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Disparition de Georges Balandier, décolonisateur de l’anthropologie française

Disparition de Georges Balandier, décolonisateur de l’anthropologie française

06 octobre 2016 | PAR Charles Filhine-Trésarrieu

Georges Balandier, personnalité majeure de la sociologie et de l’ethnologie française et spécialiste de l’Afrique, nous a quittés mercredi. Son parcours a été caractérisé par un grand humanisme et une volonté d’apporter la justice dans le traitement du « tiers-monde » par les chercheurs.

Georges Balandier est décédé hier, mercredi 6 octobre, à l’age de 95 ans. Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se sont multipliés. L’ethnologue Marc Augé, directeur d’étude à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, souligne ainsi l’importance de ses travaux et du fait qu’il ait « tracé un chemin original qui permet de comprendre les effets de domination indirects et divers ». La ministre de l’Education, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a quant à elle salué « un grand chercheur qui a aidé plusieurs générations à penser les sociétés dans leurs complexités ».

Georges Balandier fait partie de cette génération d’ethnologues qui a permis de « décoloniser » les sciences-humaines en France. Dès son plus jeune âge, il s’est révélé sensible au fait d’apporter la dignité à tous les hommes. En 2010 au micro de France Culture il estimait que ce rejet de l’injustice trouvait peut-être en partie sa source dans sa visite de l’exposition coloniale de 1931 : « [L’exposition] se tenait dans le bois de Vincennes. Et alors on avait monté aux abords d’un étang un village de Centrafrique. Les femmes étaient dans la tenue qui est celle des villageois, les maisons étaient la copie des maisons d’un village supposé typique, et on jouait des scènes, la cuisine, le ménage, la chasse… J’ai trouvé ça abject. »

Lorsqu’il débute ses activités de chercheur dans les années 1940, la société française sort de la Seconde Guerre mondiale et ses dirigeants tentent d’empêcher le délitement de l’empire colonial, notamment en Indochine, ou la guerre d’indépendance a déjà commencé. A cette époque l’anthropologie sociale est encore une discipline d’aventuriers allant à la rencontre de sociétés dites « primitives » et à l’histoire sans mouvement. Mais Georges Balandier, empreint des idéaux de liberté et d’égalité qui ont marqué son passage dans la Résistance pendant la guerre, est sensible aux désirs d’émancipations des habitants des colonies. Il découvre l’Afrique française à partir de 1946 en voyageant au Sénégal, puis parcourra le continent en se rendant en Mauritanie, en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Congo Brazzaville et au Mali entre autres. C’est lors des ces multiples voyages qu’il tissa des liens avec de grandes figures de l’émancipation des colonies française en Afrique dont entre autres Léopold Sedar Senghor. A partir de 1947 il fait partie des contributeurs de la revue Présence Africaine, fondée par l’intellectuel sénégalais Alioune Diop, et sa première publication s’intitule « Le Noir est un homme ».

Dès 1957, il fait partie de ceux qui popularisent le terme de « tiers-monde » inspiré du « Tiers Etat » de la Révolution française et conceptualisé par le démographe Alfred Sauvy. Se faisant, Georges Balandier a soutenu cette volonté d’apporter une certaine justice dans la place accordée à un ensemble de peuples et de régions du monde jusqu’à là souvent reléguée aux marges de ce qui était considéré comme l’Histoire avec un grand « H » par les chercheurs occidentaux. Il crée la chaire de sociologie africaine à l’Université de la Sorbonne en 1962. Au cours des dernières années, Georges Balandier s’intéresse entre autres aux nouvelles technologies qu’il qualifie de « nouveau Nouveau Monde ». Georges Balandier a laissé derrière lui l’image d’un grand humaniste qui s’est toujours insurgé contre les dominations injustes d’hommes sur d’autres hommes et soucieux de comprendre les sociétés contemporaines dans toute leur diversité.

Visuel : © INA.fr – Capture d’écran YouTube

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Charles Filhine-Trésarrieu

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