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L’interview confinée d’Aurélien Richard « C’est : la santé avant tout. Et puis c’est tout »

L’interview confinée d’Aurélien Richard « C’est : la santé avant tout. Et puis c’est tout »

21 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A la rédaction, une idée a surgi dans les boucles de mails : faire parler des artistes, leur demander « comment ça va » et comment ils vivent leur confinement, ce que cela provoque en eux. Aujourd’hui le danseur et musicien Aurélien Richard nous répond.

Comment ça va ?

Ça va. Je suis juste arrêté en plein vol, une semaine avant la création de mes Noces pour les Opéras d’Angers/Nantes et Rennes. On avait terminé la pièce, avec les 17 merveilleux jeunes danseurs du CNDC, et puis, voilà, rideau. En tout cas, pour le moment. Mais comme je leur disais avant de les quitter vendredi dernier, on ne parle que de spectacle vivant : même si c’est notre métier et que celui-ci nous tient dans l’appétence de la vie, nous maintient en vie, même, parfois ! l’on doit être capable, cette fois, d’opérer la pause nécessaire afin que toutes et tous, nous puissions nous sortir de cette situation. C’est : la santé avant tout. Et puis c’est tout. Et donc, pour le moment : le confinement, pour tous.

Vous êtes pianiste, danseur, chorégraphe, quel rapport avez-vous au confinement ?

Ça ne me change pas beaucoup de ma vie de pianiste et de compositeur (faux rires puisque c’est une interview écrite). Je plaisante, mais ça n’est pas drôle. Non, en fait, c’est dur parce que, vous savez, si j’ai choisi de travailler aussi en tant que chorégraphe, c’est parce que j’en avais marre d’être tout seul à travailler mon piano et à composer parfois des semaines et des semaines sans trop voir grand monde, voire même personne. Ecrire de la musique, c’est vraiment un truc pour entêtés fiévreux, tu ne lâches jamais l’affaire. Et donc, question sociabilité, des fois, bon, c’est un peu limite. Enfin, je ne parle que de mon expérience. La danse, par contre, ça m’a transformé, vous savez. Les gens de la danse, ils m’ont transformé. Depuis plus de 10 ans que je fais cela, que je suis avec eux, c’est un bonheur. Ils ne lâchent jamais l’affaire non plus, mais eux, ils sont ensemble quasi tout le temps, ils réfléchissent ensemble, ils cherchent… et ils trouvent, ensemble. Et quelque chose est vraiment partagé. On se dit rarement, entre nous, que ces ambiances de studios, ces temps de recherche, certes ils sont essentiels à notre art, mais surtout à notre existence. Reconnaître l’autre, faire avec l’autre, vivre avec l’autre. On devrait plus se dire ces choses-là, malgré la pudeur. Mais bon, comme tout cela est mis en veille en ce moment, et bien, ce que je fais pour ne pas avoir la larme à l’oeil, là maintenant, c’est écrire. Et comme pour moi l’écriture, ça demande le silence, bah là ça fait que je peux avancer un peu pour imaginer une suite.

 Qu’est-ce que cette période change dans votre façon de travailler ?

J’étais déjà dans une période de questionnement afin de ralentir un peu, alors voilà : là, c’est bien, c’est ralenti, de fait. Mais je continuerai ce travail de ralentissement après cette horrible période, parce que là, présentement, il s’agit de quelque chose que l’on subit, pas de quelque chose qu’on décide et qu’on habite.

Quels sont vos outils culturels pour vaincre l’angoisse ?

Je lis de la poésie, je visionne de très vieux films magnifiques et des séries très idiotes… j’ « aspire » la culture. J’en ai soif, et encore davantage ces jours-ci, évidemment.

Est ce que l’enfermement a révélé quelques plaisirs coupables ?

Je joue du piano debout ! (ah non, ça, je le faisais déjà avant) Pour le reste, je ne peux pas vous répondre…

Est-ce que vous sortez encore, et à quel rythme si oui ?

Je ne sors pratiquement pas, je respecte au maximum la demande qui nous est faite de rester chez nous. Ça me paraît la moindre des choses de respecter cela.

Visuel : ©Myriam Tirler.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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