Actu
Deux œuvres de l’artiste italienne Artemisia Gentileschi retrouvées dans les décombres de l’explosion de Beyrouth

Deux œuvres de l’artiste italienne Artemisia Gentileschi retrouvées dans les décombres de l’explosion de Beyrouth

09 novembre 2022 | PAR Camille Curnier

Exposées anonymement dans un des salons d’un grand palais libanais, des œuvres de l’artiste italienne Artemisia Gentileschi sont redécouvertes après l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Les décombres nous délivrent les chefs-d’œuvre de l’une des premières femmes de l’histoire de l’art et de cette pionnière de la Renaissance. 

Sous les débris se trouvent parfois de vrais trésors

Le 4 août 2020, les rues de Beyrouth, au Liban, se retrouvaient dévastées par l’explosion des silos du port de la ville qui avait entraîné avec elle la destruction de nombreux bâtiments sur plusieurs kilomètres. Parmi ces résidences, l’une des plus prestigieuses demeures du quartier historique : le palais de Sursock. Ce bâtiment connu pour son style traditionnel libanais, ses longues colonnes de marbre et ses murs en stuc, regorgeant d’objets d’art en tous genres, laisse apparaître, après l’explosion, plusieurs dizaines de tableaux déchiquetés ou complètement détruits pour certains.

Pourtant les décombres de cette tragédie ont permis la redécouverte de plusieurs tableaux de l’artiste peintre italienne Artemisia Gentileschi, qui étaient jusqu’alors laissés dans l’oubli. Faisant partie du décor immuable de la maison du Libanais Alfred Sursock, les œuvres étaient devenues de simples décorations murales sans trop grande importance. 

L’identification de chefs-d’œuvre plusieurs mois après leur découverte

Acquises dans les années 1920 lors d’un séjour à Naples, ces peintures avaient fait l’objet d’un mémoire sur la collection d’art du musée de Sursock dans les années 1990 par l’historien Gregory Buchakjian avant d’être à nouveau laissées dans l’oubli pour quelques décennies supplémentaires. Percées par des éclats de verre d’une fenêtre brisée ou encore empalées par des morceaux de bois, une Madeleine pénitente et un Hercule et Omphale retiennent cependant l’attention des chercheurs venus sur place pour aider à sauver les pièces d’art s’y trouvant.

Plusieurs experts comme Gregory Buchakjian ou Davide Gasparatto se sont ainsi positionnés sur la question de l’attribution de ces œuvres à l’artiste Artemisia Gentileschi aux cours des mois qui ont suivi. À partir d’archives de musées et d’analyses stylistiques, il a été conclu que le travail délicat des bijoux et la représentation des différentes textures composant les tableaux avait probablement été exécuté de la main d’Artemisia. Les tableaux sont désormais en processus de restauration et pourront être exhibés au Getty Center le temps des travaux du Palais de Sursock.

Artemisia Gentileschi, figure de l’art au féminin dans un monde d’hommes

Née à Rome en 1593, Artemisia est la fille d’Orazio Gentileschi, un peintre maniériste toscan très respecté de l’époque. Elle se passionne très vite pour l’art en étudiant aux côtés de son père et ses premières œuvres laissent entrevoir une influence caravagiste profonde, courant pictural fort de la première moitié du XVIIe siècle. Comme beaucoup de femmes à l’époque, son genre ne lui laisse pas la liberté de vivre comme artiste, il lui fallait toujours obtenir l’aide d’un homme pour parvenir à faire évoluer sa carrière. Cependant, Artemisia sera la première femme à rentrer à l’académie de Florence en 1616 et s’imposera rapidement comme une référence du style moderne de l’époque.

Certains de ses tableaux nous délivrent une image en opposition avec les codes de genre de l’époque. Dans le tableau d’Hercule et Omphale retrouvé dans les décombres du palais de Sursock, Artemisia Gentileschi se permet de jouer avec le mythe classique. Elle met en scène Omphale, vêtue élégamment et dominant la figure d’Hercule, dénuée de son habituel marteau, remplacé par une broche et un fil de coton, deux outils habituellement attribués au genre féminin. 

Même si les œuvres d’Artemisia Gentileschi présentent aujourd’hui de nombreux problèmes d’attribution, il est possible de retrouver ses peintures dans plusieurs musées et expositions du monde. Le musée Maillol avait d’ailleurs offert l’occasion à de nombreux Français de découvrir l’artiste avec son exposition en 2012

 

Visuel : © Lluís Ribes Mateu 

Le bouquet de roses d’Anne Teresa De Keersmaeker à la Maison de la Danse de Lyon
Emmanuelle Bayamack-Tam remporte le prix Médicis pour son roman La Treizième Heure
Camille Curnier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture
Registration