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Interview confinée de Claire Jacquet : « Aller vers l’inconnu, […] c’est le trait de crête de la création qu’il nous faut poursuivre. »

Interview confinée de Claire Jacquet : « Aller vers l’inconnu, […] c’est le trait de crête de la création qu’il nous faut poursuivre. »

22 avril 2020 | PAR Laetitia Larralde

Claire Jacquet, directrice du Frac Nouvelle-Aquitaine Méca, s’est prêtée au jeu de l’interview confinée. Un entretien où transparaît un attachement profond à l’art et à la culture en général.

Comment allez-vous ?
Bien, autant que possible, je confine à la campagne avec ma tribu. S’il n’y avait pas à déplorer cette maladie qui fait des ravages et touche des amis proches, j’aurai l’impression de vivre une parenthèse enchantée, une sorte de bonheur abstrait, sur fond de situation très préoccupante.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes-vous totalement enfermée ?
J’ai cette chance inouïe d’être au milieu de la forêt des landes, dans une veille maison au milieu d’une clairière délimitée par des vieux chênes centenaires, ce qu’on appelle un « airial » et qui constitue aujourd’hui mon espace vital.

Quelles sont vos routines culturelles pour diminuer l’angoisse ?
Je télétravaille au service de la culture ! En restant au contact des artistes et de l’équipe du Frac, c’est un engagement qui vaut comme le meilleur des remèdes. Je lis moins. Sans doute parce que la situation m’empêche de me concentrer sur des sujets périphériques. Il faut pourtant lutter pour ne pas s’écraser sur nos écrans qui déroulent les fils d’actualité et trouver d’autres moyens pour prendre de la distance. Mon réflexe de survie consiste à m’informer autrement pour réfléchir différemment.

Quels projets ont été repoussés ou suspendus ? Jusqu’à quand ?
Au Frac, dès les premiers temps du confinement, j’ai complètement revu le calendrier de nos projets d’expositions, à Bordeaux et en région, sans les annuler mais en essayant de les reporter à l’automne et en 2021. Je reste suspendue à la décision de la réouverture de la MÉCA. L’exposition Narcisse ou la floraison des mondes (prolongée jusqu’au 22 août, voir notre article ici, ndlr), qu’on pourra y découvrir, résonne étrangement comme un retour à la vie…

Quel est l’impact du confinement sur votre musée ?
C’est évidemment une suspension de toutes nos activités liées aux expositions et aux œuvres de nos collections et donc une baisse de notre fréquentation sur l’année 2020. Les conséquences sont nombreuses et nous tâchons de nous adapter. Ce confinement sera à n’en pas douter riche d’enseignements, pour nous-mêmes et pour les autres. « Aller vers l’inconnu », pour paraphraser Rimbaud, c’est le trait de crête de la création qu’il nous faut poursuivre.

Avez-vous mis en place des nouvelles façons de partager les collections et expositions du musée avec le public ?
Immédiatement, nous avons imaginé des nouveautés à commencer par une série « Le monde vu ma fenêtre » sur les réseaux sociaux, pour faire découvrir des œuvres de notre collection, évoquant une relation à l’extérieur depuis un espace intime. Je me suis amusée à « redécouvrir » certaines photographies ou tableaux évoquant ce principe très « renaissant » d’un monde – aussi vaste soit-il – qui puisse s’appréhender depuis un point de vue unique et domestique. Nous avons valorisé des projets déjà existants qui ont profité d’une fenêtre médiatique comme La Conquête de l’art qui revient sur des questions récurrentes du public (« Une œuvre doit-elle être belle ? »). Enfin, nous avons lancé un appel à projet en direction des artistes face à la crise, pour financer 20 commandes artistiques inspirées par cette « situation d’urgence » inédite.

Pensez-vous que le confinement aura des répercussions sur la création artistique contemporaine ?
Inévitablement, on est loin d’imaginer les artistes dans leur tour d’ivoire. Leurs créations absorbent ce qui constitue et traverse, de tout temps, leur contexte d’apparition. Ce sont de bons vecteurs de lecture de l’histoire, autant que des sommes universitaires.

Pour passer à des sujets plus légers, quel est le défaut qui s’est révélé dans les premiers jours du confinement ?
Un défaut d’humour, probablement.

La chose la plus incongrue que vous ayez faite pour vous occuper ?
Fabriquer des espadrilles artisanales.

L’activité que vous avez découverte ?
Tester un dispositif mis en ligne par le Frac intitulé ExpoPopUp, permettant de s’inventer commissaire d’une exposition virtuelle en manipulant des œuvres contemporaines en 3D. Exercice concluant !

Quels sont vos espoirs et envies pour l’après confinement ?
Espoir de voir les nations s’attaquer enfin à régler des problèmes communs, et envie que la culture ait un rôle à jouer, sans rester sur le banc de touche, comme un puissant ferment de civilisation.

Photo : © Iris Piron

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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