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La seconde vie des cabines téléphoniques

La seconde vie des cabines téléphoniques

10 septembre 2022 | PAR Adam Defalvard

Indispensables par le passé, désormais obsolètes, il ne reste plus que 74 cabines téléphoniques sur le territoire français. Mais malgré leur apparence anodine, ces cabines cachent un potentiel artistique et culturel insoupçonné. 

Cabines en fin de vie

Depuis l’avènement de la téléphonie mobile, les cabines téléphoniques ont observé une baisse de trafic constant. En 2017, le ministre de la Cohésion des territoires expliquait que leur trafic représentait 0,7% de celui du début des années 2000. Le réseau mobile Orange propose désormais aux communes de leur céder les cabines téléphoniques restantes avant de définitivement les retirer. Ainsi elles pourraient trouver un nouvel usage dans le paysage urbain, et pourquoi pas un usage culturel ?

L’art d’appeler

De nombreuses cabines téléphoniques ont déjà été recyclées en boîtes à livres, nouvel outils de partage culturelle précieux dans les villes. D’autres communes en ont déjà transformé en minis expositions. Mais au delà de la transformation pour un autre usage, la cabine téléphonique fonctionnelle peut elle-même être oeuvre d’art. 

L’artiste contemporaine Sophie Calle en a utilisé à plusieurs reprises pour alimenter ses oeuvres. En 2006 son oeuvre Le Télephone, commandée à l’occasion de l’ouverture de la ligne 3 du tramway de Paris, était une cabine téléphonique en forme de fleur où l’on ne pouvait pas émettre d’appel mais seulement en recevoir. En effet, c’est Sophie Calle elle-même qui appelait de temps en temps la cabine pour discuter avec des inconnus. Elle s’était engagée par contrat à appeler au moins cinq fois par semaine pendant 3 ans.

En 1994 Sophie Calle avait déjà côtoyé une cabine lors d’une performance relatée dans son livre Gotham Handbook (2019, Actes Sud). Cette performance répondait à la requête de l’écrivain Paul Auster qui lui avait demandé de s’approprier un lieu public. L’artiste avait alors décoré une cabine et invité les passants qui téléphonaient à écrire dans une sorte de livre d’or. Dans la démarche de Sophie Calle de faire de l’art contemporain quelque chose d’accessible, de quotidien et de collectif, la cabine téléphonique trouve toute sa place. 

Une décision controversée

Rappelons tout de même que la disparition des cabines téléphoniques est aussi un enjeu de société. Leur absence creuse la fracture numérique et annonce définitivement l’obligation du téléphone portable pour pouvoir communiquer en dehors de chez soi. À Grenoble, l’Observatoire international pour la réinstallation des cabines téléphoniques (OIRCT) milite pour leur réintégration dans les villes. Le collectif a déjà procédé à des installations « sauvages » dans la ville de Grenoble, mais espère désormais avoir le soutien de la mairie pour leur projet proposé dans le cadre du budget participatif. 

Visuel : ©Nicolas Vigier – Creative Commons – Flickr. 

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Adam Defalvard

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