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Sur Instagram, « The Aids Memorial » lutte contre l’oubli

Sur Instagram, « The Aids Memorial » lutte contre l’oubli

01 décembre 2017 | PAR Jérôme Avenas

Sur Instagram, au milieu des photos, futiles, de gâteaux, de vacances, de couchers de soleil, de bizarreries urbaines et autres #catsofinstagram, on trouve le compte « The Aids Memorial » à la mémoire de ceux que le sida a tué.

Les visages, les corps de ces hommes et de ces femmes ne sont plus que des fantômes qui apparaissent à la surface luisante, lisse, froide et tactile de l’écran. Ils sont, pour la plupart, jeunes, trop jeunes. Ils sont, pour la plupart, partis dans les années 1980-1990. « The Aids Memorial » est un espace (qu’il soit numérique ne change rien) dédié à la mémoire des victimes du sida. On ne connaît que le prénom de celui qui est à l’origine du projet. Stuart est écossais et ne désire pas en dire plus sur lui. Il collecte les histoires de ceux qui ont perdu un parent, un ami, un amant. Les photos s’accompagnent souvent d’un texte, parfois long, toujours bouleversant. La mémoire de la période du pic épidémique est opaque. Stuart constitue une archive, met des visages et des mots sur des statistiques froides et anonymes. Il constitue à la fois un document et un monument. Les deux sont uniques. On mesure très vite l’importance et la portée d’un tel projet : accessible, ouvert à tous ceux qui désirent témoigner, il redonne une dignité à ceux qui sont morts dans le rejet total de la société et parfois même de leur propre famille. Pour témoigner il faut soumettre par mail ([email protected]) une ou plusieurs photos (jusqu’à 10) et un texte de 400 mots maximum.
Mike Balaban, l’a fait. Il a posté une photo de lui entouré de ses amis, sur une plage du lac Michigan dans l’Indiana. Il a ajouté ces mots : « Si parmi mes archives je devais choisir une seule photo qui personnifie le ravage de ma génération par l’épidémie du sida, ce serait celle-là : un groupe de beaux garçons gays en pleine forme, dans leur vingtaine, souriants, sur une plage (juillet/août 1981, quand la découverte du virus a été annoncée au monde entier).  Un symbole mais aussi une parabole sur l’innocence dévastée (…) Des années plus tard où sont-ils ? Les deux Rick et Brian sont morts du sida dans les cinq ans qui ont suivi. Jeff s’est muré dans son monde en se plongeant dans les affaires (il a fait fortune). Il a cessé toute vie sociale et amoureuse. Il prétend n’avoir eu aucune relation sexuelle pendant plus de trente ans, terrorisé par la peur induite de la menace du sida. L’année dernière, nous avons communiqué alors qu’il se trouvait à Berlin. Je l’ai exhorté à sortir et s’envoyer en l’air. Il était tout de même dans la capitale du sexe. Il m’a répondu : « Je sais bien que je devrais, mais je ne le ferai pas. » Beaucoup sont mort au cours de cette épidémie ; mais les survivants aussi ont payé un lourd tribut. »

. . « If I had to select one photo from my archives which personifies the devastation wrought upon my generation by the AIDS epidemic, it would have to be this one: a group of handsome and fit gay men in their late 20’s, smiling while posing on a beach (July / August 1981, when the discovery of AIDS was announced). . Iconic, yet, also a parable for innocence about to be destroyed. I’d met Jeff (left front) on Fire Island the previous summer, during which we’d consummated a short, but passionate, affair. A year later, I visited him in Chicago and took a day trip with him and the others here to the Indiana Dunes National Lakeshore. Rick Angelo (upper left) was a golden boy, Dartmouth & Harvard Business School grad, and son of two Cuban immigrant doctors. He’d recently moved to Chicago, where I’d introduced him to Jeff. Rick Lomanto (front center) and Brian Riley (back center) were a couple, friends of Jeff’s, who I’d met on this trip. It was an idyllic summer beach day. . Jump ahead and where are they now? Rick, Rick & Brian succumbed to AIDS within another 5 years or so. And Jeff retreated into his own world, spending his life focused on business (accumulating wealth in the process), but shrinking from the world of social intercourse. He claims to not have had sex with another person in the intervening 30+ years, out of fear instilled by AIDS. . When he contacted me while on a trip to Berlin last year, I urged him to go out and get laid. After all, he was in the “sex capital of the world”. He told me “I know I should. But, I won’t.” There obviously was a huge cost in lives lost in the epidemic; but, there was also a real cost inflicted on many of us who survived. » – by Mike Balaban @bammer47 . #whatisrememberedlives #theaidsmemorial #aidsmemorial #neverforget #endaids #lgbthistory #lgbthistorymonth

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Récemment (septembre 2017), une centaine de photos ont été mystérieusement effacés du compte. Stuart s’est même vu refusé l’accès. Les causes n’ont pas été élucidées par Instagram. Le compte créé par Stuart pourrait avoir été hacké. À la suite de cet incident, Stuart a reçu beaucoup de messages. Ceux qui avaient témoigné étaient en colère. Certains parlaient même de tombe profanée.

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Jérôme Avenas

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