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Des cours de remise à niveau en français : la maîtrise de la langue, un outil indispensable

Des cours de remise à niveau en français : la maîtrise de la langue, un outil indispensable

01 juillet 2022 | PAR Jane Sebbar

L’orthographe est de plus en plus importante et pourtant les Français font de plus en plus de fautes. Un contexte inédit qui dure depuis plusieurs décennies, dans un pays qui entretient, selon la tradition, un rapport particulier à la langue et à ses institutions. 

Aujourd’hui, avec l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux, la pratique de la lecture et de l’écriture augmente considérablement. Un SMS à son ami, un mail à son collègue, un tweet à un inconnu, on lit et on écrit tout le temps. Mais pas aussi bien qu’avant. La baisse du niveau de français des étudiants affecte aujourd’hui même les meilleurs d’entre eux. Dans un interview donné au Figaro, Bernard Fripiat, formateur en orthographe, mesure l’ampleur de la démocratisation du langage écrit  : « Tout le monde écrit, avant il n’y avait pas de problème. Dans les années 80, un PDG ne faisait jamais de fautes, il appelait son assistante, elle prenait en sténo, elle tapait, et il signait ». La démocratisation du langage écrit s’accompagne d’une mauvaise maîtrise de l’orthographe, d’autant plus que les correcteurs automatiques empêchent les étudiants d’acquérir des réflexes d’auto-correction. L’ampleur du phénomène est telle que plusieurs établissements d’enseignement supérieur ont rendu obligatoire des cours de remise à niveau en langue, longtemps réservés aux élèves venus de l’étranger. 

Vers un dispositif commun aux universités ? 

Qu’il s’agisse des écoles privées ou publiques, l’impératif de remédier à ce manque de maîtrise de l’orthographe fait consensus. Si les inscrits en Bachelor de la Montpellier Business School sont à présent obligés d’obtenir le certificat Voltaire, l’université Paris Nanterre a imposé à l’ensemble des premières années de suivre un cours en ligne nommé « maîtrise du français écrit ». Depuis un an, l’université élabore une plateforme d’auto-formation et de certification Écri+. Dix-huit établissements d’enseignement supérieur, parmi lesquels l’université Paris 1, l’université Jean Jaurès de Toulouse et l’université de Rennes 2 sont déjà partenaires. 

Dans le secondaire, l’Education Nationale se concentrant davantage sur les lacunes de nombreux étudiants en mathématiques, le niveau des élèves en français apparaît moins alarmant. En effet, fin mars, Jean-Michel Blanquer a annoncé que, dès la rentrée scolaire de septembre, les élèves de 1re qui ne suivent pas la spécialité maths, devront tout de même suivre 1h30 de cours de mathématiques. Mais qu’en est-il pour le français ? 

« Pantoufle il n’y a qu’un f parce qu’on est toujours en train de chercher l’autre »

Selon Bernard Fripiat, formateur en orthographe, la clé pour remédier aux lacunes en orthographe chez les jeunes générations, c’est de concevoir la langue française comme un jeu, pas comme un ordre asséné brutalement. Si la conjonction de subordination « avant que » est suivie du subjonctif et que « après que » est suivie du présent, c’est qu’il doit y avoir une raison … Et même si on ne saisit pas l’étymologie de tous les mots, le but est de trouver des moyens mnémotechniques pour faire des liens personnels, pour regarder l’orthographe autrement. Bernard Fripiat donne un exemple : « pantoufle, il n’y a qu’un f parce qu’on est toujours en train de chercher l’autre ». Rachid Santaki, quant à lui, organise des évènements ludiques autour de l’orthographe pour les enfants. « Le Bernard Pivot des banlieues » s’est fait connaître par l’élaboration de sa « Dictée Géante » visant à élargir l’accès à la lecture et à l’écriture au plus grand nombre. Il s’agit d’éradiquer « le souvenir traumatisant de la dictée » qui ne devrait finalement apparaître  que comme un jeu. On va faire des fautes, on y va pour faire des fautes. « Le but c’est de s’interroger sur les mots ».

La langue française en perpétuelle évolution 

Tout langage est une matière mouvante, plastique, exponentielle … Pour réussir à exploiter ses potentialités, il faut maîtriser les règles de base de la langue en question. Un conseil de Carine Girac-Marinier, directrice du département Dictionnaires, encyclopédies du Larousse : avoir toujours à porter de main un dictionnaire papier. Ce qui est passionnant avec les langues, c’est qu’elles révèlent des tendances sociologiques, des évolutions générationnelles, des dynamiques collectives propres à un pays ou à une culture. Chaque année, environ 150 mots entrent dans le dictionnaire Larousse. En 2022, le mot « antispécisme » a par exemple fait son apparition dans la Bible des Académiciens. L' »antispécisme », c’est le fait de ne pas faire de hiérarchie entre les espèces animales et l’espèce humaine. Un concept qui n’est pas anodin à l’heure d’une forte mobilisation en faveur de l’écologie et d’une percée historique du parti animaliste en France.

Si la langue française a longtemps demeuré chasse gardée pour les Immortels du Quartier Latin, la démocratisation de la langue écrite s’accompagne d’une réappropriation de celle-ci par une grande partie de la population francophone. En témoignent les débats houleux autour de l’écriture inclusive et de la féminisation des noms de métiers. Et oui, l’ambassadrice n’est pas uniquement la femme de l’ambassadeur ! Si la féminisation des noms de métiers est parfois naturellement rentrée dans l’usage comme « avocate » ou « professeure », d’autres termes ont du mal à se frayer une place dans ce carcan linguistique, comme « sapeuse-pompière » ou même « autrice ». Si l’Académie Française a pris la décision d’étudier ce que l’usage révélait des noms féminins de métiers, sa décision sur l’écriture inclusive, qui remonte à 2017, est intransigeante : « la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures » (Déclaration de l’Académie française). Un débat intéressant qui témoigne de la valeur politique du langage, et qui révèle à quel point la langue est un outil indispensable pour s’exprimer sur la société mais également pour pouvoir la penser. 

Visuel : © wikicommons 

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Jane Sebbar

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