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Gabriela Montero : la magie du piano et de l’improvisation

Gabriela Montero : la magie du piano et de l’improvisation

14 novembre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

La pianiste Gabriela Montero est l’invitée, ce 9 novembre 2022, de la Seine Musicale. Elle interprète des œuvres pour piano solo de Sergueï Prokofiev, de Sergueï Rachmaninov et d’Igor Stravinsky. Le concert se termine par une improvisation accompagnant la projection du film de Charlie Chaplin The Immigrant.

Gabriela Montero est née à Caracas le 10 mai 1970. Enfant prodige, elle mène une carrière internationale de pianiste, après des études à Miami puis à l’Académie royale de musique à Londres. Elle développe depuis l’enfance des talents d’improvisation qui font sa renommée. Elle est également compositrice : son œuvre symphonique « Ex Patria » est consacrée aux souffrances du Venezuela et son concerto « Latin » rend hommage à la diversité culturelle de l’Amérique latine.  Le concert de ce soir nous ramène aussi à la fin de la Russie impériale : les œuvres de Prokofiev et de Rachmaninov interprétées ce soir ont été composées entre 1912 et 1914. 

Au cœur de la musique russe du début du XXe siècle

Le concert débute par Sarcasmes, cinq courtes pièces de Sergueï Prokofiev. Le compositeur déclarait à ce propos : « Il nous arrive parfois de rire cruellement de quelqu’un, mais quand nous y regardons de plus près nous voyons bien combien est pitoyable et malheureuse la chose dont nous avons ri. Alors nous commençons à nous sentir mal à l’aise… ». Le piano est malicieux, grimaçant aussi, on croit entendre un oiseau moqueur. Mais avec les accords plaqués et les dissonances, la musique est aussi tourmentée. La difficulté technique est évidente, soulignant d’emblée la virtuosité de la pianiste.

La « Sonate en ré mineur n° 2 » est une œuvre de jeunesse de Prokofiev mais une œuvre complexe, alors que le compositeur a déjà trouvé son style. L’allegro ma non troppo nous emporte par sa puissance et par son lyrisme. La musique devient plus interrogative, mélancolique, le mouvement se terminant par un  « tristamente ». Avec  le scherzo et ses rythmes dansants, nous retrouvons un peu plus de légèreté, d’insouciance. L’andante est d’une grande douceur, d’une grande beauté. La musique paraît onduler à la surface d’un lac paisible. L’auditeur pourrait imaginer un conte raconté à un enfant avant son coucher. Ce mouvement est  hypnotisant, très émouvant. Une musique sublime mise en valeur par le toucher subtil et sensible de Gabriela Montero. Retour brutal à la vélocité avec le vivace final. Les staccatos, « les accents pirouettes » sont à peine interrompus par un bref retour du thème lyrique du premier mouvement, avant l’envolée sonore finale. Une prouesse pour l’interprète. 

Rachmaninov. La fougue et le romantisme. Tel apparaît le premier mouvement de la « Sonate n°2 », allegro agitato. Une ballade amoureuse, à la mémoire de Chopin qu’il admirait beaucoup. Mais la musique prend une  grande ampleur, évoquant les espaces russes infinis. Le piano remplit la salle, le jeu de la pianiste est spectaculaire. Le deuxième mouvement, non allegro lento, est paisible mais empreint d’une nostalgie douloureuse avant la reprise des accords. Des accords brutaux inaugurent le final animé d’un souffle puissant. Jouer cette sonate est une performance pianistique remarquable.

Igor Stravinsky : sa courte sonate est une pièce en hommage à Beethoven composée en 1924.

Le miracle de l’improvisation

Gabriela Montero apparaît simple, modeste sur scène, son jeu est sans fioritures, sans gestes spectaculaires. Après l’entracte elle prend la parole, quelques mots en français puis en anglais pour parler d’improvisation. Elle parle d’une expérience de l’instant, elle explique qu’elle se laisse guider par la projection du film, que chaque improvisation est unique. Rayonnante, elle improvise sur le film de Charlie Chaplin, The Immigrant, un film muet tourné en 1917. Nous restons au début du XXsiècle. La musique est élégante, expressive. Elle reproduit le tangage du bateau ou la démarche de Chaplin. Elle roule lors d’un jeu de dés, elle suit le bruit des fourchettes, devient oppressante lors des bagarres. Les émotions sont bien rendues, comme la consolation ou l’angoisse lorsque Chaplin ne sait pas comment payer le restaurant où il est attablé avec son amoureuse. Un talent d’improvisation impressionnant. Gabriela Montero nous offrira, en bis, deux brèves improvisations, la seconde sur le thème de « La vie en rose ».

Gabriela Montero nous  entraîne au cœur des élans et des contradictions de « l’âme russe » dans une époque troublée, les dernières années de la Russie impériale. Elle aura séduit le public par son improvisation chaleureuse. Et le spectateur se souviendra de l’arrivée, en musique, de Charlie à New York en 1917.

 

Visuel : © JMC

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Jean-Marie Chamouard

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