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La violence sous-jacente dans l’agression de Finkielkraut

La violence sous-jacente dans l’agression de Finkielkraut

19 février 2019 | PAR Emilie Zana

L’agression d’Alain Finkielkraut ce samedi pointe la banalisation de la violence au sein du mouvement des Gilets Jaunes, qui depuis ses débuts a connu de nombreux épisodes racistes, homophobes… Elle pose également en filigrane la question de l’association antisionisme et antisémitisme.

Ce samedi, dans le cadre de l’acte 14 des Gilets Jaunes, le philosophe et académicien s’est violemment fait prendre à partie par plusieurs manifestants à Paris. L’agression, qui a été filmée, laisse entendre des cris et insultes (à base de « Sale race », « Rentre chez toi en Israël » et de « Raciste ») proférés face à un Finkielkraut impassible et rapidement aidé de policiers. 

Ne souhaitant pas porter plainte, Alain Finkielkraut a déclaré hier matin sur LCI vouloir savoir « qui sont ces gens ? À quelle mouvance appartiennent-ils ? Ça ça m’intéresse (…) ». Un suspect a toutefois été identifié, d’après le Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner : 

 

Retour sur les réactions de l’agression 

 

Antisionisme = Antisémitisme ?

D’après Denis Charbit, auteur et professeur en sciences politiques, l’antisionisme était à l’origine « interne » ; les Juifs se posaient en effet la question de pouvoir légitimement s’installer sur la Terre Sainte. Il est ensuite devenu « externe », sous la forme de la négation du droit d’existence de l’État d’Israël telle qu’on la connaît aujourd’hui. Ainsi tout propos anti-sioniste ne serait pas forcément antisémite puisque antisionisme signifierait remettre en cause seulement l’existence de l’Etat, et non les Juifs dans leur ensemble. Toutefois dans la réalité, l’association Juif-Etat d’Israël est vite faite. On peut ainsi se demander ce qu’est véritablement l’antisionisme aujourd’hui, et s’il est possible de se mettre d’accord sur sa signification.

Jonathan Hayoun, coauteur avec Judith Cohen Solal de La main du diable, considère qu’il est important de « rappeler et connaître (…) l’histoire de l’antisionisme pour mieux le combattre » et qu’ « une agression antisioniste est forcément antisémite » quand elle « s’en prend à un Juif » et qu’elle « vise quelqu’un ». Des députés souhaitent en ce moment que soient condamnés les propos antisionistes au même titre que les propos antisémites, et Jonathan Hayoun est d’avis que l’arsenal juridique actuel est « bien construit » et que « créer une loi spécifiquement dessus n’est pas forcément nécessaire ». Critiquer le gouvernement israélien actuel et condamner la colonisation, « n’a rien à voir avec antisionisme », mais signifie être « engagé politique ».

De plus, concernant le refus du FN d’assister au rassemblement de ce soir, il y a « quelque chose d’indécent à poser la question » du pourquoi, au vu de la « complaisance que Marine le Pen entretient avec l’antisémitisme ». Lorsque Marine le Pen prête à l’antisémitisme le « visage du terrorisme », il s’agit là d’une « formidable manœuvre : en désignant les uns, mieux absoudre les autres ».

 

Violence banalisée

Si le caractère antisémite de l’agression d’Alain Finkielkraut a été nié par certaines personnes et « seulement » qualifié d’anti-sioniste, cette agression pointe aussi le problème de la banalisation de la violence au sein de ce mouvement, que l’artiste Johann Sfar a déploré le 9 février suite au tag « Juden » sur une vitrine : « Je ne comprends pas ceux qui participent à ces manifestations et choisissent depuis le début de ce mouvement de minimiser son contenu raciste et antisémite. ». Le mouvement a en effet connu de nombreux épisodes scandaleux, et parmi eux l’agression raciste envers une conductrice ou encore des migrants (cachés dans un camion) livrés aux gendarmes en novembre dernier. Plus que des dérapages, le mouvement sert de prétexte pour certains « gilets jaunes » à déverser leur haine en toute impunité et qui rappelle que le mouvement n’a pas de limites claires.

De plus, nombreux sont les soutiens à Alain Finkielkraut suite à son agression, mais plusieurs d’entre eux ont tenu de manière inappropriée à souligner leur désaccord avec les prises de position de l’académicien, ce que l’écrivain et philosophe Raphaël Enthoven dénonce avec humour :

 

 

Il apparaît alors urgent de dénoncer cette violence dans son ensemble et sans équivoque. Plusieurs partis politiques ont d’ailleurs décidé d’organiser un rassemblement contre l’antisémitisme ce soir dans plusieurs villes. Le rassemblement à l’initiative du PS commencera ce soir à 19h place de la République à Paris. Seront présents plusieurs représentants du gouvernement, donc Edouard Philippe mais également la France Insoumise. Emmanuel Macron sera absent, mais s’exprimera mercredi soir pendant le dîner du CRIF, de même que le RN, ex-FN, qui « n’entend pas défiler » et qui rendra un hommage à part.

 

Visuel : couverture du livre Des animaux et des hommes, sous la direction d’Alain Finkielkraut, prix littéraire François Sommer 2019. ©CC

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