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La Comédie-Française poursuivie en justice pour son adaptation du Tartuffe de Molière

La Comédie-Française poursuivie en justice pour son adaptation du Tartuffe de Molière

28 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

Georges Forestier, spécialiste de Molière, poursuit la Comédie-Française en justice pour son utilisation de sa version du Tartuffe ou l’hypocrite, version dont il estime être l’auteur.

La pièce évènement de la saison Molière

L’année dernière, pour les 400 ans de la naissance de Molière, la Comédie-Française organisait une saison spéciale Molière de janvier à juin. Parmi les pièces proposées figurait la très attendue adaptation du Tartuffe par le metteur en scène Ivo Van Hove, déjà habitué de la maison (Les Damnés, Electre/Oreste). Une adaptation avec Denis Podalydès, Marina Hands et Christophe Montenez qui a rencontré un grand succès auprès du public.

Seulement la version du Tartuffe utilisée n’était pas la traditionnelle, il s’agissait d’une version dite « inédite », celle montrée au roi Louis XIV en 1664. Jugée trop critique envers la religion catholique, elle avait été interdite et c’est une version retravaillée par Molière que nous connaissons tous.

L’affaire Tartuffe

En 2011, Georges Forestier, spécialiste de Molière et professeur émérite à la Sorbonne, entreprend de reconstituer cette version disparue du Tartuffe. Le manuscrit n’existe pas, Georges Forestier est donc parti des quelques indications disponibles sur cette version pour la faire renaître. Parmi ces indications il y a celle que la pièce originale était en trois actes et non en cinq, et que cela implique par conséquent que certains personnages n’existent pas ou n’ont pas les mêmes arcs narratifs.

Georges Forestier invente des nouveaux vers pour combler les manques qu’imposent cette version en trois actes, il juge donc en être l’auteur. C’est ainsi qu’après plus de quarante représentations, des diffusions dans les cinémas Pathé et une tournée européenne, Georges Forestier attaque la Comédie-Française en justice pour violation des droits d’auteur.

La Comédie-Française, via son avocat, a indiqué considérer que c’était bien Molière l’auteur de cette oeuvre et non Georges Forestier, qui l’aurait simplement restitué et agencé en tant qu’universitaire. De plus, elle a révélé un échange de mails montrant que Forestier avait écrit autoriser « gracieusement » la Comédie-Française à utiliser cette version, en ajoutant tout de même que si la pièce fonctionnait bien : « il sera bien temps […] de revoir mes prétentions à la hausse ».

Molière ou Forestier ?

De son côté, l’avocat de Georges Forestier indique qu’un échange de mails n’a pas de valeur juridique sans contrat et que des droits d’auteur doivent être versés au spécialiste de Molière puisqu’il présente une pièce nouvelle qui n’existait pas auparavant.

Un dossier juridique particulièrement ironique compte-tenu de la pièce, l’avocat de Forestier Maître Jean-Paul Carminati a d’ailleurs lui-même plaisanté : « Ce serait un peu fort de café d’interdire le Tartuffe. Ce serait une tartufferie suprême. Donc on tolère cette situation, mais on a saisi le tribunal pour la régulariser et faire reconnaître à Georges Forestier sa qualité d’adaptateur du Tartuffe ».

En attendant, la pièce à succès de la Comédie-Française jouera de janvier à mars et affiche déjà complet. Une affaire à suivre…

Visuel : ©Stockholm, CreativeCommons, WikiCommons.

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