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Démission collective au Monde : rien ne va plus

Démission collective au Monde : rien ne va plus

07 mai 2014 | PAR Alexander Mora-Mir

Sept rédacteurs en chef et adjoints ont annoncé qu’ils quittaient leur fonction. Des désaccords avec Nathalie Nougayrède, fraîchement arrivée à la tête du Monde en mars 2013 seraient la cause de cette crise sans précédent.

Un peu plus d’un an après l’arrivée de Nathalie Nougayrède à la direction du Monde, la crise qui s’était installée depuis quelques mois a pris un tout autre tournant.

Une crise devenue spectaculaire puisque sept des onze rédacteurs en chef, dont la totalité des responsables numériques ont posé leur démission mardi 6 mai : « Depuis plusieurs mois, nous avons envoyé de nombreux messages d’alerte pour signaler des dysfonctionnements majeurs, ainsi qu’une absence de confiance et de communication avec la direction de la rédaction nous empêchant de remplir nos rôles à la rédaction en chef », écrivent les démissionnaires dans une lettre que cite Libération.

En pleine transition vers le numérique, mutation obligatoire pour chaque quotidien, le malaise a pris de l’ampleur autour du projet de réorganisation de la rédaction initié en février.
Celui-ci prévoyait le transfert de 57 journalistes (sur 400) de la rédaction papier à la rédaction numérique. Des journalistes concernés non licenciés mais qui devaient trouver un nouveau poste parmi ceux qui ont été ouverts dans la rédaction, Web principalement.
Le projet a été perçu comme une manière de maquiller un possible « plan social », une façon de pousser le personnel à la démission, disent les syndicats, d’autant que le journal a perdu 2 millions d’euros en 2013.

« Entre le web payant, le web gratuit, l’édition du papier, on ne sait plus où on habite, quelles sont les priorités, raconte un autre salarié. On nous demande de travailler toujours plus, dans un bordel toujours plus grand ». « On est favorable à la rédaction bimédia, sauf qu’il y a un vrai problème de coordination entre le papier et le web, ajoute encore un autre. Pour passer un article sur le site, cela peut prendre des heures faute de personne disponible, alors qu’on nous demande d’être de plus en plus réactifs ! » propos recueillis par Télérama.

Une réunion entre les journalistes mutins (François Bougon, Vincent Fagot, Julien Laroche-Joubert, Damien Leloup, Cécile Prieur, Françoise Tovo et Nabil Wakim) et les syndicats s’est tenue aujourd’hui pour décider de la suite du bras de fer engagé avec la capitaine du navire Nathalie Nougayrède. « Natalie Nougayrède confond autorité et autoritarisme », déclare un journaliste de la rédaction au NouvelleObs.

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Arrivée avec une cote de confiance élevée, la rédaction ayant approuvé sa nomination à 80 % des voix, Natalie Nougayrède est désormais vraiment dépréciée. Plusieurs journalistes du Monde décrivent en elle une directrice « isolée », « solitaire », « peu à l’écoute », avec qui « tout est figé », qui a « fait de nombreuses gaffes », et critiquent « une accumulation de projets à un rythme démentiel ».

Les membres de l’encadrement du quotidien et du site internet, démissionnent de leurs seules fonctions, non pas du journal. Ils ne souhaitent pas fragiliser la rédaction, et se tiennent même « disponibles pour traiter les affaires courantes jusqu’à la nomination d’une nouvelle équipe », précisent-ils. Un geste élégant, qui malgré la tension existante, témoigne du professionnalisme de ces journalistes.

Pour l’instant, la lauréate du Prix Albert Londres de 2005 bénéficie encore de la confiance des actionnaires Pierre Bergé, Mathieu Pigasse et Xavier Niel. Mais selon plusieurs sources, les intéressés n’en suivent pas moins la situation de « très très près ».

Une crise qui s’est accentuée aussi par le report de la nouvelle formule du quotidien, prévue initialement pour le mois de mai, reportée à juin, puis septembre. Le lancement d’une édition dédiée uniquement aux tablettes a elle été annulée car non validée par le conseil de surveillance du groupe.
Hors ventes au tiers, donc uniquement auprès des lecteurs finaux (kiosque, abonnements ou versions numériques), Le Monde affiche une baisse de sa diffusion de 3,62% en 2013 avec 219.265 exemplaires en moyenne par jour.

L’assemblée générale organisée mercredi 7 mai 2014 s’est soldée par la proposition d’engager une « médiation » d’une semaine avec la direction, dans l’espoir d’obtenir un changement de gouvernance et d’éviter un scénario de crise comme à Libération. Une réunion avec les actionnaires, le trio BNP (Bergé, Niel, Pigasse) est prévue le mercredi 14 mai. Elle pourrait se solder par des changements dans la direction du journal, selon une source proche du dossier contactée par l’AFP.

Des échecs en terme de management, de projets, une directrice de toute évidence prochainement sur la sellette, une baisse du nombre de lecteurs, le numérique qui explose, la presse gratuite au plus haut et une concurrence toujours plus endiablée, l’avancée du monde ne tolère pas de retardataire, même si celui-ci s’appelle le Monde.

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