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Disparition de Marie-Alice de Beaumarchais

Disparition de Marie-Alice de Beaumarchais

27 septembre 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Présidant durant 20 ans la Société des Amis du Musée de l’Homme, archiviste de l’opulent fonds Beaumarchais dont elle aura été la dépositaire, mozartienne, philosophe ou ambassadrice, Marie-Alice de Beaumarchais vient de s’éteindre à l’âge de 95 ans.

A plus de 90 ans, Marie-Alice de Beaumarchais avait toujours cette extraordinaire silhouette déliée, altière, ce port de reine, cette élégance native qui lui conféraient une noblesse intemporelle. A telle enseigne qu’un jour, à Versailles, lors d’une visite privée de l’ exposition évoquant le fastueux mobilier d’argent que Louis XIV y avait fait ciseler au XVIIe siècle pour son palais, l’une des grandes figures du château, ayant appris qu’une princesse de sang royal comptait parmi les visiteurs, lui fit spontanément, à elle, Marie-Alice de Beaumarchais, cette révérence qu’on réserve aux altesses et aux souveraines.

L’Année Mozart

Décrire Marie-Alice de Beaumarchais comme une femme d’une classe parfaite et d’une parfaite élégance serait toutefois terriblement réducteur C’était avant tout une femme sensible, intelligente, infiniment cultivée, infiniment discrète sur elle même, ne se mettant jamais en avant, malgré un parcours terrestre des plus remarquables ; une femme mélomane et mozartienne jusqu’à consacrer d’innombrables étés au Festival de Salzbourg qui fut l’un des grands plaisirs de sa vie, et à siéger au nom de la France au comité international de l’Année Mozart 2006 ; une femme très portée sur le théâtre, les lettres, sur la philosophie surtout, au point de susciter l’admiration d’un critique littéraire aussi rigoureux qu’Angelo Rinaldi quand elle collabora aux dictionnaires des grandes œuvres de la littérature française publiés par son fils, Jean-Pierre de Beaumarchais. Une femme qui avait vécu des vies multiples et dont l’ensemble formait au fond une épopée, mais qui jamais, au grand jamais, n’en faisait étalage

La Route de l’Impératrice

Elle était une toute jeune et pétulante octogénaire qui parcourait avec vigueur le sommet de la Rhune, la montagne qui domine Saint-Jean-de-Luz et de loin se voit de Biarritz, quand on la pria de présider aux destinées d’une association culturelle et touristique qui venait de se créer au Pays Basque. « La Route de l’Impératrice » unissait villes, stations balnéaires et bourgades de la région basque, mais aussi du Béarn et des Landes, qui toutes, à un titre ou à un autre, avaient bénéficié d’un formidable essor sous le Second Empire grâce à l’impulsion donnée par Napoléon III et par l’impératrice Eugénie là où ils séjournaient alors. Naguère, dans les temps où son époux était envoyé en Chine par le général de Gaulle pour y négocier les conditions de la reconnaissance du régime communiste par la France, Marie-Alice de Beaumarchais avait acquis une exquise demeure faisant face au village de Sare et que lui avait vendue le chanteur Luis Mariano. En plein Pays Basque, parce que la mère de Jacques de Beaumarchais était originaire de Bayonne. C’est son passé et cette présence à Sare qui valurent à Madame de Beaumarchais cette dignité de présidente de l’association « La Route de l’Impératrice ». Et elle se donnera tout entière à sa tâche, lançant les premières manifestations en présence d’Alix de Foresta, Princesse Napoléon, jouant de ses relations pour mener à bien les multiples projets d’une entreprise à laquelle elle allait conférer un lustre et un dynamisme bien vite retombés quand elle en abandonna la présidence.

