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Henry Rousso nous parle du projet de mémorial dédié aux victimes des attentats en France

Henry Rousso nous parle du projet de mémorial dédié aux victimes des attentats en France

02 mai 2019 | PAR Justine Lenormand
Henry Rousso, historien français spécialiste du XXème siècle et notamment connus pour ses travaux sur les mémoires de Vichy et sur la Seconde Guerre mondiale, a accepté de nous parler de son rôle dans la création d’un mémorial dédié aux victimes des attentats en France. Son dernier ouvrage Face au passé – essais sur la mémoire contemporaine est paru en 2016 aux éditions Belin. 
 
Quel effet cela fait lorsqu’on est choisi par le Premier ministre pour diriger la création d’un futur mémorial dédié aux victimes des attentats en France ? Et pourquoi avoir accepté ce rôle ?

C’est évidemment un honneur et une mission qui oblige. Je l’ai acceptée parce que je souhaitais sortir de la posture de l’universitaire qui observe, analyse et critique pour être plus directement confronté à la nécessité de créer quelque chose. Il y a très peu de lieux de ce type dans le monde (New York, Oklahoma City, Oslo), c’est donc un véritable défi intellectuel, moral, politique, esthétique que de penser un lieu de mémoire, de connaissance, de transmission sur un tel sujet.

 
Comment percevez-vous la création d’un mémorial dédié aux victimes du terrorisme en France tout en sachant que la mémoire évolue, et qu’elle n’est pas perçue ni ressentie de la même manière par tout le monde ? Comment réussir à représenter la mémoire de tous en un lieu unique ?

La mémoire collective est une métaphore : elle repose sur  l’idée qu’une collectivité, par exemple une nation, se souvient comme pourrait le faire un individu, une personne. Or, ce n’est pas le cas. Pour ne m’en tenir qu’aux politiques de mémoire, c’est un ensemble de dispositifs destinés à promouvoir et à entretenir de manière vivace une vision du passé, et donc du présent et de l’avenir, qui puisse être acceptée par la collectivité dans son ensemble, tout en sachant que chacune de ses composantes a une histoire, vécue ou transmise, qui est différente, parfois même en conflit avec les récits dominants. Les politiques de mémoire, ici le musée mémorial, ont précisément pour fonction de créer une forme de récit commun, de proposer des dispositifs de réparation, voire des formes de résilience. Ce musée-mémorial s’inscrit dans une politique plus large de prise en charge des victimes, de leur mémoire, des conséquences psychologiques des crimes terroristes : instauration d’une nouvelle commémoration, meilleure reconnaissance du statut de victime (par la médaille  nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme) dont le périmètre commence en 1974, avec le premier attentat à Paris depuis la fin de la guerre d’Algérie, création d’un Centre national de résilience, etc.

Quel est votre intention, votre ligne directrice pour créer ce mémorial ? 

Ce lieu aura trois fonctions. Il aura une fonction de commémoration, d’hommage rendu aux victimes, de recueillement. 

Il aura aussi une fonction de connaissance et de sensibilisation destinée à expliquer, à montrer ce qu’est le terrorisme contemporain (des années 70 à nos jours) et dans quel contexte historique il s’est développé ; comment les sociétés actuelles, à commencer par la France, ont consacré depuis une trentaine d’années une plus grande attention aux victimes, et notamment à leurs souffrances psychologiques, proches de celles de combattants traumatisés ; à expliquer aussi ce que sont les formes contemporaines de mémorialisation, une des manières les plus directes d’affronter la violence terroriste.

Pour finir il aura une fonction de transmission par la formation, la documentation, la recherche.

La mission de préfiguration est-elle déjà en marche ? 

Elle s’est mise au travail depuis déjà quelques semaines.

Pouvez vous nous en dire plus ?
Elle comprend 16 membres, dont le Comité mémorial réuni l’an dernier par la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes, auquel sont venus d’adjoindre six nouveaux membres : Clifford Chanin (vice-président du Musée Mémorial du 11/9), Jacques Fredj (directeur du Mémorial de la Shoah à Paris), Jenny Raflik (historienne), Adeline Rispal (architecte-scénographe), Esther Shalev-Gerz (artiste) et Brigitte Sion (anthropologue spécialiste des mémoriaux). Nous travaillons sur le projet général, l’implantation, le contenu muséographique et les publics auquel ce lieu sera destiné.
 
Visuel : © Creatives commons 
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Justine Lenormand

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