouite qui s’est opposée à Bachar Al-Assad », celle qui a osé rompre le mythe de la communauté solidaire de son président. Alors que sa pensée humaniste tend à l’empêcher d’utiliser cette particularité identitaire, elle sait qu’elle a un rôle à jouer grâce à cela pour éviter que la révolution soit instrumentalisée et transformée en guerre confessionnelle. « Voilà, écrivez ça : je ne suis rien. Avant la révolution, je vivais dans un autre monde, j’étais en pleine quête intérieure. Je suis un être humain, qui vit hors de tout préjugé et qui va vers l’inconnu. J’appartiens à l’humanité. Mon premier et mon second mari sont sunnites. Je n’appartiens à aucune religion. Ces classifications sont périmées. Quand la révolution a éclaté, j’ai réalisé que j’étais syrienne et que mon rôle était de guider les gens pour ne pas les laisser être entraînés vers la mort. » déclare-t-elle dans une longue interview au Monde en 2012.

Alors elle se bat, pacifiquement et de toutes ses armes, celles de la parole et de la pensée.  Elle est alors traquée et arrêtée à de nombreuses reprises. Sa vie en danger, elle n’a plus d’autres choix que l’exil et elle se rend en France, non sans difficultés. Sa lutte ne s’arrête pas pour autant et elle continue à porter la parole de la révolution syrienne depuis Paris. Jusqu’à la fin de sa vie, elle n’aura eu de cesse de militer le plus pacifiquement possible, profondément antimilitarisme, mais multipliant les injonctions à l’indignation. Elle n’était mue que par le désir de voir les peuples « reprendre leurs destins en mains » :
« En France, il règne la démocratie et la liberté. Mais depuis que je suis ici, je vois les yeux des gens. Il n’y a pas de vie, pas de paix. Aujourd’hui, le peuple syrien est en train de montrer le chemin au monde entier. C’est une révolution mondiale qu’il faut contre ceux qui nous manipulent pour satisfaire leurs intérêts. Les peuples doivent descendre dans la rue, occuper les places, retrouver la fraternité et reprendre leurs destins entre leurs mains. »

 

 

© photos :  AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHON

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