raymond-savignac-allez-au-musee-de-l-homme_a-g-1775886-0Au Musée de l’Homme

Auparavant, dès 1978, et pour une tâche autrement plus conséquente, Marie-Alice de Beaumarchais avait été choisie pour être la présidente de la Société des Amis du Musée de l’Homme. Une fonction qu’elle occupa durant près de vingt ans place du Trocadéro.
Elle venait alors de perdre son mari, Jacques Delarüe-Caron de Beaumarchais, mort prématurément à l’âge de 66 ans, et cette présidence de la Société des Amis du Musée de l’Homme, de son propre aveu, allait avoir pour elle une fonction salvatrice. Elle succédait alors à une autre brillante personnalité, Alix de Rothschild. «Ne disposant pas des mêmes ressources financières que celle qui l’avait précédée, Marie-Alice de Beaumarchais fit jouer à plein son extraordinaire carnet d’adresses constitué du temps qu’elle remplissait son rôle d’épouse de diplomate, souligne son successeur, Vincent Timothée. Elle s’engagea dès lors dans sa tâche avec une énergie, une constance, une régularité sans faille, donnant à la société une impulsion nouvelle, développant ses moyens afin de contribuer au financement des expositions et à l’acquisition de pièces nouvelles, multipliant les adhérents en créant des antennes à Bordeaux, à Nantes et à Marseille ».
C’est elle qui proposa à Raymond Savignac de créer une affiche pour le Musée de l’Homme, cette affiche demeurée célèbre et qui fut longtemps un symbole. Plus tard, quand il fut question de supprimer le Musée de l’Homme au moment où se créait le Musée des Arts premiers au quai de Branly, c’est elle encore qui mena croisade afin de conjurer un sort aussi funeste et sauver le musée.

D’Alger à Moscou, de Londres à Sare

Marie-Alice-Anne Le Couteulx de Caumont naquit le 12 mars 1923, à Saint-Brice, en Ile de France, d’un père militaire, le général Guy-Louis Le Couteulx de Caumont, et d’une mère, Marie Marguerite, des barons Cochin, ces Cochin de vieille extraction parisienne auxquels elle se sentait au fond plus attachée qu’à sa famille paternelle. Ses parents s’étant repliés à Alger durant la guerre avec elle et sa sœur pour fuir l’invasion allemande, elle y rencontre ainsi Jacques de Beaumarchais, rallié au général de Gaulle, et l’épouse en 1944. Ayant fait fonction à Tunis d’infirmière en temps de guerre, en bonne patriote qu’elle était, elle rejoint bientôt son mari à Rome alors que les alliés et les forces françaises ont débarqué sur la péninsule et y donne le jour à son unique enfant. Elle suivra plus tard son mari à Moscou où il est nommé en 1962 ministre conseiller à l’ambassade française auprès de l’Union Soviétique et où elle vivra des expériences extraordinaires. Puis, lorsque Jacques de Beaumarchais est nommé ambassadeur de France au Royaume-Uni, Marie-Alice de Beaumarchais mettra tous ses talents de Française cultivée et bien née au service de son mari et de son pays. C’est à ce moment qu’elle aura à déployer toute son énergie et son savoir faire pour recevoir à l’ambassade de France la reine Elisabeth II et les princes de sa Maison, au cours d’un dîner de gala donné à l’occasion d’une visite d’Etat du président de la République Française à Londres. Londres qui fut l’une des étapes les plus heureuses et les plus belles de son existence et où elle conserva une infinité d’amis.

L’archiviste de Beaumarchais

Parmi tous ces fragments d’existence, ce sera sans doute au Musée de l’Homme que Marie Alice de Beaumarchais se sera le mieux réalisée. Elle y côtoyait des savants, des gens d’esprits, des intellectuels, les personnes avec lesquelles décidément elle se sentait le mieux sans doute. Elle était de surcroît devenue la gardienne des archives Beaumarchais, de flots de livres et de documents publiés par et sur l’auteur du « Mariage de Figaro », un trésor familial qui n’avait jamais été répertorié et classé au fil des générations. Elle entreprit alors un véritable et monumental travail de bibliothécaire en classant de façon professionnelle cette masse de précieux documents et en recevant des chercheurs accourus de toutes parts. Ce qui lui faisait dire en souriant qu’elle n’était pas chez elle dans sa maison du VIIIe arrondissement de Paris, mais bien chez les Caron de Beaumarchais dont elle n’était jamais que l’archiviste.

Raphaël de Gubernatis

Les obsèques de Marie-Alice de Beaumarchais seront célébrées le vendredi 28 septembre à 10h30 en l’église Saint-Philippe du Roule, à Paris.

Image à la Une ; Les sommets de la Rhune, de l’Homme couché et des 3 couronnes enneigés, depuis Biarritz-  Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic (CC BY-NC-ND 2.0)

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